Jane Got a Gun - Nathalie Portman

Jane Got a Gun : Jane s’en va-t-en guerre

Il en faut du courage de nos jours pour se lancer dans la production d’un western tant la chose cinématographique est sinistrée pour ne pas dire plus. Ce qui ne l’empêche pas de temps à autre de se rappeler à notre bon souvenir. Ainsi, sur les cinq dernières années nous avons eu droit à quelques curiosités en forme de pépites comme The Salvation de Kristian Levring, Shérif Jackson de Logan Miller ou Blackthorn de Mateo Gil, à des œuvres un peu ratées parce que trop référentielles et révérencieuses comme The Homesman de Tommy Lee Jones ou encore les deux derniers Tarantino. Sans oublier True Grit, remake, même si les frères Coen s’en défendent, bien supérieur au 100 dollars pour un shérif d’Henry Hathaway avec John Wayne.

Jane Got a Gun - Affiche

Et puis il y a ceux qui ne sortent pas en salles comme le bizarroïde Slow West avec Michael Fassbender qui tourne en boucle en ce moment sur Canal ou le très transgenre Bone Tomahawk avec un énorme Kurt Russell à des années lumières de sa prestation toute en cabotinage dans Les 8 Salopards de sieur Tarantino. Jane Got a Gun n’est donc pas tout seul d’autant qu’arrive en février Le Revenant d’Alejandro González Iñárritu, mais il reste tout de même une incongruité au sein de tous les films qui viennent d’être cités tant celui-ci revient aux fondamentaux d’un genre qui n’a pas été à pareil fête depuis Impitoyable d’Eastwood. Il y a en effet dans Jane Got a Gun une approche farouchement frontale et imperturbable. On ne s’y embarrasse pas de circonvolutions narratives ni de mouvements de caméras superfétatoires censés cacher la redite scénaristique. Non.

Le film de Gavin O’Connor dont le seul véritable fait d’arme convaincant jusqu’ici était Warrior qui avait révélé au passage Tom Hardy, s’impose d’emblée comme une reconquête. Elle passe certes par de la citation. On pense en effet au Train sifflera trois fois ou à 3h10 pour Yuma dans sa façon inéluctable de porter son histoire à son terme. Mais aussi à Ramrod (Femme de feu de André De Toth) ou à Johnny Guitare de Nicolas Ray pour le côté personnage de femme forte dans le western. Mais il n’en oublie pas de regarder devant pour explorer de nouveaux horizons vers lesquels The Proposition de John Hillcoat s’étaient déjà engouffrés. À commencer par cette vision naturaliste du Far West qui ne s’empêche pas de jouer avec les températures de couleurs. Grises et désaturées pour les extérieurs, opaques et livides pour les intérieurs surtout lors des scènes de nuit. Et puis au moment des flashbacks on en revient à quelque chose de plus normé avec prédominance des teintes chaudes et ocres, certainement pour signifier qu’il s’agissait là de périodes plus heureuses.

Pour autant, Jane Got a Gun n’est pas un film sombre ou minimaliste. Il est certes tragique mais toujours emprunt d’un optimisme même s’il est mesuré. L’interprétation de Nathalie Portman y est pour beaucoup. De ses épaules en apparence fragiles, elle porte le film de sa détermination froide et implacable mais lui inocule aussi une beauté plastique inédite. La grande force aussi du film est que son personnage se transforme sous nos yeux. Non de vierge effarouchée en machine à tuer mais plutôt de femme de l’Ouest déjà rompue aux maniements des armes lors des premiers plans en mère de famille dont l’une des missions est de protéger ses ouailles. Le chemin pour y arriver n’est pas inutilement tortueux. Il est au contraire limpide et évident. Il sert une intrigue d’une rare cohérence dramatique propre à accoucher d’un film qui fera tout simplement date.

Car ce que l’on aime aussi dans Jane Got a Gun c’est la façon dont il assume sans failles son statut de western. Il ne va pas chercher dans le fantastique, dans le thriller et encore moins dans le polar ou film noir ses racines ou ses inspirations. C’est plutôt vivifiant et démontre une nouvelle fois une force de caractère aussi imperturbable que son héroïne. Il prouve surtout que la boucle n’est pas bouclée. Qu’il est encore possible de faire bouger les lignes forgées au moment de l’âge d’or du genre dans les années 50 sans que pour autant il faille l’admonester en moult déviances comme ce fut le cas par la suite, pour le meilleur mais surtout pour le pire. Jane Got a Gun respecte ainsi ses racines sans s’interdire d’en tordre ses codes mais sans jamais oublier de les sublimer. Rare, très rare.

Jane Got a Gun de Gavin O’Connor – 1h38 (Mars Distribution)

RésuméJane Hammond est une femme au caractère bien trempé mariée à Bill, l’un des pires bandits de la ville. Lorsque celui-ci se retourne contre son propre clan, les terribles frères Bishop, et qu’il rentre agonisant avec huit balles dans le dos, Jane sait qu’il est maintenant temps pour elle de ressortir son propre pistolet.

Note : 4/5

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