La rançon de la gloire - Benoit Poelevoorde et Roshdy Zem

La rançon de la gloire : La ruée vers le corps

C’était un sujet en or. Encore fallait-il ne pas le transformer en plomb. Et Xavier Beauvois s’y est collé, en alchimiste du septième art qu’il est. L’anecdote est connue. En 1977, dans le canton de Vaux en Suisse, deux lascars de petite envergure décidèrent de déterrer le corps de Chaplin fraîchement mis en bière afin de « l’enlever » et d’en demander une rançon à la famille…

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Tous les choix faits par le cinéaste normand pour adapter cette histoire vraie et néanmoins rocambolesque sont justes. En tout premier lieu, le fait de tourner en argentique. Cela donne un « grain » superbe à une photographie qui nous emmène dans des rêveries visuelles validant par une rétroaction esthétique positive la reconstitution de l’époque ; celle où on utilisait encore ces pellicules aux contrastes et couleurs si particulières.

Deuxième belle décision : le casting. Quelle excellente idée en effet que de réunir Benoit Poelevoorde en looser magnifique et Roshdy Zem en galérien de la vie tiraillé entre l’éducation de sa petite fille et les soins hospitaliers de sa femme (Nadine Labaki, excellente en femme soupçonneuse) qu’il ne peut financièrement assumer. Le duo fonctionne à merveille ! Benoit Poelvoorde en tête qui ne cesse de films en films d’assumer des rôles chargés d’émotion et de sensibilité pour en devenir un véritable stradivarius dramatique. Ses fêlures, ses blessures de comique à fleur de peau s’intériorisent de manière phénoménale pour donner et rendre une partition d’acteur bourrée d’émotions communicatives. Les seconds rôles ne sont pas en reste, notamment Peter Coyote en majordome façon Dowton Abbey qui face aux voyous ne se départ jamais de son flegme implacable.

Si les deux loustics semblent travaillés par des motifs mercantiles, leur inconscient recherche avidement le désir de reconnaissance, presque de célébrité. L’oxymoron cinématographique travaillé brillamment par Chaplin toute sa vie (i-e le vagabond/star) prend alors corps sous nos yeux via ce duo de truands improbables. Leur chemin ne peut alors qu’être semé d’embûches et de contre-temps dramatiques qui sous la caméra de Beauvois se transforment en des maladresses poétiques accompagnées de nombreux clins d’œil à la filmographie du fameux vagabond. Chacune de ces citations est d’ailleurs faite avec efficacité et intelligence. La cabane de bric et de broc des deux lascars pieds-nickelés évoque par exemple celle de la Ruée vers l’or ou mieux, le « nid d’amour » des Temps modernes. Jusqu’au personnage interprété par Poelvoorde qui finira par trouver un petit rôle de clown dans un cirque où Chiara Mastrionni joue une Rosa/Dompteuse de rêve. Sans oublier la musique de Michel Legrand, bien qu’un peu trop omniprésente par moment, qui donne une dimension supérieure à l’œuvre jusqu’à tendre certaines saynètes vers un lyrisme de bon aloi offrant un contre-point signifiant face à la misère sociale des deux héros.

Car Chaplin, aussi célèbre et adulé qu’il a été, fut aussi un « banni », un exclu, un homme rejeté par ses pairs quand son nom fut couché sur la tristement célèbre « liste noire » symbolisant ces fameuses années de plomb à Hollywood. Mais jamais il ne voulut renoncer ni renier ses idéaux. D’ailleurs, la famille et les héritiers dans le film feront preuve d’une certaine mansuétude à l’égard de ces pauvres gars dont le reflet, certes déformé, fait donc penser au personnage de fiction inventé par le génie du burlesque. Beaucoup de la sensibilité et de la justesse du film de Beauvois tiennent ici. Dans sa propension à souligner que tout le monde paye à un moment donné la « Rançon de la gloire ».

La rançon de la gloire de Xavier Beauvois – 07 janvier 2015 (Mars Distribution)

Vevey, une petite ville au bord du lac Léman, 1977. Tout juste sorti de prison, Eddy est accueilli par son ami Osman. Ils ont tous deux convenu d’un marché. Osman héberge Eddy, en échange de quoi celui-ci s’occupe de sa fille de sept ans, Samira, le temps que sa femme Noor subisse des examens à l’hôpital. Mais en cette veille de Noël, le manque d’argent se fait cruellement sentir. Aussi, lorsque la télévision annonce la mort du richissime comédien Charlie Chaplin, Eddy a une idée : subtiliser le cercueil de l’acteur et demander une rançon à la famille !

Note : 4/5

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