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The Lobster : Cuit à l’étouffé

Yorgos Lanthimos, cinéaste de nationalité grecque, s’est fait connaître en France en 2009 avec Canine, film qui décrivait l’enfermement d’une famille vu surtout par le prisme des trois enfants qui, un peu à la manière du Village de Shyamalan, ne se doutent pas qu’il y a autre chose de l’autre  côté des murs grillagés de leur villa. Canine interpellait par la radicalité de son discours et la discrétion d’une mise en scène qui savait pourtant emmener certaines séquences aux confins d’une absurdité jouissive. Une sorte de roublardise visuelle systémique qui finissait toutefois par débarquer le film en des contrées absconses limitant dès lors la portée de sa démonstration. Avec The Lobster, le réalisateur change de braquet en adoptant par exemple un casting international et semble vouloir se rapprocher d’une écriture plus linéaire, plus immédiate. Mais avec Yorgos Lanthimos, il ne faut jamais se fier aux premières impressions.

The Lobster - Affiche française Colin Farrell

Dans un futur proche et dans une ville non identifiée, toute personne qui devient célibataire suite à une séparation d’avec son conjoint par exemple (le film ne dit rien par contre quant à la limite d’âge pour ne plus être célibataire. 18 ans ?) devra séjourner à l’Hôtel (remarquez le H majuscule. Il n’y a donc qu’un seul hôtel pour toute la population) et aura 45 jours pour trouver à nouveau l’âme sœur. Au-delà, si la quête est infructueuse, la personne sera transformée en l’animal de son choix. Pour Colin Farrell, gras comme un loukoum, ce sera un homard. D’où le titre du film.

Cette première partie permet à Yorgos Lanthimos de rentrer directement dans le vif de son sujet. Il passe ainsi en revue le bestiaire de cet hôtel avec un humour noir littéralement décapant. Autant le passé de chacun ne l’intéresse guère, autant il décrit leurs motivations et leur quotidien avec minutie et enthousiasme. On a droit aussi à quelques morceaux de bravoure comme cette chasse aux résistants célibataires qui vivent en ermites planqués dans les bois. Chaque corps ramené permettant au chasseur de gagner un jour supplémentaire de villégiature à l’Hôtel. On retrouve ainsi la thématique de l’enfermement où les règles font figure de lois fascisantes et autarciques sans que pour autant elles soient décorrélées d’une réalité sociale et donc disputées par la masse. Lanthimos fait alors office de laborantin vaguement cynique qui observe une fourmilière derrière des parois de verre.

La deuxième partie est plus problématique en ce sens qu’elle ne permet plus au cinéaste d’affirmer son point de vue laissant son personnage central de Colin Farrell errer dans la forêt après s’être échappé de l’Hôtel. Là, il y rencontre la toujours aussi sublime Rachel Weisz et intègre la Résistance dont le chef est incarné par une Léa Seydoux plutôt à son avantage. Ici les règles sont inversées. Le célibat est sans concession et malheur à celui qui trouve chaussure à son pied. On comprend bien entendu la volonté de Lanthimos qui veut opposer les deux mondes pour en montrer à chaque fois l’absurdité. Mais les pérégrinations forestières de cette petite troupe mènent un peu nulle part jusqu’à l’impasse du plan final qui laisse en rade le spectateur dans une sorte de no man’s land filmique à la limite de l’embarrassant.

À l’évidence, Lanthimos na pas su ou voulu terminer son récit comprenant peut-être mais un peu tard que son histoire ne pouvait avoir de fin. Il n’empêche que même dans cette deuxième heure, il y a des séquences de toute beauté qui expriment tout le mal être d’un cinéaste face à nos sociétés où le libre arbitre et la liberté de pensée sont de plus en plus attaqués sous couvert du bien être collectif. Même si la critique se dilue au fur et à mesure que le film avance, elle reste prégnante pendant et surtout après le générique de fin. Elle est comme une évidence mais aussi comme un ouvrage qu’il va falloir à tout prix remettre sur le métier dans un avenir le plus proche possible.

Lire aussi notre compte-rendu cannois signé Nicolas Thys

The Lobster de Yorgos Lanthimos – 28 octobre 2015 (Haut et Court)

Sélection Officielle en Compétition au festival de Cannes 2015
Prix du Jury

RésuméDans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

Note : 3/5

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