The Birth of a Nation - Image une critique

The Birth of a Nation : The Doom Generation

Il y a déjà dans le choix du titre comme une volonté de s’approprier tout un pan du cinéma ricain pour mieux le dégueuler. Il est vrai que le film de D. W. Griffith avait pour lui une relecture de la Guerre de Sécession plutôt biaisée. Du genre l’esclavage n’était pas si terrible, c’était même une condition souhaitable qui explique pourquoi les noirs du sud ont combattu avec leurs maîtres contre les Nordistes. Ce que quelque part Autant en emporte le vent, 15 ans plus tard, nous expose encore, même si c’est d’une manière moins frontale. De fait, le premier angle d’analyse de ce Birth of a Nation signé Nate Parker serait donc un révisionnisme de bon aloi que 12 Years a Slave n’aurait pas initié mais qui aurait contribué à cette prise de conscience générale dont le sommet de l’iceberg fut en 2015 la non visibilité d’œuvres de cinéma produits et/ou réalisées par des noirs lors de la cérémonie des Oscars. Vaste programme.

The Birth of a Nation - Affiche

Mais on s’en voudrait d’aller plus avant sur ce terrain là tant l’air y est vicié mais surtout car on a du mal à y trouver des clés d’analyse en propre d’un film qui mérite incontestablement une meilleure approche critique. On en profitera d’ailleurs aussi dès maintenant par balayer la polémique qui a frappé son réal touchant par ricochet son film passé en quelques heures de favoris aux Oscars à Opus non grata. Non qu’elle n’interroge pas sur le statut d’un film qui aurait certainement tout raflé (Golden Globes et Oscars) mais qui là a totalement disparu des radars nonobstant, dans les deux cas, ses qualités artistiques intrinsèques. Disons que là encore, on préfère regarder la chose dans les yeux plutôt que de s’intéresser à un environnement qui dans tous les cas veut en faire le porte-étendard d’une époque par nature versatile.

Ceci étant dit, The Birth of a Nation reste un film militant en ce sens qu’il raconte la révolte de quelques esclaves dans le sud yankee du début des années 1830 avec à leur tête un certain Nat Turner interprété par le réalisateur lui-même. Soit 30 ans avant la Guerre de sécession qui embrasa le Nord et le Sud sur la question de l’abolition de l’esclavage. Il s’agit d’un point peu ou pas connu de l’histoire des États-Unis. Nate Parker dira d’ailleurs ne jamais en avoir entendu parler avant l’Université alors qu’il est pourtant natif de la même région où se sont déroulés les faits. Voici donc déjà un premier apport indéniable du film. Exhumer un pan d’histoire méconnu à-même de provoquer le dialogue social interethnique. Chose dont les États-Unis n’ont jamais eu autant besoin qu’en ce moment.

Quid du traitement ensuite ? Et c’est un peu ici que le bât blesse. C’est que l’on peut-être un film militant sans pour autant se laisser griser par son sujet au point d’en faire quelque chose où le lyrique et la belle image se tirent sans cesse la bourre. On sent aussi Nate Parker totalement subjugué par son personnage central. Cet esclave érudit (en fait sachant lire) qui prêchait la parole de Dieu auprès de ses frères d’infortune sous l’œil bienveillant de leurs maîtres trop heureux d’acheter à si peu de frais une paix sociale (et donc économique) qu’ils savaient déjà fragile. En le présentant sous un jour à la limite de l’angélisme, en forçant le trait dès que possible pour donner à son film une teneur en noir & blanc qui finit par provoquer le malaise, en enrobant tout cela par une photo et une mise en scène très appuyées, on obtient quelque chose de forcément artificiel et quelque peu nauséeux qui retire au propos beaucoup de sa force et de la démonstration initialement recherchée.

C’est bien entendu dommageable d’autant que franchement l’histoire était suffisamment forte et éloquente pour ne pas en rajouter ou pire ne pas la biaiser comme c’est le cas surtout vers la fin quand une fois amorcée le mouvement de révolte, le film en masque les atrocités (on sait les révoltés auteurs d’exécutions sanguinaires sur femmes et enfants) quand il ne se gêne pas pour s’épandre en des séquences à la limite de la complaisance pour montrer les atrocités commises à l’égard des esclaves. Non que cela ne soit pas authentique, mais une telle mise en scène se doit alors d’être exemplaire et non à sens quasi unique. D’autant que le personnage de Nat Turner reste controversé avec comme enjeu des débats la volonté de le ranger dans la catégorie d’homme révolutionnaire à l’instar d’un Toussaint Louverture, premier homme noir à avoir émancipé son peuple de l’esclavage dans l’île d’Haïti. Nous on dit pourquoi pas. Encore aurait-il fallu alors l’imposer comme tel dans The Birth of a Nation. Ce qui n’est à l’évidence pas le cas.

Ce n’est donc pas le moindre des paradoxes d’un film engagé mais qui n’assume pas ses positions ou alors d’une manière si maladroite que cela se retourne in fine contre lui. The Birth of a Nation résulte en fait d’une volonté de trop bien faire. Comprendre par là que ce n’est pas à Spielberg de faire Amistad. Même si l’on peut contester cette approche (Kevin Costner n’aurait jamais dû être le réalisateur de Danse avec les loups car il n’est pas amérindien), on est plus que jamais demandeur d’un film qui aborderait cette plaie jamais refermée dans l’histoire des États-Unis en s’émancipant ou non des contingences de couleurs parfois réductrices mais souvent libératoires. Quelque chose qui permettrait d’ouvrir enfin un dialogue et pourquoi pas un rapprochement au sein d’un pays qui vit plus que jamais dans une guerre civile larvée.

The Birth of a Nation (2016) de Nate Parker – 2h00 (Twentieth Century Fox France) – 11 janvier 2017

Résumé : Trente ans avant la guerre de Sécession, Nat Turner est un prédicateur et un esclave cultivé. Après avoir été témoin des atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, Nate conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté.

Note : 3/5

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