Don't Breathe - Image Une Critique

Don’t Breathe : Take my Breathe Away ?

L’affiche clame que Don’t Breathe est juste le meilleur film d’horreur américain de ces 20 dernières années. Damn, voici une affirmation qui a le mérite de poser le décor. D’autant qu’elle émane d’un magazine de cinéma new-yorkais dont personne ou presque en France n’a jamais entendu parler. Les voix du marketing sont décidément impénétrables. Mais on a quand même voulu vérifier sur pièce (pour le film c’est au paragraphe suivant) et en effet on trouve bien sur filmakermagazine.com cette affirmation en toute fin de préambule d’un entretien avec le réal Fede Alvarez au demeurant très complète et instructive quant aux influences et méthodes de travail du bonhomme.

Don't Breathe - Affiche

Une fois ce travail d’investigation très pointu derrière nous, on aura le droit de ne pas être tout à fait d’accord non plus. On ne voudrait certainement pas remettre en cause la culture cinématographique de celui qui signe l’interview (le réalisateur, scénariste et critique Jim Hemphill) mais rayon film d’horreur et même si le genre s’est plutôt appauvri en 20 ans chez nos amis yankees, on citera au hasard Funny Game USA (bon ok réalisé par un autrichien), Vorace (réalisé en 1999 donc on est bien dans les clous), Une nuit en enfer (qu’on le veuille ou non cela a marqué son petit monde), V/H/S2 (même si un DTV) voire la relecture Evil Dead réalisée en 2013 par ce même Alvarez qui nous semblent tous a minima soutenir la comparaison. Mais c’est le génial remake de La Dernière maison sur la gauche qui clôt toute forme de conversation puisque Don’t Breathe est surtout un « Home Invasion » certes efficace mais qui n’arrive jamais à la cheville du film signé Denis Iliadis. Un aspect de sa personnalité cinématographique de toute façon bien plus évident à défendre que son versant dit horreur que l’on trouvera au mieux passe-partout pour ne pas dire peu convaincant.

Mais que l’on ne s’y trompe pas. Don’t Breathe est d’abord bien à ranger dans la catégorie (oui le critique aime bien classer / ranger / cataloguer… ça le rassure) œuvre roublarde à tendance je me regarde un peu trop filmer. Une fois balancé à l’arrache les « motivations » des personnages (10 minutes montre en main), on est déjà en train d’endormir le chien et d’escalader le portail de la cour intérieur. Efficacité donc. Là, on tombe sur Stephen Lang (le méchant un peu bas de plafond dans Avatar qui à 65 ans tient au passage une forme de malade) qui possède une petite fortune depuis qu’il a été dédommagé de la mort accidentelle de sa fille. C’est ce magot qui intéresse nos trois jeunes adultes. Mais pour se l’accaparer, il va falloir se farcir cet ex-Marine revenu aveugle de sa dernière mission qui vit isolé au sein d’une des banlieues de Detroit totalement en ruine. Comme pour La Dernière maison sur la gauche, ce qui intéresse Fede Alvarez c’est la thématique du miroir inversée qui veut que la victime devienne bourreau. À la différence ici que le retournement de situation n’intervient pas en toute fin mais bien dès la deuxième bobine.

Du coup, il faut pouvoir tenir la distance et continuer à maintenir le spectateur en haleine. Cela passe ici par une surenchère de séquences quelque peu gores et des situations de plus en plus inextricables qui font péter le plausible mais parfois aussi le ridicule. Pour autant Don’t Breathe tient la route. Ne serait-ce que par cette mise en scène justement qui joue habilement de la topographie de la maison qui en devient in fine le personnage central. Ce qui n’est pas la plus mauvaise idée d’un film qui sait aussi s’affranchir de mouvements de caméras fluides habituellement censés se donner de l’air au sein de décors exigus. Au contraire, Fede Alvarez sait user de ces couloirs étroits, de ces escaliers tendus, de ce sous-sol labyrinthique qu’il met en valeur via des jeux de lumières qui n’éclairent rien ou ces zones de pénombre pour rétines nyctalopes. Il y a là comme une certaine poésie de l’irrémédiable qui pour le coup innove et entretient efficacement le suspense.

Don’t Breathe n’a rien de novateur pour autant et ne peut encore moins prétendre à être le film d’une double décennie. À la limite celui de  2016. Mais l’année en cours qui est placée quasi exclusivement sous le sceau des suites d’une indigence affligeante est un bien pauvre révélateur. Il sera donc plus que problématique de l’adouber fissa de la sorte. Laissons déjà à Don’t Breathe la possibilité de s’épanouir au sein de ses qualités intrinsèques indéniables et d’être ce petit film un peu énervé pour ne pas dire nerveux dont la prétention ne peut-être que de divertir en étant légèrement à la marge. Ni plus, ni moins.

Don’t Breathe – La maison des ténèbres (2016) de Fede Alvarez – 1h28 (Sony Pictures Releasing France) – 5 octobre 2016

Résumé : Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

Note : 3/5

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