Whiplash

Whiplash : De chair et de sang

Découvert à Sundance où il a obtenu le Grand Prix du jury et le Prix du public, présenté à la Quinzaine (section non compétitive) à Cannes au sein d’une sélection très relevée et finalement consacré à Deauville en septembre dernier par le Grand Prix et le Prix du public, Whiplash est sans conteste l’un des films chocs de l’année 2014 avec le Alléluia de Fabrice Du Welz, d’ailleurs lui aussi présenté à la dernière Quinzaine cannoise.

Whiplash - Affiche française

Whiplash raconte l’histoire d’une rencontre. Celle d’un étudiant en première année au Conservatoire de Manhattan qui veut devenir le meilleur batteur de jazz de sa génération et d’un professeur qui dirige ce qui se fait de mieux en matière d’orchestre au sein de l’école. Pitché ainsi, Whiplash pourrait s’apparenter à un succédané de Glee. Il n’en est rien. Whiplash c’est en fait une relecture de la première partie de Full Metal Jacket mais en mode hardcore. Un film sado-maso qui n’épargne ni ses protagonistes ni ses spectateurs sur l’initiation, l’ambition, les désillusions, l’aversion et la répulsion. Le tout au sein d’une mise en scène qui ne souffle jamais, comme si elle devait être à l’image d’une session de batterie interminable et endiablée.

À ce titre, la dernière séquence restera dans les annales comme l’un des climax les plus fous jamais entendus et vus au cinéma. De l’adrénaline pure qui viole les rétines et brûle les tympans, un concentré d’amour/haine qui symbolise et synthétise les 85 minutes précédentes (sur 97) à l’électrocardiogramme déjà complètement fou. Il faut aussi dire que le couple à l’écran (Miles Teller et J.K. Simmons) n’est pas en reste dans ce maelström de dingue. C’est sur leurs épaules que le film se construit non pas exclusivement mais magnifiquement. Ils amènent un supplément d’âme à la réalisation de Damien Chazelle (deuxième long, mais premier a être distribué en France) qui pourtant ne leur fait aucun cadeau. Fait d’ailleurs assez rare dans le cinéma contemporain de constater à quel point des comédiens sont mis à mal et repoussés jusque dans leurs extrêmes retranchements. Ils sont littéralement de la terre glaise qu’il faut sans cesse façonner, diriger et maltraiter à l’instar de ce professeur tyrannique mais pas que.

L’osmose entre le fond et la forme ne pouvait apparemment s’obtenir qu’ainsi. L’expérience sur le tournage fut sans doute éprouvante et/ou jouissive comme elle l’est pour le spectateur ébahi par ce qu’il découvre à l’écran. Damien Chazelle faisant en sorte de construire cela tel un métronome un peu déglingué où il n’est jamais question de rythmes attendus ou espérés. Le génie (n’ayons pas peur des mots) s’immisçant dès lors au détour de certains plans où la sueur, la chair et le sang ne font plus qu’un pour donner quelque chose de certainement définitif.

Whiplash de Damien Chazelle – 24 décembre 2014 (Ad Vitam)

Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…

Note : 4/5

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