Men, Women & Children : Sexe, Mensonges & Réseaux sociaux

Film après film, Jason Reitman s’affirme décidément comme l’archétype du cinéaste tendance au sein de la sphère indé outre-atlantique. L’homme sait choisir ses sujets et les assume à l’intérieur d’un système qui l’a adopté et qu’il a depuis quelque peu remodelé. Le problème c’est que si le bougre aura donné le change le temps d’un Thank you for smoking juste brillant, sa filmo brasse depuis le vent des illusions perdues.

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Men, Women & Children semble de surcroît accélérer ce processus de désertification intellectuelle au point d’en devenir symptomatiquement fascinant. Juno, vaste tromperie qui se voulait représentative d’un état d’esprit adulescent mais à l’énergie indéniable, avait amorcé le mouvement. In the Air confirmait le malaise en filmant des poncifs rédhibitoires mais sous Prozac cette fois-ci. Et quant à Young Adult, il restera comme la plus grosse escroquerie de la décennie en essaimant d’abord un sujet et un personnage au potentiel illimité pour nous adresser in fine un fort et joli doigt d’honneur moralisateur. Men, Women & Children créé l’exploit de mettre tout cela dans un blender selon un dosage qui se veut savant pour donner une bouillie infâme aromatisée aux hormones d’adolescents tous asservis à la dictature des réseaux sociaux.

C’est qu’avec ce dernier film Jason Reitman passe en fait à la vitesse supérieure (la pause bucolico-immédiatement oubliable Las Days of summer ne fut donc qu’un leurre) en voulant prolonger l’étude déjà fallacieuse d’American Beauty. Mais là où Sam Mendes arrivait tout de même à rendre compte d’une société en perte de repères par le prisme galvaudé de l’explosion de la matrice familiale américaine, Reitman s’y fourvoie en n’évitant aucun écueil. À commencer par cette mise en scène ultra maniérée mais au final très simpliste qui veut représenter le paradoxe ultime de notre époque : l’impossible communication entre les êtres à l’heure de la communication globale. À l’image, cela donne une jungle d’icônes numériques et autres écrans digitaux où l’écriture djeunes se répand en vagues successives et ininterrompues tel un ressac nauséeux qui au bout de cinq minutes est déjà passé de la case « fausse bonne idée » à « trop facile ».

L’impossible transmission générationnelle est ainsi mise à nue ostensiblement sans autre forme de procès ou mise en abyme. Il y a là comme une impasse qui se fracasse aux propos d’un film qui sue par tous les porcs la volonté de mettre en boîte une sorte de radiographie sociale à la façon d’un scanner froid et implacable. L’étude se veut du coup bien trop sérieuse pour être crédible et ses conclusions bien trop réductrices pour ne pas en rire. En fait, Men, Women & Children fait penser au personnage du prof frustré qui doit se taper la corvée de garder une bande d’ados collés un samedi dans Breakfast Club. À la différence tout de même qu’à la fin il y avait de sa part comme une prise de conscience (temporaire certes) de la vacuité de tout cela. Chez Reitman, point de remise en question. L’adolescent est mal dans sa peau et puis c’est tout. Il bande mou, il ou elle est misogyne et bien entendu cherche à s’épanouir en essayant de s’extirper de l’ombre de ses parents.

Comme un appel d’air viscéral, on pense alors à The Myth of the American Sleepover de David Robert Mitchell qui au début de cette décennie avait su si bien décrire les affres de l’adolescence en forme de clin d’œil à peine nostalgique au cinéma de John Hughes. Point de dissection à la recherche d’on ne sait quoi ici. Juste prendre le temps d’accompagner cette jeunesse qui ne veut pas sauter le pas par peur de l’inconnu. Un sentiment au demeurant cristallisé avec plus de dureté dans It Follows du même réalisateur. On en reparlera avec enthousiasme en février 2015. Au moins, Men, Women & Children nous aura permis d’introduire ce qui s’annonce déjà comme l’un des meilleurs films de l’année prochaine. On va dire que c’est déjà ça.

Men, Women & Children de Jason Reitman  – 10 décembre 2014 (Paramount Pictures France)

Men, Women & Children brosse le portrait de lycéens, leurs rapports, leurs modes de communication, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et leur vie amoureuse. Le film aborde ainsi plusieurs enjeux sociétaux, comme la culture des jeux vidéo, l’anorexie, l’infidélité, la course à la célébrité et la prolifération de contenus illicites sur Internet. Tandis que les personnages s’engagent dans des trajectoires, dont l’issue est parfois heureuse et parfois tragique, il est désormais évident que personne ne peut rester insensible à ce bouleversement culturel qui déferle sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs.

Note : 1/5

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