Maestro

Maestro : Comme le titre l’indique

Maestro raconte l’histoire d’une rencontre et d’un tournage. Celui de Jocelyn Quivrin, disparu en 2009 dans un accident de voiture, avec le réalisateur Eric Rohmer sur son dernier film Les Amours d’Astrée et de Céladon. Au départ, l’acteur voulait monter ce film en s’appuyant sur cette expérience de cinéma qui avait bouleversé sa vie tout en donnant un aspect moins attendu quant à sa jeune carrière. Le destin tragique que l’on sait n’aura pas eu la peau de ce beau projet qui a été repris par Léa Fazer, son amie de longue date et accessoirement auteure réalisatrice de déjà quatre longs métrages.

Maestro-Affiche

Une filmo placée sous le sceau de la comédie peu emballante pour ne pas dire peu inspirée. Des films sachant capter un peu l’air du temps sans vraiment quoi en faire en quelque sorte. Point de critique gratuite ici. Juste la (très belle) surprise de découvrir une autre Léa Fazer capable avec Maestro d’émouvoir, de faire rire et de rendre hommage de la plus belle des manières à son ami certes mais aussi au cinéma d’Eric Rohmer. Capable aussi de prendre à bras le corps un projet où initialement elle ne devait qu’y apparaître en tant qu’actrice pour en faire un film aux multiples ramifications et lectures. De se l’approprier totalement et de faire comme si elle avait vécu tout ce qui se passe à l’écran. Il faut beaucoup de chien et de cran pour y arriver. Beaucoup d’humanité aussi et de compréhension d’un univers de cinéma qui n’existe quasiment plus aujourd’hui. Jusqu’à la fin, Rohmer tournait en effet en Super 16 avec une équipe très réduite. Il avait ses habitudes et sa « troupe » mais aimait toujours y introduire des corps étrangers comme de jeunes acteurs propres à insuffler à son cinéma un renouvellement de tous les instants.

Le film de Léa Fazer montre cela à merveille. Elle a su capter l’esprit même de l’univers rohmerien où la volonté de transmettre était le maître mot. Transmettre aux jeunes une culture et une façon de l’appréhender que l’on n’apprend nulle part et surtout pas dans les livres et encore moins d’une génération à l’autre. Une forme de transmission orale à laquelle on y aurait ajouté l’image. C’est un peu cela Rohmer et Maestro le décline et le déclame à l’envie. C’est Michael Lonsdale qui joue Rohmer à l’écran. Les deux hommes n’ont jamais travaillé ensemble et pourtant l’acteur habite le personnage sans jamais chercher la véracité. Pio Marmaï c’est bien entendu Jocelyn Quivrin. D’abord décontenancé pour ne pas dire plus par ce tournage aux allures de kermesse campagnarde tout sauf professionnelle alors même qu’il avait fait des pieds et des mains pour y participer, il comprend lors de la standing ovation au Festival de Venise qu’il a bien participé à un morceau de péloche qui restera dans l’histoire du médium.

Marmaï est juste formidable et est l’incarnation parfaite de ce jeune naïf qui rêve de jouer dans le prochain Fast And Furious et qui ne connaît pas grand-chose à Mallarmé et encore moins au roman pastoral du XVIIe siècle dont le film auquel il participe s’en fait l’adaptation. On est littéralement sous le charme devant tant d’intelligence et de liberté de ton. Très loin des poncifs de la comédie actuelle, Maestro s’impose dès lors comme un très bel objet filmique dont il serait bien dommage de passer à côté.

Maestro de Léa Fazer – 23 juillet 2014 (Rezo Films)

Henri, un jeune acteur qui rêve de jouer dans Fast & Furious, se retrouve engagé dans le film de Cédric Rovère, monstre sacré du cinéma d’auteur. Les conditions du tournage ne sont pas tout à fait celles auxquelles il s’attendait… Mais le charme de sa partenaire et la bienveillance du maître vont faire naître en lui des sentiments jusqu’alors inconnus. Et Rovère, conquis par la jeunesse et la fantaisie d’Henri, vivra ce tournage comme un cadeau inattendu.

Note : 4/5

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