Polisse - Photo Une

Polisse : Le Bal L.627

Maïwenn est un drôle d’oiseau et son nouveau film (le troisième en tant que réalisatrice) lui permet de faire un peu plus son nid au sein de la « formidable fratrie » qu’est le cinéma français. Et celui-ci le lui rend bien puisque l’une de ses marques formelles de fabrique c’est bien la pléiade d’acteurs et d’actrices qui les traverse façon choral kaléidoscopique. Polisse encore plus que Le Bal des actrices d’ailleurs qui souffrait au demeurant d’un récit bien trop éclaté pour mettre suffisamment en valeur tous les personnages. En prenant ici pour cadre la BPM (Brigade de Protection des Mineurs), la réalisatrice s’astreint du coup à une unité de lieux qui lui permet donc de donner franchement la parole à chacun.

Polisse - Affiche

À commencer par celui que l’on ne voyait que trop peu dans son précédent film, the one and only Joeystarr. Incroyable de présence et de charisme, l’ex-rappeur des NTM vampirise l’image et endosse avec maestria le premier rôle que lui offre Maïwenn certainement autant surprise que ravie de l’effet bœuf qu’il produisit dans son précédent film. Son personnage, à la fois touchant et minéral, est le maillon fort et faible d’une équipe de flics en charge des affaires de pédophilie, de prostitutions de mineurs et autres maltraitances enfantines. Bref que du bonheur au quotidien pour des hommes et des femmes eux-mêmes parents ou en proie aux affres d’une vie privée pas toujours tendre. Pour autant Polisse (titre à hauteur d’enfant) ne fait pas dans le misérabilisme d’un quotidien ultra noir et balisé. Non le film de Maïwenn alterne avec un naturel étonnant (proche de la naïveté ?) les séquences chocs souvent proche de la nausée avec celles hilarantes qui permettent à tout le monde de décompresser, spectateurs compris. D’une sincérité confondante (agaçante pour d’autres) on passe ainsi de la tragédie ordinaire à la comédia del arte avec en guise de transition les yeux embués.

On pense bien entendu à L.627 qui se repaissent tous deux de faits avérés et sont filmés façon documentaire. Tous deux sont nantis d’une écriture sèche et de dialogues d’une rare véracité. Tous deux font l’état des lieux d’une police non pas à la dérive mais composée d’éléments aussi fragiles que la société qu’elle est censée défendre et protéger d’elle-même. À la différence tout de même qu’il y a chez Polisse un point de vue devant la caméra qui se nomme justement Maïwenn. Impossible en effet pour celle qui se dit avoir subi une enfance difficile de ne pas se mettre en scène. C’est certainement la limite de l’exercice pour ceux qui ne voit en elle qu’une personne égocentrique et foncièrement exaspérante. Mais c’est étonnamment ici la force vitale d’un film qui ne s’embarrasse même pas du credo de son auteur. Elle, comme les autres, a son histoire dans l’histoire sans que celle-ci vienne phagocyter les autres.

Film funambule qui ne confirmera pour les uns qu’une posture formelle de plus, Polisse sera surtout pour d’autres à la croisée des chemins d’un cinéma d’une rare vitalité au sein d’un paysage cinématographique de plus en plus codifié, pince fesse et tire au cul. Avec Polisse tu te prends dans ta face un sacré putain de film prouvant que le cinéma français bouge encore. Amen !

Polisse de Maïwenn Le Besco – 19 octobre 2011 (Mars Distribution)

Sélection Officielle en Compétition au Festival de Cannes 2011
Prix du Jury au Festival de Cannes 2011

RésuméLe quotidien des policiers de la BPM ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple, la solidarité entre collègues, les fous rires incontrôlables…

Note : 4/5

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