Creed - Critique - Image Une

Creed – L’Héritage de Rocky Balboa : Staying Alive

En anglais c’est juste Creed. En français il a fallu rajouter L’Héritage de Rocky Balboa, histoire de bien enfoncer le clou et que tout le monde puisse faire le lien. C’est que Creed est plus ce que l’on appelle un spin-off dans lequel Rocky n’est finalement qu’une pièce rapportée. Il est certes considéré comme le 7ème film de la saga mais c’est tout de même un projet pour lequel Stallone n’était point l’initiateur. C’est même la première fois qu’il n’est pas crédité au scénario et puis Stallone ne voulait pas en entendre parler considérant que son Rocky Balboa clôturait dignement la saga. Il faut croire que l’histoire du fils illégitime d’Apollo Creed portée par le réalisateur de Fruitval Station avec lequel il remporta le Grand Prix du Jury à Sundance ainsi que l’intérêt du producteur légendaire Irwin Winkler ont eu la peau de ses premières réticences.

Creed - Affiche

Bien lui en a pris, lui qui vient de remporter le Golden Globes de ce Rocky ayant atteint l’âge de Mickey (légendaire Burgess Meredith), son premier entraîneur avant qu’il ne claque dans Rocky III. En devenant le coach de la progéniture d’Apollo Creed, son adversaire puis ami dans les quatre premiers films, il semble boucler une fois de plus la boucle d’une aventure cinématographique qui aura plus que jamais façonné sa vie d’acteur mais aussi les quatre dernières décennies en matière de culture populaire. Son réalisateur (et co-scénariste) Ryan Coogler l’a d’ailleurs très bien compris. Il est un enfant qui n’est pas né avec les Rocky, mais c’est peu de dire qu’ils ont tout de même marqué son enfance et sa jeunesse. Son Creed est un mélange astucieux entre l’hommage d’une génération tout en voulant y apporter sa propre pierre à l’édifice. Pour cela il faut consulter et impliquer les aînés comme l’incontournable Stallone mais pour aussi s’en détacher et jouer sa propre partition.

Un peu à l’image de J.J. Abrams, il semblerait que voici des hommes qui pour avancer dans leur métier pas encore devenu un art, il faille s’imprégner du sillon initial pour espérer mieux prendre son envol. À la différence tout de même ici que Ryan Coogler a semble-t-il bénéficié de coudées un peu plus franches qu’Abrams pour de suite amener son univers, ses nouveaux personnages et imprégner son « Rocky » d’un air du temps loin d’être factice. Creed à l’écran c’est Michael B. Jordan que l’on avait d’ailleurs découvert dans Fruitval Station même s’il avait déjà derrière lui un paquet d’apparitions dans des séries TV comme The Wire ou Friday Night Lights et que les plus perspicaces d’entre nous se souvenaient de sa prestation dans Chronicle. Voilà en tout cas une prestation qui fait honneur à son jeune talent et qui devrait faire oublier qu’il a été la Torche humaine dans Les 4 Fantastiques.

Ce Creed est donc un remake à peine voilé du premier Rocky mais que Ryan Coogler a débarrassé des oripeaux naturalistes pour en faire quelque chose de plus clinquant et de crédible pour un public en 2015. C’est un parti pris non critiquable que même Stallone accepte au sein de son personnage devenu un peu dépassé mais empreint de valeurs qu’il veut inculquer. C’est d’ailleurs l’une des seules limites (certainement assumées) du film. Le couple Creed – Rocky n’est que très rarement mis à mal allant à contre courant de ce qui faisait la motivation de Rocky pour boxer. Ici Creed n’a pas besoin de conflits humains pour trouver sa boxe. Il semble en paix avec lui-même. Seule l’ombre de son père mort alors qu’il était encore un embryon dans le ventre de sa mère le dérange. Ne l’appelle-t-on pas « baby Creed » à un moment du film ? C’est bien peu et n’enraye pas le déroulé d’une histoire qui s’apparente finalement à un joli fleuve tranquille.

En fait Creed est une sorte de conte urbain avec comme image tutélaire un Rocky en bon père de famille qu’il n’a finalement jamais eu. On est là à la racine d’une époque qui ne cherche plus à rentrer dans le lard mais à raconter la suite de belles histoires devenues légendaires. On peut le regretter mais Creed ne symbolise pas quelque part la psyché américaine qui préfèrera toujours imprimer la légende ? Et puis Creed a aussi pour lui une mise en scène racée et suffisamment révérencieuse pour emporter le morceau. On est ainsi frappé par cette volonté de filmer les combats sans tomber dans la surenchère. C’est juste magnifiquement chorégraphié avec en point d’orgue ce premier combat pro de Creed qui depuis le vestiaire jusqu’à la fin du pugilat est filmé en un vrai plan séquence de malade. Ryan Coogler se fait certes plaisir mais sans jamais oublier son film et son histoire.

Creed est un film enfantin en ce sens qu’il nous rappelle le cinéma de notre enfance. En cela il a gagné son pari. Celui d’un cinéma oublié qu’il fait revivre avec une certaine maestria. Mais Ryan Coogler est aussi un enfant de ce siècle et Creed son rejeton doté déjà d’une solide personnalité en propre. Forcément, on attend la suite avec une certaine impatience.

 

Creed – L’Héritage de Rocky Balboa –  de Ryan Coogler – 2h14 – 13 janvier 2016 (Warner Bros.)

RésuméAdonis Johnson n’a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance. Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d’être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa, que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D’abord réticent, l’ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter…

Note : 3,5/5

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