13 Hours - Image Une Critique

13 Hours : Transformers 5

On se demande bien pourquoi l’on continue à attendre le prochain Michael Bay. Un peu comme Zack Snyder, il est indéniable que le cinéaste diplômé de la Wesleyan University et de l’Art Center College of Design de Pasadena (oui on fait des recherches de temps en temps) n’a jamais fait dans la dentelle tant dans les messages véhiculés que dans la manière de le faire. Enfin bon, les messages véhiculés ne sont pas à multiples tiroirs et/ou d’une grande portée universelle non plus. Et c’est d’ailleurs en fait pourquoi on trouve toujours quelque chose à dire de bien ou en faveur d’un de ses films. Tout simplement parce que le bonhomme sait rester à sa place et ne pète que rarement au-dessus de son cul. Son truc à lui c’est de sortir l’arme lourde et de s’amuser à bien polir l’écran à coup de sulfateuses à répétition, pyrotechnies en tous genres, boîtes de conserve en fer blanc recyclables et de directions d’acteurs minimalistes.

13 Hours - Affiche

Le problème commence à se poser réellement quand le bonhomme décide de changer de braquet en se laissant aspirer par la grande ou la petite histoire de son pays. Cela donne alors l’indigeste Pearl Harbor, le risible No Pain No Gain ou enfin le sommet de nawak qu’est 13 Hours. Pourtant, voilà un film qui s’inscrit dans une tradition forte au sein du cinéma américain. Celle de savoir prendre à bras le corps son histoire immédiate pour mieux la recracher en lui donnant du sens. Que la prise de position prête le flanc à la critique ou non, qu’elle soit un objet de propagande, qu’elle soit toujours motivée après étude de rentabilité ou qu’elle fleure bon l’opportunisme, elle a le mérite d’exister. Avec 13 Hours, Michael Bay veut sans conteste apporter son écot, poser sa propre pierre à cette longue filiation hollywoodienne qui lui a toujours permis d’être une caisse de résonance de première main, surtout en temps de guerre.

C’est que depuis 1941, l’Amérique a toujours été en guerre. Et tous les cinéastes de premier et second plan s’y sont depuis frottés. Pourquoi pas Bay ? Si Pearl Harbor est la matrice, pourquoi ne pas faire comme Eastwood avec American Sniper, Peter Berg avec Du sang et des larmes ou Ridley Scott avec La Chute du Faucon noir (expressément cité dans le film au demeurant) ? Raconter un point chaud du globe où des américains sont en première ligne par le prisme de sa seule caméra. Et donner ainsi son point de vue de yankee élevé au bon grain sur un monde qui malheureusement leur est de moins en moins familier (l’a-t-il jamais été d’ailleurs). Cela donne l’adaptation d’un bouquin (comme souvent) centré sur les événements survenus le 11 septembre 2012 dans la ville libyenne de Benghazi où six opérateurs de sécurité ont lutté pendant 13 heures contre des terroristes qui ont attaqué un camp des Missions Spéciales de l’Armée Américaine et une agence de la CIA voisine.

On parle donc ici de cette Libye post Kadhafi plus ou moins laissée à son triste sort depuis l’intervention de la France, des États-Unis et d’autres. On parle d’anciens soldats (Navy Seals, Rangers, Marines…) envoyés dans cette partie du monde moyennant rémunérations conséquentes pour protéger des hommes, des femmes et des bâtiments appartenant à la CIA. En gros on est venu secouer la ruche en espérant qu’aucun frelon ne se rebiffera. On parle d’un film qui, moyennant une mise en scène spectaculaire histoire de coller le spectateur à son fauteuil car comme on le sait la guerre c’est beau, veut nous provoquer de la sympathie pour ne pas dire de l’empathie envers des gens venus faire leur métier dans une zone identifiée comme extrêmement dangereuse pour leurs miches (c’est même précisé lors du générique du début). Et Michael Bay d’enfiler les perles et de coller aux codes du cinéma de guerre comme si de rien n’était. Longue montée de la tension pour arriver au 11 septembre… Présentation de quelques personnages mais toujours avec au moins trois plans dans la même seconde. Décharge de foutre via balles traçantes et autres tirs de mortier entrecoupés de longs tunnels de dialogues pour resserrer encore plus les liens.

Si on sent bien que Michael Bay veut montrer ce qu’il sait faire avec une caméra et de gros muscles, il le met plus que jamais au service d’une histoire qui n’a pas son pareil pour ne jamais faire mouche. Il faut entendre certains dialogues comme « Dites leur bien que la vie d’Américains est en jeu ici » pour comprendre que le cinéaste filme avec des œillères, jouant là à une sorte de remake pervers d’Alamo (expressément cité aussi). Mais le pire dans tout cela c’est que l’on est persuadé que tout sonne juste, que tout sonne vrai. Bay l’a dit lui-même en précisant qu’il a passé beaucoup de temps au siège de la CIA pour se documenter et afin d’y rencontrer des gens qui ont travaillé avec les forces spéciales. On précisera aussi que sur le plateau, des conseillers militaires et de la CIA étaient présents. 13 Hours serait donc une forme de témoignage de ce qu’est la doxa actuelle en termes de politique étrangère américaine. Et sur ce point là, 13 Hours est une réussite… mais qui fait froid dans le dos surtout quand on sait que tout cela n’est que la partie immergée de l’iceberg.

Quand on pense qu’American Sniper fut qualifié de film réac. Que dire de 13 Hours ? Film fasciste ? On préfèrera maladroit. Mais de cette maladresse et de cette naïveté qui engendrent des monstres de guerre. De cette banalité qui engendre le Mal. Michael Bay symbolise cela. Un pèlerin venu de l’est avec sa caravane en toile blanche entouré par des indiens enturbannés. Il tire alors dans le tas mais dans le même temps, il ne sait plus où se trouve la Frontière. Un vrai film paumé en quelque sorte.

13 Hours de Michael Bay – 2h24 (Paramount France) – 30 mars 2016

RésuméBenghazi (Libye), 11 septembre 2012. Face à des assaillants sur-armés et bien supérieurs en nombre, six hommes ont eu le courage de tenter l’impossible. Leur combat a duré 13 heures. Ceci est une histoire vraie.

Note : 1/5

 

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