The Revenant

The Revenant : L’Homme Irrationnel

Avec The Revenant, on peut définitivement affirmer que  Alejandro González Iñárritu n’est pas un cinéaste de la subtilité. On le verrait plus comme un peintre en bâtiment assurant le gros œuvre mais le faisant avec soin sans jamais omettre d’apposer au moins trois couches. C’est que le cinéaste mexicain ne regarde pas à la dépense ni à l’énergie déployée pour assurer sa vision des choses. Ses films en deviennent de plus en plus rectilignes, assumés et implacables. Ce dernier adjectif a d’ailleurs été déjà utilisé par nos soins pour son dernier long, le bien nommé Birdman qui s’il ne touchait déjà plus terre n’en demeurait pas moins assez bas de plafond. On mettait cela surtout sur le dos d’une histoire qui tournait, et c’est peu de le dire, en rond. Si ce n’est plus le cas ici, difficile tout de même de ne pas constater de profondes traces dans la neige immaculée tant la pesanteur de la démonstration est assez prégnante.

The Revenant - Affiche FR

The Revenant est l’adaptation du roman signé Michael Punke édité en 2002 au titre éponyme. Il raconte en gros l’histoire vraie du trappeur Hugh Glass qui dans l’Amérique du début du XIXè siècle fut laissé pour mort après avoir été attaqué par un grizzly. Il conduisait alors une expédition sous le commandement du capitaine  et négociant en fourrures Andrew Henry dans les territoires septentrionaux de la Louisiane. Hugh Glass accomplit alors l’exploit de rejoindre le fort de départ confronté à une nature impitoyable et mue par sa seule volonté de vengeance à l’égard de celui qui devait l’enterrer mais qui l’abandonna en fait à son sort tout en assassinant son fils qui le veillait. Si cette histoire vous dit quelque chose, c’est normal. Tout d’abord parce qu’elle fait partie des fondations connues d’un pays toujours promptes à les glorifier pour cacher la jeunesse de son Histoire. Ensuite parce qu’elle a déjà été abordée au cinéma dans Le Convoi Sauvage que  Richard C. Sarafian réalisa au début des années 70. S’il reprenait la même trame (vengeance, nature hostile…), le film diffère par son développement, son traitement, miroir d’une époque de toutes les désillusions (pas question de « glorifier » l’exploit du trappeur afin de ne pas la confondre avec celle du pays) et par sa volonté d’en faire quelque chose à la limite biblique (le navire qu’il faut traîner à l’aide de 22 mules en plein territoire indien commandé par une sorte de Fitzcaraldo ou capitaine Achab revenus des Enfers).

Rien de tout cela chez Iñárritu même si la forme a quelque chose de déiste où la nature certes féroce ressemble à une sorte de réserve naturelle pour Adam et Eve que n’aurait pas renié le directeur de la photo de Terence Malick sur ses derniers films. Ben en fait c’est le même. Emmanuel Lubezki nous refaisant le coup du Nouveau Monde mais aussi et surtout de The Tree of Life. On est donc en terrain plus que connu avec une deuxième collaboration dans la continuité de Birdman portée ici en des sommets visuels écrasants de beauté. On précisera d’ailleurs que tout le film a été tourné en lumière naturelle ce qui obligea la production à rallonger le budget à mesure que les jours de tournage supplémentaires s’accumulaient. On ne peut que s’incliner devant un tel tour de force entre plans définitifs et tableaux fougueux d’une Amérique de la Frontière totalement revisitée.

Pour le reste, Iñárritu continue son travail de sape en expurgeant de cette histoire homérique son essence rédemptrice et sa symbolique d’une Nation alors en construction. Des forces vives annihilées par cette volonté de tout contrôler jusqu’aux regards des spectateurs qui ne disposent d’aucune plage de liberté. Un cinéma de l’hypnose qui peut convaincre s’il ne devait pas y avoir par ailleurs une bande originale OMNIPRÉSENTE qui ne laisse aucun répit tout en empêchant nos esgourdes de profiter tout simplement des joies simples d’un cours d’eau que l’on remonte ou du vent qui vient faire craquer les branches gelées d’un arbre isolé.

Devant cette caméra démiurge, il y a un DiCaprio qui à l’évidence en à ch*** des ronds de chapeau pour obtenir l’Oscar avec en face de lui un Tom Hardy vraiment convaincant en salaud de service. Le combat des chefs final est d’ailleurs assez symbolique du film. Harassant, asthmatique, avec le sentiment qu’il est temps que cela se termine. On a en effet compris les intentions et la démonstration. Il s’agirait maintenant de s’offrir un peu d’air et de recul et de laisser en paix le spectateur. Merci bien.

The Revenant de Alejandro González Iñárritu – 2h36 (Twentieth Century Fox France)

RésuméDans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir.

Note : 3/5

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