Panique - Michel Simon - Une

Panique ou Les Fiançailles de M. Hire

Panique qui ressort en copie restaurée 2K ce mercredi 30 mars, initie une très belle série qui va permettre de (re)découvrir au cinéma quatre chefs-d’œuvre signés Julien Duvivier. Outre Panique donc, sont annoncés La Belle équipe (6 avril) sur lequel on s’était déjà quelque peu penché ici, Voici le temps des assassins (13 avril) et La Fin du jour (20 avril). On pourra aussi rajouter à cette liste le tout aussi indispensable Marie-Octobre que Pathé restaure en ce moment même pour une sortie prévue cette fin d’année avec certainement un passage au Festival Lumière en octobre et qui sait à Cannes Classics en mai. On précisera d’ailleurs que tous ces films bénéficient (c’est le cas de Panique depuis décembre 2015 chez TF1 Vidéo) ou bénéficieront d’éditions Blu-ray. On y reviendra.

Panique est le premier Duvivier de l’après-guerre. Le cinéaste rentre des États-Unis où il y a réalisé cinq films qui sont assez loin de ses standards de la décennie précédente où il fut le chef de file de ce que l’on a appelé le réalisme poétique avec des films comme La Belle équipe justement ou encore L’Homme du jour (1936), Pépé le Moko et Un carnet de bal (1937). C’est un retour au pays marqué du sceau de l’échec critique et surtout publique. Panique ne convainc pas. Beaucoup y voient la reprise de recettes dorénavant éculées qui ne peuvent plus marcher dans la France qui a vécu une occupation allemande douloureuse. On y retrouve en effet cette population issue des classes populaires, le destin forcément tragique du personnage principal et ces décors de studio magiques à la profondeur de champs fascinante.

Et pourtant, Duvivier ne fait pas dans la redite. Là où ses films d’avant-guerre étaient baignés par un certain romantisme tragique et décrivaient une société humaine d’où il y avait toujours quelque chose à sauver, Panique ne s’embarrasse plus de tout cela et partage une vision très noire de l’être humain mais aussi de cette France post vichyssoise. C’est d’ailleurs certainement là que se situe l’incompréhension d’alors. Personne n’était en effet prêt à assumer ce qu’il voyait à l’écran. Il ne faut pas oublier que la période était à la réconciliation avec cette croyance relayée bien volontiers par les pouvoirs publics de l’époque que la France a été majoritairement résistante. Il a fallu attendre Le Chagrin et la pitié de Marcel Ophüls en 1969 pour que notre pays commence à comprendre que seul 1% de nos concitoyens se sont rangés du côté des résistants. La grande majorité collaborationniste ou tout simplement silencieuse n’apprécie pas qu’on lui fasse alors la leçon. Qu’on la décrive comme une masse informe prête à s’emballer à l’encontre de ce qu’elle ne comprend pas et qu’elle rejette. Là c’était le juif, la franc-maçonnerie, l’étranger, ici c’est Monsieur Hire, interprété par le grand Michel Simon dont c’est certainement son rôle le plus marquant au sein d’une filmographie déjà à nulle autre pareil, que Duvivier pointe du doigt dès les premiers plans en en faisant un personnage d’apparence hautaine qui ne s’embarrasse pas avec les bas de plafond qui composent son quotidien.

Panique

Cette singularité qui le met déjà quelque peu au ban de la micro société du quartier va le perdre une fois qu’un meurtre est commis dans le terrain vague d’en face. Il est en effet le coupable idéal. Lui qui connaît pourtant l’identité de l’assassin dont il va taire le nom pour protéger la femme qu’il aime mais qui reste attaché à l’auteur du crime. Elle c’est Viviane Romance, celle-là même qui jouait la garce ultime dans La Belle équipe et qui attisera les braises de la vindicte populaire ici. Le génie de Duvivier c’est de faire évoluer son anti héros. D’homme singulier, excentrique, un peu étrange et à la marge devient une sorte de petit garçon naïf devant son premier amour, émerveillé qu’il est de recevoir en retour un début d’affection qu’il n’espérait pas. Car le personnage de Viviane Romance n’est pas le mal incarné. C’est la femme perdue qui a déjà fait de la prison pour son homme mais qui ne se résout pas à le voir tel qu’il est. Elle n’est pas insensible à ce type au physique incongrue mais dont les paroles sonnent juste et qui semble receler en son sein une bienveillance qu’elle ne connaissait point. De cette ambiguïté des sentiments naît la perte de Monsieur Hire faisant de Panique un condensé d’humanité bien sombre mais pour le coup très proche d’une réalité que le cinéaste rend compte avec âpreté, dureté et sans complaisance.

Ce regard en forme de virage ultra désabusé sur la nature humaine est à la base un bouquin signé Georges Simenon intitulé Les Fiançailles de M. Hire que Duvivier adapte d’ailleurs très librement mais qui lui donnera le matériau nécessaire et l’élan définitif qui définira toute la deuxième partie de sa filmographie. De celle qui voudra se rapprocher sans cesse des affres et vicissitudes d’une humanité qui s’est de toute façon définitivement perdue durant la seconde guerre mondiale. Pour la petite histoire, Patrice Leconte reprendra à son compte le bouquin de Simenon pour accoucher en 1989 de Monsieur Hire avec Michel Blanc dans le rôle titre. L’un de ces rares films qui tiennent absolument la comparaison avec l’originel.

Ps : Il en parle d’ailleurs abondamment et avec un sens du détail passionnant dans un des bonus du Blu-ray mentionné plus haut. Une très belle initiative de TF1 Vidéo malheureusement gâchée par la partie technique où l’encodage de l’image laisse plus qu’à désirer avec la présence d’artefacts de compression et un manque de définition qui vont jusqu’à dénaturer la très belle restauration du master.

Panique de Julien Duvivier – 1h40 (Les Acacias Rep.2016) – 30 mars 2016. Première sortie France le 15 janvier 1947

RésuméLe bizarre et presque inquiétant Monsieur Hire est soupçonné, à tort, d’un crime. C’est la belle Alice dont l’amant est en réalité le coupable qui, profitant de l’admiration que lui voue monsieur Hire, fait dévier les soupçons sur lui. La foule déchaînée traque l’innocent qui se réfugie sur les toits d’un immeuble d’où il glisse et se tue. La découverte d’une photo qu’il portait sur lui révèle qui est l’assassin…

Note : 4,5/5

Panique Recto Blu-rayPaniqueÉdition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret

Éditeur : TF1 Vidéo
Date de sortie : 2 décembre 2015

Spécifications techniques Blu-ray :
– Image : 1:33:1 encodée en MPEG-4 AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD MA 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h38
– 1 BD-50

Bonus :
L’Éclat de Michel Simon :  entretien avec Claude Gauteur auteur d’une biographie sur Michel Simon (15min05s, HD)
Julien Duvivier, un Maître par Patrice Leconte (HD, 20min39s)
– Le film vu par Eric Libiot et Guillemette Odicino (HD, 19min17s)

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