Exodus : Gods and Kings – Les Rois Maudits

Vouloir faire du neuf avec du vieux. Voilà un concept devenu lucratif avec le temps et qui est aussi vieux que l’histoire du cinéma. Exodus : Gods and Kings est donc le remake des Dix Commandements avec Charlton Heston et Yul Brynner que réalisait une seconde fois Cécile B. DeMille après sa version de 1923 sans oublier de mentionner celle de 1998, Le Prince d’Égypte, produit par la branche animation de Dreamworks. C’est dire si l’histoire de Moïse infligeant ses dix plaies à l’Égypte de Pharaon pour ensuite ouvrir les flots de la Mer Rouge afin que son peuple puisse rejoindre la Terre promise est inscrit dans la mémoire collective. Vouloir s’y frotter à nouveau était tout autant dangereux qu’excitant. Ridley Scott s’y est risqué et a échoué… mais avec les honneurs.

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Comment renouveler en effet une imagerie quasi iconique et comment surtout surprendre tout en perpétuant une forme de suspense ? Ridley Scott et ses quatre scénaristes ont pour ce faire exploré plusieurs axes. Au niveau de la forme d’abord où la démarcation se situe dans une volonté de réalisme. La photo est terreuse, les visages crasseux et on ressent littéralement la pestilence de l’air quand on pénètre dans la ville des esclaves hébreux. À l’évidence ici, le péplum s’engage dans la même direction que le western quand celui-ci prenait une claque esthétique avec Peckinpah ou Eastwood, pour ne citer que les plus évident, ou plus récemment avec la série Deadwood. Dans le traitement ensuite où la volonté est de jouer avec les codes établis pour le meilleur ou pour le pire. Comme celui de faire passer Moïse pour une sorte de schizophrène à la Jeanne d’Arc. Dans l’absolu pourquoi pas, d’autant que le regard du cinéaste sur le sujet n’est pas clair et ne se veut en aucun cas omniscient. À nous de tirer cela au clair avec les éléments dispensés à l’écran.

Il y a aussi cette obstination à donner un sens scientifique aux différents fléaux qui se sont abattus sur cette Égypte qui ne voulait pas voir ses juifs recouvrer leur liberté. La colère du Dieu Abraham ne serait que l’enchaînement de catastrophes naturelles exceptionnelles où seule la mort en une seule nuit des premiers nés égyptiens reste inexplicable. Une contradiction parmi tant d’autres qui à l’image donne d’ailleurs quelque chose d’assez bâclé (un voile noir s’abat sur la ville tel une vulgaire éclipse de lune) quand la version avec Charlton Heston distillait à ce moment du récit un effroi qui reste encore intact aujourd’hui. Il est évident qu’Exodus joue la carte du minimalisme religieux à tous crins tout en étant aussi anti-spectaculaire que possible. Scott cherche ainsi à se démarquer compulsivement de modèles qu’il juge certainement par trop encombrants en pratiquant quelque part la politique de la terre brûlée.

Cela aurait pu fonctionner si la démarche n’était par trop visible et obsessionnelle. À tel point que la chose est à l’évidence érigée en une sorte de dogme façon chape de plomb qui s’abat sur un film littéralement asphyxié. On cherche en effet le souffle épique d’un des récits connu et reconnu comme l’un des plus spectaculaires et intenses de l’Humanité. À trop vouloir en expurger son côté viscéralement fantastique, Scott sclérose de fait sa mise en scène que l’on sait pourtant ample et généreuse. Exodus est terre à terre, de celle d’argile qui se dérobe sans cesse sous les pieds. Moïse devient dès lors une sorte d’anti-héros qui ne commande rien et qui subit tout. Encore une fois pourquoi pas.

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Mais le personnage ainsi remodelé demeure entre deux eaux, il ne fonctionne finalement pas. Scott n’osant pas en faire un véritable halluciné qui a eu du bol ou le contraire. Moïse garde ainsi une part de mystère et une aura bienfaitrice qui lui permettra de pondre avec son burin dans sa grotte du Mont Sinaï les fameux Dix Commandements pendant que ses ouailles sanctifient plus bas dans la vallée le Veaux d’or. On n’est une nouvelle fois pas à une contradiction près. Mais au lieu d’enrichir la démarche, elles écartèlent un film qui cherche encore sa voie lors du plan final. Compliqué dans ces conditions d’appréhender la performance de Christian Bale. Tout comme son personnage biblique New Age, il semble un peu perdu et décontenancé. Du coup, il s’appuie un peu trop sur Joel Edgerton qui campe un Ramsès monolithe mais non dénué d’intérêt. On croit au début qu’il va se cantonner dans une posture de gros dur des bacs à sable qui a abusé des UV, mais il sait faire évoluer son personnage de Pharaon avec subtilité même si le dernier plan que lui consacre Ridley Scott est juste inutile et surtout ridicule.

Il n’en reste pas moins que de par sa démarche et ses prises de position somme toute originales et radicales, Exodus : Gods and Kings ne s’inscrit aucunement dans le tout venant de la production hollywoodienne actuelle. Il est même à rebours de la tendance perpétuée par un Noé où la relecture de la Bible se faisait dans une certaine acceptation disons divine des Saintes Écritures. Son titre même rappelle le coup de force perpétré en son temps par Otto Preminger avec son Exodus (mais comme dirait l’autre, ceci est une autre histoire). Mais que l’on aurait cependant aimé y voir plus qu’une posture sans véritable fondement sinon de vouloir se démarquer à tout prix d’un certain héritage pesant. Le pire c’est que Ridley Scott ne fait pas franchement bouger les lignes. Disons juste qu’il met peut-être en évidence que c’est jouable. Certains s’en contenteront.

Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott  – 24 décembre 2014 (Twentieth Century Fox France)

L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire.
Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Égypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Note : 2.5/5

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