La Fille du patron - Une Critique

La Fille du patron : Violence des échanges en milieu ouvrier

Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un film ayant en filigrane la classe ouvrière sans que celle-ci ne soit dépeinte à l’emporte-pièce ou qu’elle soit juste utilisée comme un alibi hypocrite  de cinéma. Avec La Fille du Patron, Olivier Loustau dont c’est le premier long et que l’on connaissait surtout jusqu’ici pour être un habitué du cinéma de Kechiche, dresse un portrait juste et sans artifices d’un milieu en voie de disparition. Le temps n’est en effet plus aux Violence des échanges en milieu tempéré et encore moins aux Ressources humaines. L’espoir d’une vie meilleure et même les luttes d’antan sont terminés ou alors voués irrémédiablement à ne déboucher sur rien d’autre que plus de misères sociales. Pour autant, La Fille du patron est un film lumineux qui use de la métaphore rugbystique et du sentiment amoureux pour créer une émulation pleine de vie à l’écran.

La Fille du patron - Affiche

Le pari était loin d’être gagné d’avance tant la corde était fine et raide. C’est que rendre compte du milieu ouvrier aujourd’hui revient à filmer un environnement amer, tendu et à la violence sourde. Qui pour les juger et surtout les condamner ? C’est leur vie après tout. Celle d’un quotidien de plus en plus compliqué pour ceux encore qui pointent tous les matins. D’ailleurs, l’usine où le film a été tourné a depuis fermé pour raisons économiques. Olivier Loustau l’a d’ailleurs bien compris, lui qui a « mouillé la chemise » pour convaincre certains ouvriers de s’improviser acteurs. Non pour jouer à l’ethnologue mais bien pour leur rendre hommage et à travers eux son prolétaire de père. C’est quelque chose qui transpire allègrement par tous les pores numériques d’un film qui une fois établit cette base saine et chorale va pouvoir développer son sujet principal.

L’idylle entre la fille du patron et un ouvrier. On n’est pas tant alors dans une relecture façon Roméo et Juliette, mais bien dans le constat qu’une telle chose au 21ème siècle pose plus que jamais problème. Est-on surpris ? À l’heure où notre société s’enfonce dans un communautarisme de plus en plus agressif, il est évident que non. Ce qui l’est par contre c’est comment Olivier Loustau traite cela. À la fois comme un gamin qui a encore tout à apprendre de la vie puis comme un homme que plus rien n’étonne. Sa mise en scène s’accorde parfaitement au caractère de son personnage qu’il joue par ailleurs admirablement, bien aidé il est vrai par Christa Théret que l’on avait découvert en fille de Sophie Marceau dans LOL. Loustau use aussi de respirations sportives bienvenues personnifiées par l’équipe de rugby formée par certains gars de l’usine et coaché par son alter ego devant la caméra. Elle symbolise cette fraternité et le sens du sacrifice que le monde ouvrier personnifie encore aujourd’hui. La dialectique formelle est très belle, poétique même et surtout fait sens au sein d’un film qui ne laisse pas grand chose au hasard.

La maîtrise est donc là, la légitimité aussi et puis enfin une très belle façon, certes on ne peut plus classique, de filmer à hauteur d’hommes et de femmes pour mieux capter ces expressions et ces postures qui emmènent le film en des contrées peu balisées au sein du cinéma français. On y ressent comme un souffle de liberté à l’image de ce couple qui ne veut pas s’attarder sur leur différence d’âge et leur origine sociale. Par les temps qui courent, La Fille du patron pourrait donc s’apparenter à une utopie régénératrice mais on lui préférera plus l’impression d’un manifeste doux-amer qui s’inscrit à l’encontre d’une société recroquevillée sur elle-même et bientôt totalement desséchée.

La Fille du patron de Olivier Loustau – 1h38 – 6 janvier 2016 (Wild Bunch Distribution)

RésuméVital, 40 ans, travaille comme chef d’atelier dans une usine textile. Il est choisi comme « cobaye » par Alix, 25 ans, venue réaliser une étude ergonomique dans l’entreprise de son père sous couvert d’anonymat. La fille du patron est rapidement sous le charme de cet ouvrier réservé et secret qui s’ouvre peu à peu à son contact et se met à rêver d’une autre vie…

Note : 3,5/5

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