Archives de catégorie : Critiques Ciné

First Man : L’anti Étoffe des héros

En seulement quatre longs métrages, Damien Chazelle s’est définitivement imposé comme le réalisateur de sa génération. Celui des à peine trentenaires. Avec First Man il confirme ce que l’on ressentait jusqu’ici. Un cinéaste qui avance à contre-courant des modes actuelles mais à découvert. A contrario de ce que l’on peut constater par ailleurs, ses films ne sont pas le résultat d’opérations commandos en vue d’assouvir des pulsions de contrebandiers, passage obligatoire aujourd’hui pour faire un autre cinéma, mais bien des œuvres totalement assumées, pleines et déliées, fortes et imposantes. Pour autant, il y a bien une zone d’ombre dans tout ça. Une fêlure extrême, patiente et impavide. Quelque chose de plus en plus indicible que Chazelle s’emploie méticuleusement et systématiquement à enfouir sans pour autant jamais réellement y parvenir. Mais sans elle, son cinéma ne serait que parfait.

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Chris the Swiss – Animation engagée

Documentaire animé. Si cette expression n’était pas encore familière à un grand nombre de cinéphiles voilà quelques années, elle devrait maintenant faire partie du vocabulaire des festivaliers cannois. En 2018, pas moins de quatre long-métrages revêtant cette forme, y furent présentés et tous vont sortir dans les salles ces prochain(e)s semaines / mois : Another day of life, Samouni road, Le Procès contre Mandela et les autres et, premier en date, Chris the Swiss d’Anja Kofmel qu’on avait pu découvrir à la Semaine de la critique. Continuer la lecture de Chris the Swiss – Animation engagée

The Intruder (1961) : BlacKkKlansman

The Intruder de Roger Corman est un titre unique dans sa filmographie à plus d’un titre. Précisons d’abord qu’il date de 1961 et non pas de 1962, contrairement à certaines mentions qu’on trouve encore sur Internet ou dans diverses filmographies. C’est celui dont Corman demeure le plus fier mais le seul qui perdit de l’argent – si on l’en croit – dans sa prolifique carrière de producteur-réalisateur. Tourné entre Pit and the Pendulum [La Chambre des tortures] (USA 1961) et Premature Burial [L’Enterré vivant] (USA 1962), il ne fut pas distribué commercialement chez nous. Dans la mesure où il était signé Corman, ce film noir était davantage connu, entre 1960 et 1970, des spécialistes du cinéma fantastique que des critiques français généralistes. En 1965 par exemple, Georges Sadoul savait que Corman avait adapté des contes d’Edgar Poe mais il ignorait jusqu’à l’existence de The Intruder qui l’aurait pourtant enthousiasmé.

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Vengeance aux deux visages (1960) : Jack of Spades

Distribué par la Paramount le 30 mars 1961 aux USA, tourné en VistaVision et Technicolor au format 1.85, Vengeance aux deux visages [One-Eyed Jacks] (USA 1960) de Marlon Brando (1924-2004) est son unique film signé en tant que producteur et réalisateur. Son tournage était achevé en 1959 et le montage dura un an. Le copyright au générique chimique d’ouverture (bien plus lisible sur le générique francophone que sur le générique américain original) est sans équivoque à ce sujet puisqu’il mentionne expressément « 1960 ». Il fut pourtant souvent crédité d’une date postérieure inexacte (1961 ou 1962) dans les filmographies et même sur les jaquettes d’anciennes éditions VHS ou DVD. Les jaquettes de la plupart des éditions francophones rajoutent un La au début du titre, avant Vengeance. C’est une modification qui ne correspond pas à l’histoire du cinéma ni à celle de l’exploitation française : historiquement le film est sorti en France ainsi qu’en Belgique sous le titre Vengeance aux deux visages, inscrit sur le générique chimique francophone comme sur les affiches d’époque : la belge (graphiquement magnifique) et la française.

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Mektoub My Love : Canto Uno – 240 Battements par minute

Faut-il y voir une énième victoire de la chape de plomb qui s’abat plus qu’inexorablement en nos si belles sociétés depuis le début de ce millénaire pour qu’un film comme Mektoub My Love : Canto Uno puisse diviser à ce point-là ? Et cela avec autant de radicalisme et d’altérité ? Car au final, que raconte le dernier Kechiche ? Un été, le sud de la France, des jeunes qui rigolent, baisent, tombent amoureux, pleurent… Précision d’importance. On est en 1994 et ni Houellebecq, ni le SIDA ne semblent être encore passés par là. Ce qui pour l’un est une bonne chose mais pour l’autre plus problématique. Encore que.

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