10 Cloverfield Lane

10 Cloverfield Lane : Lost in The Cellar

En ce début d’année 2016 déboulait sans crier gare la bande annonce de 10 Cloverfield Lane, un projet de film initié dans le plus grand secret par Bad Robot, la boîte de J.J. Abrams. D’ailleurs et certainement pour brouiller un peu les pistes, le film s’est d’abord intitulé The Cellar. Bien entendu, avec un tel titre définitif, il n’a pas fallu longtemps pour que tout le monde s’emballe avec cette certitude qu’il s’agissait là d’une nouvelle pierre portée à l’édifice de Cloverfield que J.J. Abrams appelle lui-même le « Clover-verse », l’Univers de Cloverfield. On a même parlé d’une suite que la bande annonce ne vient ni infirmer, ni confirmer. Bref on était dans le quasi flou total que la vision du film vient quelque peu élaguer dans la grande tradition roublarde de celui qui s’est fait finalement connaître du grand public avec sa série Lost.

10 Cloverfield Lane - Affiche FR

C’est qu’en définitive 10 Cloverfield Lane est à l’image justement de pas mal d’épisodes de Lost (on pense par exemple au début interminable de la saison 2), une sorte de relecture de Cloverfield pris sous un angle déviant, avec d’autres personnages mais sans jamais oublier bien entendu que le spectateur a dorénavant un temps d’avance. Ou pas d’ailleurs car le propre de Lost n’était-il pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Et ce constamment. Mais ce serait faire injure à 10 Cloverfield Lane que d’affirmer qu’il ne surfe que sur ce genre d’aspérités glissantes ou même de ne se laisser porter par cet univers tellement codifié. On n’est même jamais certain que l’on est dans le fameux « Clover-verse ». On le présume, on le suppute, on le devine même à la fin. Et si l’on sortira de la salle avec quelques certitudes (remember la fin de Cloverfield et la première apparition du monstre au sein de la vidéo amateur), on en repartira aussi avec d’autres interrogations.

C’est en fait un peu la limite de cet avatar qui joue avec les nerfs du spectateur façon procédé poupées russes ou enfilade de couloirs méthode Shining. Ce pourquoi d’ailleurs la team scénario au sein de laquelle on trouve le réal de Whiplash (et oui), s’est efforcé d’apporter un peu de chair là où il en manquait cruellement au sein des personnages de Cloverfield (pas suffisamment en tout cas pour que l’on s’y attache plus que cela). Là, comme ça se passe entre quatre murs, il faut bien épaissir les caractères et surtout les faire évoluer. C’est certainement le côté le plus intéressant et réussit de ce premier long signé Dan Trachtenberg. On est dedans et on y croit. La palme revenant sans conteste ici à John Goodman qui depuis ses larges épaules fait passer une foultitude de sentiments et de certitudes balayées dans la séquence suivante. Ce qui lui donne ce côté abrasif et paternel à la fois. Il est l’étincelle du film, celui par qui tout peut péter à chaque instant. En face il a du répondant en la personne de Mary Elizabeth Winstead (qui ça ?) qu’il a sauvé d’un accident avant de l’enfermer avec lui dans son bunker.

Le psychodrame qui va s’y dérouler entre mensonges et réalités augmentées plus une tierce personne, vont accaparer les trois quarts du film et se terminer en un climax espéré mais très vite annihilé par un dernier quart à ciel ouvert emballé c’est pesé assez frustrant. Manque de moyens (le budget du film est de 5M de dollars) ou manque d’imagination. Le fait est que la magie s’évapore et il n’y a plus rien à voir sinon un vulgaire film de SF faisant passer la séquence de la cave dans La Guerre des mondes pour un sommet de suspense. On y retombe dans les travers du mauvais serial de Network avec une fin peu convaincante pour ne pas dire indigne de ce que l’on a vu par ailleurs. Une sorte de facilité qui s’explique certainement par la volonté de donner du grain à moudre aux fans de base. Pour autant, on ne va pas leur jeter la pierre et encore moins le petit Jésus avec l’eau du bain car pour le reste, on va dire que voilà quelque chose de suffisamment autonome et de bien foutu à la limite du film indé retors qui suffit amplement à notre bonheur… pour quelques jours.

10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg – 1h45 (Paramount Pictures France)

RésuméUne jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d’abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu’il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d’envergure. En l’absence de certitude, elle décide de s’échapper…

Note : 3/5

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