Miss Peregrine et les enfants particuliers - Image Une Critique

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Freaks Bad Show

Tim Burton serait-il un cinéaste lessivé, finit, has been et par respect pour sa primo filmographie, on va s’arrêter là. C’est que sans vouloir refaire l’histoire on peut tout de même affirmer que depuis Ed Wood en 1994, on cherche le film qui aura marqué d’une nouvelle pierre blanche un univers visuel et mental jusque là d’une cohérence et d’une richesse à nulle autre pareil. Certes il y a eu quelques fulgurances depuis comme Mars Attacks!, Big Fish (oui oui on assume), Les Noces funèbres et surtout Frankenweenie, son fait d’arme le plus probant en 22 ans. Mais rien finalement qui puisse nous faire penser que Burton ne navigue pas à vue quand il ne nous ressert pas du réchauffé au goût forcément tiédasse. Et ce n’est pas ce Miss Peregrine et les enfants particuliers qui va nous inciter à penser le contraire.

Miss Peregrine et les enfants particuliers - Affiche

Pour autant, on comprend avec aisance pourquoi et comment Burton s’est lancé dans cette aventure. L’univers et les personnages du bouquin en trois tomes de Ransom Riggs qui est adapté ici ressemblent en effet à s’y méprendre au bestiaire et aux obsessions thématiques du cinéaste. Le plus évident est le passage à l’age adulte d’enfants qui vivent à la marge. Toute la filmo de Burton est traversée par cette récurrence qu’il a lui-même vécu et qu’il avait mis en image dès Vincent et Frankenweenie, ses deux court-métrages les plus fameux dont le Frankenweenie de 2012 sera d’ailleurs le prolongement. Il y a aussi cette fascination pour ces « freaks » dont raffole la littérature jeune ado d’aujourd’hui et que Burton a le plus souvent mis en scène en en faisant le centre de ses récits. Depuis Pee-Wee Big Adventure, son premier long où un « grand enfant » part à la recherche de sa bicyclette customisée qui lui a été volée, Burton n’a eu de cesse de confronter les rêves de ses protagonistes aux cauchemars éveillés de nos sociétés déshumanisées.

Le problème c’est que plus que jamais avec ce Miss Peregrine et les enfants particuliers, la chose ne tourne même plus à l’obsession mais juste en rond. On est au-delà du terrain connu, c’est même Waterloo morne plaine… en numérique. On n’a même pas le droit à quelques séquences marquantes sinon à des prestations d’acteurs plutôt convaincantes (Eva Green et Samuel L. Jackson en tête même si celui-ci cabotine à mort) mais attendues ou encore à un hommage ultra appuyé à Ray Harryhausen et sa célèbre séquence en stop motion de sa bataille de squelettes. Mais franchement on sent bien que le cœur n’y est plus trop. L’histoire est expédiée manu militari sans que vraiment Burton s’inquiète plus que cela des nombreuses incohérences (mais peut-être étaient elles déjà présentes au sein des livres), les enfants et leurs particularités sont juste esquissés devenant pour le coup de vrais bêtes de foire sans que l’on éprouve réellement une empathie quelconque. On est même à la limite de vouloir sortir la boîte à baffes par moment.

Il y a même une nouvelle fois la figure tutélaire du grand-père autrefois incarnée par Vincent Prince que reprend ici un Terence Stamp totalement à son aise mais qui mériterait tellement mieux au regard de son immense talent. On jettera enfin un voile pudique sur la mise en scène que l’on qualifiera a minima de passe partout. Qu’il est loin le temps où Johnny Depp façonnait à l’aide de ses mains d’argent des fresques de glace en une poésie visuelle et sensitive à en faire décoller les palpitants. Qu’il est loin le temps où un homme pingouin pouvait faire trembler les fondations d’une ville ainsi que les certitudes morales du spectateur. Tim Burton ne semble définitivement plus avoir cette foi. Film après film, il semble s’enfoncer dans une routine cotonneuse qui ne doit même pas le satisfaire. Mais même cela, on n’en est même plus certain.

Miss Peregrine et les enfants particuliers (Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children) (2016) de Tim Burton – 2h07 ( Twentieth Century Fox France) – 5 octobre 2016

Résumé : À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs… et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

Note : 2/5

 

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