Remember

Remember : La Mémoire est-elle soluble dans l’Holocauste ?

Voilà un film qui risque de passer malheureusement inaperçu. Encore un me direz-vous. Le problème c’est que l’on parle ici d’un pedigree signé du canadien Atom Egoyan que l’on ne présente plus et qui avait pour rappel foulé le tapis rouge de la Croisette avec son précédent long Captives. Annoncé sur 78 copies (une misère), Remember affiche pourtant un cast « solide » avec en tête de gondole Christopher Plummer et Martin Landau et en seconds couteaux Bruno Ganz ou encore Dean Norris, le flic hargneux et beau frère de Walter White dans Breaking Bad. Rien que cela aurait dû permettre une exposition plus large.

Remember - Affiche

Découvert en septembre 2015 à la Mostra de Venise puis dans la foulée au festival de Toronto, Remember a certainement été acquis à ce moment-là par ARP pour le distribuer en France. Précisons qu’il est sorti au Canada le 23 octobre 2015 avec des éditions DVD/Blu-ray dans les linéaires du pays depuis le 16 février dernier. Est-il besoin de préciser qu’à ce stade,  la possibilité de le retrouver en téléchargement légal ou illégal est plus qu’évidente avec de surcroît le choix d’avoir des sous-titres français. Normal, il s’agit d’un film canadien et il faut bien penser à nos amis du Québec. Bref, si on peut toujours condamner la frilosité des exploitants, ne serait-il pas aussi juste de questionner la politique de programmation d’ARP ? D’autant qu’on a eu beau chercher, mais on n’a pas vu grand chose en guise de promo en amont de la sortie.

Tout ceci peut paraître hors-sujet dans le cadre d’un papier critique mais il nous a semblé important de planter l’arrière décor d’un film qui aurait certainement mérité un meilleur traitement. On parle en effet ici d’un cinéaste majeur à qui l’on doit des chocs comme De beaux lendemains, Ararat ou, pour le citer à nouveau, Captives. Du cinéma d’auteur en acier trempé qui n’hésite pas à explorer des sujets déviants et tabous. Remember est paradoxalement un film plus grand public. Il est d’ailleurs issu d’un scénario dont Atom Egoyan n’est pas l’auteur (une denrée rare au sein de sa filmo), ce qui en soit n’est pas une tare attention mais qui dans la démarche fait à l’évidence l’objet d’un coup de cœur du cinéaste. Remember ne se démarque pas pour autant de l’étude de ses thèmes de prédilection comme celui de l’être cher disparu, de son fantôme omniscient et de la manière de vivre sans ou avec.

Dans Remember, tout le dispositif de mise en scène tourne autour de cela. Le point de vue caméra n’est autre en effet que celui de l’épouse récemment disparue qui va à sa manière être le témoin pour nous des agissements de son mari qui décide de partir à la recherche du bourreau de sa famille à Auschwitz pour le tuer. Si l’on pourra reprocher à l’histoire d’être trop rondement menée (4 noms, 4 personnages, 4 lieux différents et forcément le dernier est le bon) s’apparentant pour le coup à une sorte de road-movie intime (les paysages ne reflètent que l’état d’esprit du moment et ne participent en rien à l’évolution psychologique du personnage), elle réserve toutefois des moments de bravoure haletants et un twist final des plus savoureux pour ne pas dire totalement imprévisible.

L’autre thème est bien entendu la mémoire. Comment celle-ci fonctionne et comment elle est appréhendée par chacun. Avec pour matrice celle emportée par la sénilité dans la dernière ligne droite de son existence. On ne parle pas ici d’Alzheimer, Egoyan et ses scénaristes n’ayant pas voulu à l’évidence tomber dans ce piège. C’est de la perte de mémoire au quotidien qui est mise en avant, celle qu’il faut à chaque réveil le matin remettre en forme via une lettre ou des mots façon Memento. Ce qui nous donne la possibilité à nous aussi de recoller le puzzle d’une vie au fur et à mesure d’un montage certes roublard mais d’une extrême pertinence. Il y a aussi dans ce Remember un regard aiguisé sur le legs humain façonné par l’Holocauste du même acabit qu’un Music Box de Costa-Gavras par exemple. C’est de cette mémoire dont on parle au final. De celle soumise aux attaques incessantes du révisionnisme ou de celle qui sous ses aspects de bon aloi révèle le monstre tapis en chacun de nous.

Remember de Atom Egoyan – 1h35 (ARP Distribution)

RésuméUn vieil homme, survivant de l’Holocauste, parcourt les États-Unis pour se venger d’un passé qu’il ne cesse d’oublier.

Note : 3,5/5

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