Enragés - Critique - Une

Enragés : Rabid Dogs

Enragés est un remake de Cani arrabbiati, un film signé Mario Bava datant de 1974. Pourquoi pas. Comme on dit souvent, si la relecture permet de faire redécouvrir l’original, c’est déjà ça de pris. Car là encore, ce premier long réalisé par Eric Hannezo, n’est pas à la hauteur de son modèle. Loin de là. Et pourtant, comme pour Maryland qui sort le même jour, on avait grave envie de le défendre. Enragés se pare en effet des atours du film de genre comme on les aime, il a devant la caméra une brochette d’acteurs improbables et donc excitants, il a pour réalisateur un homme au pedigree fort respectable (journaliste / producteur / cinéphage…) et puis surtout il veut rendre hommage à un cinéaste italien certes peu connu du grand public mais qui demeure un tout grand dans son domaine de prédilection qu’est le giallo dont accessoirement il fut l’un des créateurs et chefs de file.

Enragés - Affiche

Des  éléments qui laissaient présager le meilleur donc surtout que l’on sentait ici une sorte de nouvelle « gniak »,  un mélange de générations à l’envie évidente de bien faire et à même de se débarrasser d’un passé pas si lointain où la production française en la matière est à la traîne de l’Europe. Mais alors pourquoi cela ne marche toujours pas ?

D’abord le scénario. Le nerf de la guerre en matière de cinéma bat de l’aile ici et se permet même de déconstruire une histoire originale plus que solide en quelque chose d’assez morne et décousue. D’une attaque de voiture transportant des fonds dans les faubourgs de Rome, on passe au braquage d’une banque dans une métropole non identifiée (on a du mal à ne pas reconnaître une ville canadienne). À la manœuvre, quatre malfrats un peu pieds nickelés dans la version  d’Hannezo qui s’embourbent dans leur fuite, s’encombrent d’un otage (Virginie Ledoyen) dans le parking d’un centre commercial pour finir par stopper une voiture avec à son bord un homme qui emmène d’urgence son enfant à l’hôpital. Jusqu’ici tout va bien ou presque. Mais là où Bava avait su transformer la cavale forcément mortifère en quelque chose d’autre où les personnages se déconstruisaient au fur et à mesure que les kilomètres s’additionnaient, Eric Hannezo fait du pudding verbal et a de plus bien du mal à positionner sa caméra au sein d’un habitacle il est vrai aussi confiné.

Et quand celle-ci prend l’air c’est pour s’enfermer maladroitement dans la boutique crasseuse d’un pompiste forcément suspicieux ou dans un village d’un autre âge lors d’une Fête de l’Ours rapportée de la région des Pyrénées quand le film devait se tourner en France. Eric Hannezo semble en effet adorer ces moments où on descend encore d’un cran dans le nawak. C’est en effet le cas mais encore aurait-il fallu que cela se tienne avec le reste qui partait déjà en vrille. C’est que Enragés est loin d’être tenu, les acteurs les premiers sont en roue libre. Il n’y a aucun fil rouge, aucune évolution des caractères, aucune épaisseur et surtout peu ou pas d’empathie. Quant à la fin, elle n’apporte foutrement rien à l’histoire sinon un twist qui devient un peu pourri et vaguement attendu par ceux qui ne connaissaient pas le film original.

Impossible de défendre l’indéfendable en ce sens que le film d’Hannezo n’a d’enragé que son titre. Sa réalisation est pâteuse et sans ambition quand le film de Bava avait pour lui une cinétique doublé d’un montage encore impressionnant aujourd’hui. C’était vivant, alerte, foutraque et parfois « on the edge » quand ici tout tombe à plat avec de surcroît cette sensation un brin gênée que le pire est à venir. Oh le film de Bava est loin d’être parfait attention, mais il a le mérite d’embarquer son spectateur sur des routes sinueuses où les choix opérés ne sont jamais anodins. Ici on s’en fout plus qu’un brin en attendant impatiemment la fin. Dès lors, on espère juste avoir atteint une forme d’impasse définitive et que le cinéma français de genre va enfin pouvoir faire son auto-critique. Il serait plus que temps !

Enragés de Eric Hannezo – 30 septembre 2015 (Wild Bunch Distribution)

Un braquage tourne mal.
Les 4 criminels trouvent refuge dans un centre commercial où éclatent coups de feu et mouvements de panique.
Cernés, ils abattent un homme et prennent en otage une femme. Acculés, ils arrêtent une voiture et prennent la fuite. A bord, un père et son enfant malade, qu’il doit emmener d’urgence à l’hôpital. Hors de contrôle, leur fuite va se transformer en traque sans merci. Désormais, il n’y a plus aucun retour possible pour ces chiens enragés…

Note : 1/5

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