Knock Knock

Knock Knock & The Green Inferno : Eli Roth se pignole le chibre

Si certains en doutaient, les deux derniers films réalisés par Eli Roth sortent bien en France. Mais si Knock Knock avec sa tête de gondole en la personne de Keanu reeves a bien les honneurs d’une sortie en salles, The Green Inferno devra se contenter quant à lui d’un passage par la case dite e-Cinema. Une appellation marketing premium nouvellement lancée qui habille en fait des films aux potentiels économiques peu évidents s’il devait passer par la case cinéma tout court. Une façon aussi d’interpeller les pouvoirs publiques sur le dossier chronologie des médias qui se doit d’être moins rigide ne serait-ce que pour s’adapter à ces films qui mériteraient une exploitation simultanée tant en VOD que via certaines salles qui voudraient jouer le jeu.

The Green Inferno - Affiche

C’est d’ailleurs ce qu’entreprend Jason Blum aux États-Unis. Il est l’homme qui a produit The Purge et Sinister avec les succès phénoménaux à la clé (3M de dollars de budget à chaque fois pour un retour sur investissement multiplié par 30 à l’arrivée). Avec The Green Inferno pour lequel il est crédité au générique de producteur exécutif, il en reprend la distribution après les déboires que l’on sait (abandon de la distribution du film en septembre 2014  par Open Road Films qui ne tenait plus à en assurer la promotion). Le film sort en effet ce 25 septembre sur une combinaison de 1 000 cinémas, ce qui à l’échelle des States est peu. Mais dans le même temps, toute la com se concentre et s’adresse aux amateurs du genre pour les inciter à venir découvrir le film disponible dans quelques semaines en VOD. En France ce n’est tout simplement pas possible. Sortir le film en salle obligerait son distributeur à attendre 4 mois minimum pour qu’il rejoigne les bacs DVD/Blu-ray et/ou qu’il soit visible en VOD impliquant une démultiplication des coûts marketing. Un pari risqué pour ne pas dire suicidaire considérant un genre qui ne marche pas ou très peu au cinéma chez nous et qui de surcroît aurait pu être frappé ici d’une interdiction au moins de 16, voire 18 ans avec la jurisprudence nauséeuse tendance catho cul serrée qui se répand de nouveau en nos terres.

Car oui The Green Inferno envoie du bois. C’est que Eli Roth ne s’est pas trop calmé et continue à mêler avec délectation gore, humour bien gras et scènes de scatologie venues de nulle part. L’inconvénient c’est que l’on ne prend jamais son film au sérieux. Mais en fait tant mieux car Green Inferno se doit d’être appréhendé comme une grosse plaisanterie potache avec des moments bien tendus du slip dedans. C’est d’ailleurs tout le talent de Roth. Être sans cesse sur la corde raide en ayant l’impression qu’à force de prendre tout cela au watmille degrés, il va tomber. Alors que non. Son style lui permet justement de tenir un film qui n’en devient qu’un cousin très éloigné de Cannibal Holocaust dont on conviendra que la qualité première n’était pas la franche poilade. Pour autant, Eli Roth ne se refuse rien, malmenant comme il se doit ses actrices et acteurs sans toujours savoir les diriger ou tout simplement les caster. L’héroïne jouée par Lorenza Izzo dont la plastique est certes agréable est aussi sa compagne à la ville lui permettant certainement de décrocher le rôle principal dans Knock Knock. Mais là aussi ce décalage un peu maladroit et traînant du côté de certains poncifs nanardesques n’en devient que plus enivrant, salutaire et quelque peu libre avec petit doigt d’honneur dans le paysage actuel du genre ultra codifié, ultra sérieux, ultra chiant.

Knock Knock - Affiche

Ce pourquoi Eli Roth a certainement voulu s’en échapper un tantinet en réalisant dans la foulée ce Knock Knock, thriller pas très original mais qui cache en son sein quelques scènes et mises en situations assez savoureuses. Si dans Green Inferno on nous parle de jeunes cons à la fibre écolo qui vont se faire bouffer en Amazonie, chibre compris, Eli Roth aborde ici le quarantenaire bien dans sa life de rêve qui un soir de pluie et d’orage où il se retrouve célibataire dans sa grande maison doit affronter les démons de la tentation en la personne de deux salopes toutes mouillées venues toquer à sa porte. Là encore, le jeu des acteurs est catastrophique. Keanu Reeves en tête qui a certainement eu du mal à garder son sérieux et qui en fait littéralement des tonnes. Pourtant cela ne détonne que très peu tant Eli Roth insuffle une belle énergie à son script certes roublard mais absolument sincère dans sa démonstration. Point d’humour ici sinon un peu noir mais un regard toujours aussi distancié qui permet de donner au film son ton assez jubilatoire et cynique. Et finalement cela fait mouche. Oh rien de très subtil attention, mais d’une efficacité redoutable qui fait la nique à bon nombre de thrillers actuels battant froid ce pan transgenre du cinéma. De quoi voir venir la suite avec la même curiosité malsaine au cinéma ou chez soi…

Knock Knock de Eli Roth – 23 septembre 2015 (Synergy Cinema)

Un soir d’orage, un architecte, marié et bon père de famille, resté seul pour le weekend, ouvre sa porte à 2 superbes jeunes femmes mal intentionnées…

Note : 3/5

The Green Inferno de Eli Roth – 16 octobre 2015 uniquement en e-Cinéma (Wild Bunch)

Un groupe d’activistes new-yorkais se rend en Amazonie et tombe entre les mains d’une tribu particulièrement hostile.

Note : 3/5

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