Crimson Peak - Jessica Chastain - Une Critique

Crimson Peak : HellToro

Guillermo del Toro est un cinéaste protéiforme à plus d’un titre. Capable d’accoucher de blockbusters qui s’inscrivent dans la mouvance du Hollywood actuel mais aussi de continuer à explorer un sillon plus intime, il est sans aucun doute l’homme des extrêmes et par là-même excitant à suivre. Crimson Peak est plutôt à ranger (oui le critique adore classer, ranger, mettre en boîte… ça le rassure, que voulez-vous) dans la deuxième catégorie. Celle au demeurant qui lui permet d’affirmer à chaque fois un peu plus son univers si particulier entre identité visuelle forte et thématiques audacieuses. Encore que…

Crimson Peak - Affiche

C’est que les fans hardcores du réalisateur argueront que c’est bien toute sa filmographie qui le définit balayant d’un revers de main ceux qui pensent que ses films plus mainstream sont anecdotiques. Ainsi, Pacific Rim est considéré par beaucoup comme le symbole même du « blockbuster intelligent » en ce sens qu’il permet à Guillermo del Toro de filmer et traiter ses obsessions, ses envies tout en formalisant une esthétique qui conviendra au plus grand nombre. Le fameux cinéaste iconoclaste si cher à Scorsese en quelque sorte. Un débat jusqu’ici assez vif entre deux approches du cinéma actuel que symbolisent presque trop parfaitement le réalisateur mexicain mais qui va devoir faire une pause avec ce Crimson Peak.

Tout simplement parce que sous les ors d’un film au budget généreux (ce qu’il n’est pas au regard des standards hollywoodiens avec 55M de dollars à comparer aux 72M de Hellboy 2 et des 150M de Pacific Rim), Del Toro a su (pu ?) synthétiser ici les deux courants de sa trajectoire filmique tout en mettant de côté là quelques tics récurrents et pesants de mise en scène ou ici des facilités référentielles finalement assez indignes de ses ambitions esthétiques et narratives. En fait, avec Crimson Peak, on sent le réalisateur un tantinet apaisé et prêt à nous livrer une vision sans esbroufe où la maîtrise formelle ne tient pas de la course perpétuelle en avant. On a ainsi le temps d’apprécier la créativité incessante d’un réalisateur obsédé par les multiples arrières-plans, les décors, les costumes… Et puis surtout les monstres qu’affectionnent habituellement le cinéaste ne sont pas trivialement représentés pour exprimer un peu basiquement un mal être, un hiatus historique ou une malformation sociale. Non, le monstre ici c’est Crimson Peak, la demeure perdue dans la lande anglaise qui est au passage le personnage central de la deuxième partie du film.

On y trouve toutes les déviances freaks, l’imagerie lovecraftienne, l’univers baroque et parfois ampoulé du cinéaste qui s’immiscent alors au sein de ses personnages qui au lieu de tourner en vase clos comme on aurait pu le craindre, se régénèrent au détour de chaque plan transformant la narration attendue et sans surprise en quelque chose d’assez savoureux. Tout y est ainsi décrépitude et déchéance à l’image de cette famille d’aristocrates désargentés que sont ces deux frères et sœurs (Tom Hiddleston et surtout Jessica Chastain) ramenant des Amériques de la fin du 19ème siècle une riche fille d’un industrielle parvenu. Le mimétisme va jusqu’à en faire quelque chose d’organique avec sa propre respiration mais surtout sa propre tragédie. Si tout le bestiaire référentiel propre à Del Toro y passe, sans oublier un peu de gore et quelques fantômes dans les recoins les plus sombres, on pense aussi à Hitchcock et Les Enchaînés. Au hasard.

Crimson Peak brasse ainsi quelques pans du cinéma de genre sans que pour la première fois le tout soit indigeste. Del Toro semble ainsi ajuster la mire sans pour autant tout sacrifier sur l’autel d’une certaine forme d’efficacité (d’autres diront sans avoir vendu son âme au Diable). Ainsi, la générosité naïve reste de mise et la grandiloquence de certaines de ses compositions scéniques toujours aussi présentes (d’autres diront captivantes). Ce nouveau mélange donne un film attachant, bourré de séquences passionnantes qui permettent de penser que l’homme n’en a pas fini de repenser son art, ses angoisses et ses phobies. On va dire tant mieux !

Crimson Peak de Guillermo del Toro – 14 octobre 2015 (Universal Pictures International France)

RésuméÀ la suite d’une tragédie familiale, une romancière en herbe est déchirée entre l’amour qu’elle porte à son ami d’enfance et son attirance pour un mystérieux inconnu. Alors qu’elle tente d’échapper aux fantômes de son passé, elle s’aventure dans une sombre demeure étrangement humaine…

Note : 3,5/5

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