Elle L'adore - Sandrine Kiberlain

La minute critique : Elle l’adore

C’est toujours compliqué un premier film. On y met souvent beaucoup de soi que l’on jette en pâture d’abord aux critiques puis surtout à des spectateurs encore plus promptes à dégainer leur mauvaise foi, leur déception ou leur enthousiasme. Compliqué quand on sait que la gestation peut-être longue. Ici, il aura fallu 10 ans de réflexion à la réalisatrice Jeanne Herry (fille de l’actrice Miou-Miou et du chanteur Julien Clerc) pour accoucher d’Elle l’adore, comédie à la frontière du drame et du film policier qui s’il ne convainc pas tout à fait mérite que l’on s’y attarde un peu.

Elle l'adore - Affiche

Ne serait-ce que pour l’extrême raffinement de l’emballage avec une photo assez sensuelle bien que tirant vers le bleu anthracite et des cadres travaillés, pensés et forcément signifiants. On est dans un univers qui privilégie le confort visuel et la tessiture des grains. Celui de l’image donc mais aussi de la peau souvent filmée en plans serrés pour mieux capter les moindres palpitations de ses propriétaires. En cela Jeanne Herry digère et régurgite un cinéma classique mais toujours aussi efficace où il est question de « serrer » ses acteurs dans un cadre certes douillet mais dont il est difficile de s’y soustraire.

Un sentiment prolongé par le scénario qui se veut implacable alors qu’il n’est qu’au mieux linéaire et attendu. Il y est question d’un chanteur de variétés au sommet des charts qui demande à sa plus grande fan de l’aider à faire disparaître le corps de sa femme qu’il a accidentellement tuée lors d’une dispute domestique. Le problème c’est que le déroulé des péripéties nous conforte dans une impression de déjà vu (en mieux) alors qu’à l’écran Laurent Lafitte et Sandrine Kiberlain se donnent beaucoup de mal pour élaguer la faiblesse de certaines séquences et le côté plaqué de certains dialogues.

Au fond, ce n’est pas l’incongruité du postulat de départ qui gêne, il est plutôt rigolo et finalement bien vu, mais cette évidente propension à ne pas trop savoir quoi véritablement en faire sinon à se réfugier derrière des certitudes formelles qui finissent par étouffer toute idée d’un cinéma ouvert et dans l’exploration. C’est dommage pour un premier film mais qui reste typique de la production actuelle qui oscille entre conformisme et fausse originalité.

Elle l’adore – 24 septembre 2014

Note : 3/5

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