Archives de catégorie : Critiques Ciné

Une fille facile – Conte (a)moral d’été

Le nouveau film de Rebecca Zlotowski est d’abord l’histoire d’une rencontre. Celle d’une agrégée de Lettres Modernes qui va marquer ensuite de son empreinte la prestigieuse école de cinéma la Fémis, section scénario et de Zahia Dehar dont les frasques ont fait le tour de la planète. Une rencontre improbable donc mais provoquée par Zahia et rêvée par la réalisatrice qui lui a permis d’accélérer la mise en chantier d’un film qu’elle appelait de ses vœux depuis quelque temps et qu’elle voulait comme une respiration bienfaitrice avant de se lancer dans Les Sauvages, une série qui arrive sur Canal+ à la fin de ce mois de septembre aux teintes beaucoup plus dures et sombres. Oui car Une fille facile est un film vif et solaire qui va à l’essentiel en imposant sa vision sociale transgressive illustrée métaphoriquement par cette rencontre qui n’avait en fait rien d’improbable tant la réalisation de Rebecca Zlotowski l’a transforme instantanément en une évidence toute rohmérienne.

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Roubaix, une lumière – Les femmes d’à côté

On le sait, Arnaud Desplechin est natif de Roubaix et tout son cinéma ou presque l’a immanquablement ramené à cette ville. Le fait d’y consacrer un film était sans aucun doute une suite logique. Fallait juste trouver le bon sujet et le bon angle. Ils sont venus quand Desplechin a découvert le remarquable documentaire Roubaix, commissariat central de Mosco Levi Boucault diffusé en 2008 sur France 3 (mais tourné en 2001) dont il aurait été malin au passage d’en proposer un DVD ou la possibilité de le (re)voir en streaming ou en VOD. Un peu à la manière d’un Depardon, Boucault s’était en effet immergé pendant près de six mois dans le quotidien du commissariat de Roubaix filmant au plus près une humanité interlope mais qu’il ne prenait jamais de haut. Une décennie plus tard, Desplechin accouche donc d’un film qui se focalise sur une des affaires suivies à l’époque par la caméra de Boucault tout en donnant de l’épaisseur fictionnelle à quelques personnages esquissés dans le doc dont Daoud, le chef de la  police de la ville interprété ici par un Roschdy Zem une nouvelle fois impérial.

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Golden Glove – Fatih Akın, le driller killer !

Décidément, Fatih Akin n’en finit pas de surprendre. Après un In the Fade plutôt convenu avec toutefois une Diane Kruger plus que convaincante en mère et femme éplorée suite à un attentat terroriste en quête de vengeance, on pensait en effet que le cinéaste allemand d’origine turc avait délimité ses univers et définitivement planté sa tente au sein d’un cinéma d’auteur européen assez quali, un peu militant et versant de plus vers le grand public (ce qui n’est pas une tare attention). C’était donc mal le connaître. Et avec Golden Glove de partir explorer un genre nouveau pour lui qu’il traite à la façon d’un Ferrara qui aurait été inspiré par Fassbinder et Fritz Lang.

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Ville Neuve – Douceurs et douleurs animées

En projet depuis 2012 et terminé l’année passée, Ville Neuve de Félix Dufour-Laperrière arrive enfin sur les écrans français après une sélection à la Mostra de Venise en 2018. Le cinéaste, animateur et documentariste québécois, avait déjà été remarqué pour plusieurs courts métrages et un essai filmé. Sur le papier, ce premier long métrage animé était aussi excitant qu’étonnant tant le thème abordé avait de quoi surprendre : une histoire d’amour, adaptée d’une nouvelle de Raymond Carver, sur fond de tensions politiques propres au Québec. Ce qui peut sembler naturel dans l’animation asiatique : des thématiques adultes, la présentation du quotidien, une intimité amoureuse, une implication politique, n’est pas si évident ailleurs. Continuer la lecture de Ville Neuve – Douceurs et douleurs animées

Parasite – Une Affaire de famille(s)

Est-ce que la Palme d’or décernée à Parasite par le jury cannois présidé par Alejandro González Iñárritu fait sens ? Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. Et certainement aucune de vraiment satisfaisante. Et quant à nous, on ne va même pas essayer de mettre ne serait-ce qu’un orteil sur ce terrain glissant. Il y a en effet tellement de critères et d’algorithmes humains qu’il serait plus que présomptueux d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Encore que l’exercice mériterait à lui seul une enquête façon « envers du décors » aux conclusions forcément instructives. Non, on va juste tenter ici de partager notre ressentie. Entre déception mâtinée d’une forme de confirmation. Celle d’un cinéaste à la filmo de moins en moins surprenante, de plus en plus entendue. Et la Palme d’or venant de fait, adouber un périmètre de travail que l’on pourrait qualifier de simple zone de confort.

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