La La Land - Image Une Critique

La La Land : Deux américains à L.A.

La La Land procède d’une véritable lame de fond. Pour les plus « aware », la première fois que l’on a entendu parler de la chose fut lors du festival de Cannes 2014 lorsque Damien Chazelle était venu présenter à la Quinzaine son extraordinaire Whiplash. Il nous avait alors confié à demi-mot être en train de travailler sur une comédie musicale depuis quelque temps déjà. Quelques semaines plus tard on apprenait même que le couple Emma Watson / Miles Teller était envisagé. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts comme on dit et c’est Ryan Gosling et Emma Stone qui foulèrent le tapis rouge du festival de Venise le 31 août dernier où La La Land était présenté en ouverture et en première mondiale. C’est là, on peut dire, que les choses se sont emballées. Standing ovation de malade, Emma Stone repartant avec la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine, dézingage du réal de The Birth of a Nation quelques jours plus tard à Toronto (favori jusqu’ici pour les prochains Oscars) et enfin décision du distributeur français SND de reporter la sortie du 30 novembre au 25 janvier afin de profiter pleinement de la saison des prix aux États-Unis. Positionnement marketing opportuniste certes mais on ne peut plus judicieux puisque outre le sacre du film du côté des journalistes étrangers travaillant à Hollywood (7 prix aux Golden Globes), La La Land vient d’égaler le record établit par Ève de Mankiewicz (1959) et Titanic d’un certain James Cameron (1997) avec 14 nominations aux Oscars (pour au final six récompenses).

La La Land - Affiche

Et il faut dire que depuis sa première projection à Venise, La La Land est lancé à pleine vapeur vers un destin qui semble tout tracé. De celui d’un film phénomène qui a enthousiasmé tous ceux qui l’on vu. SND a d’ailleurs joué a fond cette carte jusqu’à l’overdose. Et de fait impossible de passer à côté de sa sortie annoncée sur 414 copies par son directeur de la distribution Christophe Courtois sur son compte twitter il y a quelques jours. Une combinaison plus que conséquente pour un film estampillé à la base indé au budget annoncé de 30M de dollars. C’est dire si on y croit (à raison) et qu’à tous les niveaux on place la barre très très haute.

Pour avoir découvert La La Land le 14 novembre dernier, le buzz était déjà à son comble. Et il faut bien dire qu’à ce petit jeu là c’est bien souvent le film qui en pâtit. Une trop grosse attente génère en effet la plupart du temps frustration et déception. Un premier écueil surmonté avec classe tant La La Land est finalement certain de sa force intrinsèque qu’il va puiser dans la tradition séculaire du cinéma hollywoodien du temps de l’âge d’or des Studios mais aussi dans celui de Demy, cinéaste cité à l’envi dans la plupart des plans d’un film à la fois mutant et qui coule de source.

Dès la première séquence sur une bretelle d’autoroute, le ton est donné. On est dans l’hommage à Busby Berkeley avec un tempo d’enfer où la maestria chorégraphique répond à l’artificialité acidulée de l’ensemble. Chazelle s’est très clairement fait plaisir. Et puis le film prend ses marques, développe ses thèmes, sa mise en scène, assume sa fragilité au service de son couple de comédiens en totale symbiose. Les morceaux musicaux s’enchaînent avec grâce et parfois sensualité, les deux tourtereaux sont filmés en longs plans-séquence collant au plus près de leur déplacement mais sans jamais laisser de côté le reste du cadre qui peut même en devenir aérien. Une dichotomie pour le moins inspirée (souvent) pour ne pas dire empreinte d’une certaine forme de génie visuelle (tout le film).

Ce qui frappe aussi c’est cette façon très naturelle qu’à Damien Chazelle à amener tout cela. Autant Whiplash avait un côté très brut proche de l’animalité qui collait avec son sujet et la métronomie musicale du film, autant avec La La Land on est dans l’évidence doucereuse que les formidables morceaux musicaux appuient d’une manière lancinante et définitive. Chazelle cite souvent Demy comme l’une de ses inspirations fondatrices. Et bien entendu il n’est pas interdit de penser aux Parapluies de Cherbourg dans la façon de travailler la palette des couleurs proches du criard et de l’outrance sur certaines séquences mais que le spectateur adoube de toute façon transporté qu’il est dans la galaxie merveilleuse du cinéaste.

Il est évident aussi que la réussite du film tient dans sa propension à provoquer l’euphorie. On a pu lire à droite à gauche d’ailleurs que La La Land était un film euphorisant. Mais ce serait lui donner un caractère temporel qui ne rendrait pas justice justement à son côté universel et sans prise avec le temps. Depuis la ville de Los Angeles toute droit sortie d’une carte postale enluminée aux personnages répondant aux codes séculaires de la comédie romantique remise aux goûts du jour. Le plus fort c’est que l’on ne tombe jamais dans la mièvrerie ou dans la guimauve forcément indigeste. On a bien la banane en sortant de la salle et on a qu’une envie, se mettre une bonne fois pour toute aux claquettes. Rien que cela !

La La Land (2016) de Damien Chazelle – 2h08 (SND) – 25 janvier 2017

Résumé : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Note : 4/5

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