The Visit - Image Une Critique

The Visit : Signes d’un nouveau départ ?

Pour les petits jeunes avec juste un début de sébum aux abords du pif qui découvriraient le cinoche cette année, le nom de Shyamalan ne devraient pas leur dire grand chose. C’est que le réalisateur américain d’origine indienne n’a plus fait grand chose qui vaille la peine d’être vu depuis disons Le Village en 2004 (même si l’auteur de ces lignes à un faible pour Phénomènes. Oui je sais !). Une éternité pour nos pré-boutonneux qui, et c’est bien normal, carburent à la nouveauté plutôt qu’à l’histoire du cinéma. C’est dire aussi si le soldat Shyamalan s’est un peu perdu dans les méandres de son cinéma devenu pour le moins vaporeux, sinon une caricature ethnocentrée sur un système qui ne fonctionne plus. The Visit est du coup une agréable surprise même si tout est loin d’être parfait.

The Visit - Affiche

En adoptant le temps d’un film la mécanique du found footage, on pouvait en effet craindre une prolongation par l’absurde de tout ce que n’est plus le cinéma de Shyamalan. D’autres affirmeront que cette vacuité n’est que la conséquence même d’une filmographie déjà creuse dès ses origines. Quoi qu’il en soit, The Visit revient un peu aux fondements de ce qui passionnent depuis toujours Shyamalan : la manipulation par l’image afin de créer une angoisse crescendo. Ce que le found footage est par essence quand il est compris et entrepris comme tel. Il y a aussi un plaisir évident et régressif ici. Celui qui renvoie aux nombreux courts-métrages fait de bric et de broc que le réalisateur en culotte courte avaient déjà au compteur au sortir de l’adolescence. The Visit n’a coûté que 5M de dollars (à comparer aux 130M de After Earth) et Shyamalan est son propre producteur. Volonté de contrôler à nouveau et surtout de travailler rapidement voire dans l’urgence comme pour retrouver ce frisson adolescent et celui de ses premiers longs.

Il va sans dire qu’à l’image cela se ressent. C’est épuré, cut voire lapidaire. Les présentations expédiées, deux ados vont retrouver leurs grands-parents qu’ils n’ont jamais vus pour un séjour d’une semaine au sein de leur ferme perdue au fin fond de la campagne pensylvanienne, Shyamalan se concentre rapidement sur le malaise d’abord diffus et naturel (la rencontre entre deux  entités finalement étrangères) pour devenir son fil rouge prégnant jusqu’à en faire le climax final. Rien de nouveau sous le soleil du thriller vaguement horrifique mais un sens du détail, de la mise en scène et de la caractérisation des personnages qui emportent très vite le morceau. On est une nouvelle fois happée dans l’univers Shyamalan qui se fait plaisir et joue comme au bon vieux temps avec nos nerfs. Exit les pérégrinations au fond de la piscine trop chlorée pour sauver La Jeune fille de l’eau ou aériennes pour narrer les exploits un peu moisis du Dernier Maître de l’air, avec The Visit on revient aux basiques sur et sous le plancher des vaches.

C’est là une chambre dont il ne faut pas ouvrir la porte passé 21h, c’est ici un puits où se terre des créatures de légende, c’est un grand-père au comportement trouble et à la mémoire confuse, une grand-mère qui demande à sa petite fille de l’aider à nettoyer un four suffisamment profond et large pour y tenir toute entière… Et ce n’est que le début. Bien entendu, on voit venir Shyamalan avec ses gros sabots. On connaît son modus operandi composé principalement de manœuvres dilatoires sans que pour autant on ne devine la fin car le réal a encore plus d’un tour dans son sac en inventant encore une fois un twist glaçant. C’est supra efficace avec au passage une volonté purificatrice évidente lors de la dernière séquence. Comme si le réalisateur avait besoin de signifier à son public un « Allez, on tourne la page ! ». En tout cas, nos p’tits gars prépubères du début en mal de sensations fortes seront servis. Les plus vieux apprécieront un Shyamalan qui semble revenir aux affaires. Reste à savoir si tout cela n’est qu’une simple étincelle ou appelé à durer.

The Visit de M. Night Shyamalan – 7 octobre 2015 (Universal)

Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l’un d’eux découvre qu’ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s’amenuisent de jour en jour.

Note : 3/5

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