Braqueurs - Une

Braqueurs : À Tout Prix

Julien Leclercq n’est plus un inconnu. Chrysalis, film de SF raté mais savoureusement branque avec Dupontel l’avait mis sur le devant de la scène. Pour autant, si L’Assaut, son deuxième long sur la prise d’otage de l’Airbus A-300 d’Air France à Alger, laissait augurer du meilleur, son film suivant, Gibraltar, faisait retomber le soufflet fissa laissant ses premiers fans sur le carreau. C’est dire si on n’attendait pas grand chose de Braqueurs tout en en espérant beaucoup. Une sorte de complexe de spectateur critique échaudé par la vision de films français aux thématiques connexes plus ou moins boursouflées ou ratées (Le Convoi de  Frédéric Schoendoerffer, Enragés de Éric Hannezo pour ne citer que les plus récents).

Braqueurs - AfficheIl faut croire qu’il fallait être patient car Braqueurs est une réussite flagrante qu’il ne faudrait toutefois pas saluer à l’aune seule de cette production ambiante décatie. Julien Leclercq s’en affranchit justement avec une certaine désinvolture puisant plutôt ses inspirations dans ce qui constitue la moelle même du genre. Certains pourront le lui reprocher puisque les clins d’œil appuyés à Heat ne sont jamais très loin mais ce serait pour le coup avoir la vue courte tant le cinéaste va plutôt chercher ses références du côté de Melville et de son Samouraï par exemple sur lequel Sami Bouajila y puise à l’évidence sa prestation froide et toute en retenue de ce braqueur ascétique. C’est d’autant plus flagrant que Leclercq ne cherche pas à impressionner par des scènes d’action démiurges non par manque de moyens mais bien par un parti pris de mise en scène virale et toujours anxiogène. Même quand tout va bien (au début seulement hein), le personnage de Bouajila et les spectateurs s’attendent au pire. Et quand cela arrive, et bien ce n’est que le début.

Braqueurs donne alors cette impression qu’il en a toujours sous le pied, emmenant ses protagonistes vers un ailleurs fait de cadavres, de manipulations et de soudaines explosions d’adrénaline qui font systématiquement mouches. C’est bien simple tant dans l’histoire que dans sa mise en abyme, il n’y a rien à jeter. C’est sec, parfaitement maîtrisé et animé de la plus belle des intentions. À savoir donner du sens aux images et non l’inverse. Une règle que beaucoup semblent avoir oublié en route depuis des années dans ce cinéma de braquo qu’Olivier Marchal a soigneusement dévidé pour n’en faire qu’une coquille vide que nombre de scénaristes et réalisateurs en herbe ou non se réclament aujourd’hui. On pense au hasard à Fred Cavayé dont le cinéma est l’antithèse de Braqueurs qui tout en faisant bifurquer le genre vers une sorte de concept un peu arty façon papier glacé est un film de chair et de sang.

C’est encore une fois via le personnage joué par Sami Bouajila qu’on le perçoit le mieux. L’homme est un gangster, méticuleux, discret et parano. À la différence des générations précédentes qui flambaient leur vie, lui investit et blanchit son argent dans des PME qu’il a fondées en « famille ». Seul un « grain de sable » qui va entraîner l’écroulement du château de cartes va finalement révéler ses fêlures et sa véritable nature. La tragédie shakespearienne est connue, mais elle reste derrière la caméra de Leclercq diablement efficace pour ne pas dire virtuose tant le bonhomme a digéré les vecteurs d’un genre jusqu’ici recrachés avec une hauteur méprisable. Sans pour autant jamais être déférant, lui s’en empare avec une forme de respect qui force l’admiration faisant de Braqueurs le pont que l’on attendait entre l’ancien et le néo polar. Merci Monsieur.

Braqueurs de Julien Leclercq – 1h21 (SND) – 4 mai 2016

RésuméYanis, Eric, Nasser et Frank forment l’équipe de braqueurs la plus efficace de toute la région Parisienne. Entre chaque coup, chacun gère comme il peut sa vie familiale, entre paranoïa, isolement et inquiétude des proches. Par appât du gain, Amine, le petit frère de Yanis, va commettre une erreur… 

Note : 4/5

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