La Chevauchée des bannis d'Andre De Toth

La Chevauchée des bannis : Peur blanche

La Chevauchée des bannis [The Day of the Outlaw] (USA 1959) d’André De Toth (1912-2002) est un western dont le titre d’exploitation française est une relative trahison car le rythme du film est beaucoup plus lent que ce qu’il laisse supposer. Son rythme est d’ailleurs beaucoup plus lent aussi que celui des westerns de De Toth tournés antérieurement pour la Warner tels que La Mission du commandant Lex [Springfield Rifle] (1952), Les Massacreurs du Kansas [The Stranger Wore a Gun] (1953), La Trahison du capitaine Porter [Thunder Over the Plain] (1953). La Chevauchée des bannis s’inscrirait plutôt, pour cette raison, dans le prolongement de la contemplation élégiaque qui s’intégrait déjà à la violence non moins âpre du très beau La Rivière de nos amours [The Indian Fighter] (1955) avec la belle Elsa Martinelli. Il n’appartient d’ailleurs pas à la série Warner : il fut produit par une firme plus petite et moins riche, dont ce fut la production la plus chère.

La Chevauchée des bannis - Affiche 1959

Philippe Garnier, dans son livre inclus à la très belle édition DVD parue chez WildSide en 2010, nous apprend que De Toth était un fanatique de la vérité et du réalisme jusque dans le moindre détail des dialogues. Il refusait les tournages en studio, les effets de transparence et voulut tourner son film en extérieurs naturels difficilement accessibles. Cela se ressent dans l’image : la neige et la montagne, si difficiles à filmer, le sont ici magistralement. Le scénario de Philip Yordan n’est pas d’une grande originalité : l’idée de gangsters tenant en otage des innocents durant un hiver rigoureux dans un lieu montagneux isolé était déjà celle du Peur blanche [Storm Fear] de Clinton Seeley, traduit en français en 1955 par Marcel Duhamel pour la Série Noire (volume N°263) de la N.R.F. chez Gallimard et adapté au cinéma à Hollywood la même année par le cinéaste Cornel Wilde. Yordan n’a eu, en changeant de genre, qu’à déplacer l’histoire dans le temps, à en modifier les éléments quantitatifs : au lieu d’un polar, un western ; au lieu d’une famille, un hameau entier ; au lieu de quelques gangsters, un commando d’une dizaine d’hommes.

La Chevauchée des bannis - Tina LouiseLa sulfureuse Tina Louise

De Toth était obsédé par la vérité intérieure de ses personnages mais aussi par la vérité de leur position spatiale à l’écran. Raison pour laquelle il privilégiait les plans larges. Le réalisme ainsi servi lui permet de dénouer naturellement la situation dramatique initiée par le scénario : étant donné les caractères, l’évolution de l’action, la seule issue demeure une fuite en avant qui s’achève par une mort collective impressionnante, oscillant entre réalisme vériste et irréalisme cauchemardesque. Il préfigure un peu, en raison de cet alliage instable, son ultime film (qui est aussi son meilleur) à savoir Enfants de salauds [Play Dirty] (GB 1968). La Chevauchée des bannis dispose en outre d’un « casting » assez baroque (bien qu’il soit maîtrisé avec sobriété). Burt Ives a ici un peu le même visage que l’acteur Nial McGinnis dans le génial Night of the Demon / Curse of the Demon [Rendez-vous avec la peur] (GB 1958) de Jacques Tourneur tandis que Robert Ryan a, pour sa part, déjà quelque chose, en cette même année 1959, de la brutalité désespérée que Sam Peckinpah exploitera si bien dix ans plus tard dans La Horde sauvage (1969). Sans oublier l’opposition érotique de Tina Louise et de Venetia Stevenson…

La Chevauchée des bannis - Affiche 2016

La Chevauchée des bannis (The Day of the Outlaw) d’André De Toth – 1959 – 1h32 – 12 décembre 1959 / Reprise en version restaurée le 6 janvier 2016 (Splendor Films – Rep. 2016)

RésuméUne bande nordistes déserteurs (pourchassés par l’armée régulière) attaque puis occupe un petit village du Wyoming, perdu dans les Rocheuses. Les fermiers, effrayés, interrompent alors leurs querelles pour faire front ensemble…

Note : 4/5

Quelques mots sur le DVD paru chez Wild Side le 6 juillet 2010

La Chevauchée des bannis - Recto DVD

 

Image

Format original 1.85 N.&B. respecté, compatible 16/9. Belle image chimique sauf un défaut (fugitif) sur l’émulsion vers la fin de la première heure, et admirable transfert numérique sans aucun bruit vidéo. Presque la perfection. Direction de la photo signée Russel Harlan.

9/10

Son

VF d’époque et VOSTF mono : offre complète pour le cinéphile francophone. Les deux pistes sont en excellent état et très bien restaurées. Belle musique, dont la présence se renforce progressivement durant le dernier tiers du film, signée Alexander Courage. Sous-titrage bien lisible et pas envahissant.

9/10

Interactivité et Bonus

Menus 16/9 bleus (comme le ciel) et blancs (comme la neige) rafraîchissants et correspondant bien à l’atmosphère hivernale et montagneuse de l’action. Nombreux suppléments augmentés d’un très mignon livret historico-critique de 80 pages « Noir comme neige : un western hors-la-loi » illustré et relié, imprimé sur un beau papier, rédigé par Philippe Garnier qui a connu De Toth en 1983, publié un livre sur lui en 1993 et entretenu un dialogue irrégulier avec lui jusqu’à sa mort en 2002. Garnier admire autant que moi le dernier DeToth, Enfants de salauds [Play Dirty] (GB 1968). Livret riche en informations de première main, contenant l’ensemble du matériel publicitaire de l’époque, à commencer par de magnifiques « lobby-cards » en couleurs, bien que le film soit N.&B. Outre une présentation par Bertrand Tavernier (26min), le film est annexé d’un commentaire audio enregistré en juin 1999 par André De Toth & Patrick Francis, dans la maison de De Toth à Burbank où il est mort en 2002. Ce commentaire est très intéressant et riches en informations peu connues. Sans oublier une brève conversation entre André De Toth et Patrick Francis (6min40s) à nouveau passionnante à tous points de vue : conception dramaturgique de De Toth, rapport de l’art à la vie, etc. Enfin une galerie affiches et photos de presque 60 documents, la plupart imprimées également sur le livret, et une filmographie d’André De Toth complètent la donne. L’ensemble donne toutes les clés et définit toutes les pistes thématiques et esthétiques. Le livret relié de 80 pages est notamment un beau travail pédagogique, documentaire et critique, à peine défiguré par une ou deux coquilles (p.18 par exemple) et quelques traductions approximatives (p.9) de l’américain.

9/10

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