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Night Call : Le guerrier de la nuit

On le sait, quelle que soit la période, les États-Unis ont cette faculté du dédoublement immédiat ou quasi immédiat. De celle qui leur permet de régurgiter le lendemain ce que la veille leur a imposé ou enseigné. Une sorte d’analyse à chaud forcément au cordeau mais qui semble essentielle pour cette « jeune » nation qui y voit certainement là comme une sorte de thérapie par électrochoc censée la requinquer le temps de quelques pulsations minute. Night Call fait partie de cette tradition thérapeutique qui place le spectateur au cœur d’une double réalité schizophrénique dont il devra s’extirper par ses propres moyens.

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Plus précisément Nigh Call s’attache à rendre compte de la dérive toujours plus sévère des médias dont celle de la guerre que se livre au quotidien les moults chaînes de télévision de la ville pour ramener le scoop qui tue. C’est que depuis les années 70 et Network du grand Sidney Lumet, les choses n’ont pas tellement changé. Il y est toujours question de faire de l’audimat à tous prix et les méthodes pour y parvenir restent fondamentalement les mêmes. En fait, la différence entre les deux est que l’un s’apparente aujourd’hui à de l’érotisme à la papa alors que le film de Dan Gilroy donne immédiatement dans le porno hardcore. Une voie non sans risque mais que le scénariste / réalisateur tient tout le long d’un film dérangeant porté par un Jake Gyllenhaal en fusion.

Son personnage de cafard de la nuit en quête d’images chocs pour alimenter le JT matinal de la télévision locale fait en effet froid dans le dos tant il semble personnifier à lui tout seul une société dont l’arrivisme poussé à l’extrême a fini par totalement la tuméfier. Mais le plus fort c’est que la charge vitriolée vaut aussi pour nous et toutes les civilisations dites développées. Et si certaines n’en sont pas encore là, toujours empêtrées à l’ère « Network », qu’ils se rassurent, cela viendra. Night Call prédit et Gyllenhaal est son prophète.

L’autre personnage central du film est la ville. Filmée de nuit et vidée de ses habitants comme déjà frappée par son destin funeste, elle est le miroir en négatif d’un passé économiquement glorieux qui montre des rues fantômes à l’instar de ces bourgades du Far West en apparence abandonnées au moment du duel final. Il y souffle un vent putride attisé par ces écumeurs du bitume qui ne font que colporter les mauvaises nouvelles avidement reluquées par des ectoplasmes derrière leur poste. On ne peut alors s’empêcher de penser à Big John et son Invasion Los Angeles qui n’affirmait rien d’autre quant à cette société asservie par l’image et dont le seul but était de nous mettre face à nos propres contradictions.

Si Night Call n’a toutefois pas le même recul ni la même rectitude froide dans l’analyse, sa propension à bien polir les angles de sa démonstration sont patentes. On dézingue certes mais avec style à commencer par une photo très travaillée, très glauque qui accentue ce sentiment agoraphobe rappelant celui que l’on ressentait à la vision du Prisonnier. On n’oublie pas non plus les « seconds couteaux » à commencer par une Rene Russo incandescente en responsable éditoriale d’une télé locale. C’est finalement elle le fil rouge de toute l’histoire, celle par qui les lignes jaunes vont être allègrement franchies et celle qui dépucellera littéralement notre « héro ». Que tout cela est foncièrement bienvenue à l’aune d’une production cinématographique US de plus en plus infantilisante.

Night Call (Nightcrawler) de Dan Gilroy  – 26 novembre 2014 (Paramount Pictures France)

Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…

Note : 4/5

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