Triple 9

Triple 9 : Good cops bad cops

Le nouveau Hillcoat promettait sur le papier et à l’image de sa bande annonce du très lourd. Il faut dire que le réalisateur australien qui se fit connaître par le western assez craspec The Proposition est dorénavant attendu quasiment tel le Messie à chaque nouveau film. En cause une mise en scène à l’ancienne, posée, taciturne et un brin nihiliste. Un peu tout ce que l’on aime en fait et ce pourquoi d’ailleurs on a encore eu des étoiles dans le falzar quand on a franchi la salle pour se prendre Triple 9 dans la tronche. À la sortie, si le caleçon a bien pris chère, on ne peut s’empêcher de penser que le réal australien en avait certainement encore sous le pied.

Triple 9 - Affiche

Il faut dire aussi que les films attendus ne sont pas légions dans l’année. On parle de ceux qui osent proposer autre chose que la norme éprouvée en ce début de siècle où le super-héros Marvel et DC Comics tiennent le haut de la péloche numérique. De ces films qui osent nous rappeler que le cinéma a une histoire et que l’on peut s’y référer pour en extraire sa version doublée de sa vision. La marque de fabrique John Hillcoat. The Proposition était son hommage rendu aux westerns façon Peckinpah. La Route rappelait furieusement dans la démarche Le Dernier survivant du néo zélandais Geoff Murphy et Des hommes sans loi ne laissait pas insensible les fans des Incorruptibles de De Palma. Il y a donc chez cet homme une volonté de transhumance certaine où il faut migrer d’un territoire établit vers un autre moins circonscrit mais qui reste totalement identifiable.

En son temps Friedkin assumait les mêmes explorations profitant alors dans les années 70 d’un système hollywoodien moins corseté. Aujourd’hui c’est plus compliqué mais Hillcoat y arrive certes par la porte de service et d’une façon moins radicale, mais on souscrit à fond. Et de fait ici on pense à Heat de Michael Mann bien évidemment mais on a aussi en tête le fabuleux Solitaire du même réal ou encore l’indéboulonnable Police Fédérale Los Angeles de Friedkin oui. De ces références, Hillcoat en donne un aperçu qu’il polit dans le sens de l’histoire en y apportant sa patte formelle unique faite de plans larges chorégraphiés, de champs contre-champs savamment étudiés, de gros plans magiques et de caméras portées qui recherchent toujours à faire avancer l’histoire. Si celle-ci est d’ailleurs prévisible, elle n’en demeura pas moins haletante, preuve s’il en est de la dextérité de la mise en scène.

Il faut simplement avoir à l’esprit tout ce que l’on nous a proposé ces derniers temps pour se rendre compte que Hillcoat est bien au-dessus du lot façon contrebandier. Ce qui en fait un cinéaste d’office à part certes mais surtout un excitant remède à la morosité ambiante d’un genre qui périclite gentiment avec des productions telles que (au hasard) Le Prix de la loyauté, L’Élite de Brooklyn, Joker, 13 Sins, Alex Cross, La Recrue, Rampart… Un long fleuve rouge paresseux que ce Triple 9 vient gélifier d’un coup d’un seul pour en faire quelque chose dont on aura bien du mal à se débarrasser une fois la dernière bastos envoyée à l’écran.

Après, et comme toujours avec les bons élèves, on aurait aimé plus. Non pas tant dans le traitement. On ne saurait mettre en doute les capacités formelles d’un cinéaste qui semble se surpasser dans ce domaine à chaque nouveau film. En fait, on fera plus la moue face à une histoire qui semblait porter en elle les germes d’une épopée urbaine épique avec ramifications et personnages à l’avenant. C’est en tout cas ce que les 15 premières minutes laissaient entendre. Et puis certainement face à l’ampleur de la tâche, les scénaristes ont vite circonvenu tout cela à quelque chose de plus basique. Un peu comme si on avait mis un entonnoir sans filtre toutefois afin de ramifier le tout et de terminer dans les temps. On n’ose alors imaginer Triple 9 en série télé. Et ce n’est pas simplement la présence de Aaron Paul (Breaking Bad) et Norman Reedus (The Walking Dead) qui nous y fait penser. Ce sont toutes les possibilités et canevas scénaristiques à l’évidence abandonnés ici qui nous le font regretter. Partie remise ?

Triple 9 de John Hillcoat – 1h56 (Mars Distribution)

RésuméEx-agent des Forces Spéciales, Michael Atwood et son équipe de flics corrompus attaquent une banque en plein jour. Alors qu’il enquête sur ce hold-up spectaculaire, l’inspecteur Jeffrey Allen ignore encore que son propre neveu Chris, policier intègre, est désormais le coéquipier de l’un des malfrats.

Note : 3,5/5

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