Skyfall

Skyfall : No limits

Avant de découvrir Skyfall, on se demandait ce que donnerait un James Bond avec un réal qui pouvait prétendre apporter avec lui une véritable filmographie ou/et un univers en propre. C’est que l’histoire de la saga a eu jusqu’ici plutôt tendance à montrer et à démontrer que le personnage s’est toujours plus ou moins bien passé d’un véritable maître d’œuvre cinématographique. Entre un ancien « clapper-boy » (Peter Hunt), des habitués aux films bourrins bas de plafond (Lee Tamahori, Martin Campbell, Roger Spottiswoode…), le gars trop tendre pour une entreprise si énergivore (Marc Foster), d’autres qui n’existent que par et pour James Bond (De Terence Young à John Glenn)… Le constat est en effet assez remarquable jusqu’à admettre qu’en un demi siècle, elle demeure un modèle iconique du genre qui a façonné ses chefs d’orchestre plutôt que le contraire.

Skyfall - Affiche

Avec Skyfall, Barbara Broccoli semble vouloir changer son fusil d’épaule et choisir une nouvelle « formule » entre production à poigne héritée de son père et nécessité de lâcher du lest. Entre respect du cahier des charges et grains de sable censés enrayer une machine trop bien huilée qui finit par tourner à vide (Quantum of Solace au hasard). Ces empêcheurs de tourner en rond s’appellent ici Sam Mendes, Javier Bardem, l’extraordinaire photo signée Roger Deakins (Les Évadés ou encore No Country for Old Men, c’est sa patte) et la très belle partition de Thomas Newman, un habitué des films de Mendes. Mais pas que. En fait la très grande réussite de Skyfall tient paradoxalement dans le fait qu’il semble synthétiser en un seul film 50 ans de la franchise. Et ce sur l’impression doucereuse du « avant c’était mieux » façon old school vintage hype. On y trouve la violence brute de Goldfinger, l’esthétique visuelle de L’Espion qui m’aimait, la détermination vengeresse et obsessionnelle de Permis de tuer, un méchant que l’on n’avait pas vu aussi « délicieusement » méchant depuis… Pfff, allez, Dr No (et ce même si l’on peut avoir un faible pour Le Chiffre dans Casino Royale). De l’autre côté du spectre (oui bon d’accord), il y a une quasi absence de gadgets et de James Bond girls (au sens bondien du terme. En dire plus serait une faute) plus que rafraichissants. À tel point que certains pourraient enfin avoir envie de sortir du placard…

Mais Skyfall c’est aussi et surtout comme un prolongement de Au service secret de sa majesté où George Lazenby jouait un Bond jamais aussi humain et parfois dépassé pour ne pas dire systématiquement en retard sur les événements jusqu’au meurtre de sa femme dans un final qui reste encore dans toutes les mémoires. Mendes, de par sa mise en scène racée et avare en mouvements de caméra superflus, donne à cette histoire assez éloignée des canons usuels de la récente saga, une tonalité d’une grande justesse raccrochant le mythe à une sorte de réalité surprenante. Bond en devient faillible (pas humain non), pathétique même. On touche du doigt une « vérité » que trop peu avant ont daigné développer de peur certainement de se brûler les ailes auprès des fans. Loin du « Jason Bourne like » du précédent, ce James Bond répond aux codes d’un ancien temps qu’il faut sans cesse raviver (mais pas forcément à l’identique) pour donner un sens à son boulot, à sa vie et pourquoi pas à son pays. Mendes semble prendre plaisir à concasser (pas trop tout de même) le mythe pris dans les mailles d’une réalité virtuelle dont il a du mal à véritablement en comprendre les enjeux. L’homme est perdu. L’espion n’est plus, vive l’espion en quelque sorte.

Est-ce à dire alors que Sam Mendes est le premier vrai réalisateur que James Bond ait rencontré ? De ceux qui enrichissent, sensibilisent, aèrent, vidangent, légifèrent, personnalisent une saga au point de lui donner un second souffle que l’on n’espérait plus ? Que ceux qui en doutent encore aillent donc voir Skyfall.

Skyfall de Sam Mendes – 11 novembre 2012 (Sony Pictures)

Résumé : Un message cryptique surgi du passé entraîne James Bond dans une mission très personnelle à Mexico puis à Rome, où il rencontre Lucia Sciarra, la très belle veuve d’un célèbre criminel. Bond réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée Spectre.

Note : 4/5

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