Les Fantômes d'Ismaël - Image Une critique

Les Fantômes d’Ismaël (Version longue) – La vie des morts… Mais pas trop !

Avec Les Fantômes d’Ismaël, Arnaud Desplechin semble vouloir s’amuser avec sa garde rapprochée de fans tout en laissant sur le carreau les autres. Tout est normal me direz-vous sauf qu’ici la « violence » de la charge propulse le cinéaste en des cieux cinéphiliques dont peu vont s’en remettre. La faute à une introspection doublée d’une psychanalyse pas du tout de bon aloi que Desplechin s’amuse à exploser en un puzzle qu’il ne daigne même pas reconstituer, laissant son monteur et nous-mêmes donc s’en charger (ou non). Pourtant, tout le bestiaire du cinéaste le plus accomplit et adoubé de sa génération est bien là. Entre hommage au film d’espionnage et écriture façon Nouvelle Vague dont il est l’un des derniers dépositaires.

Les Fantômes d'Ismaël - Affiche

Ismaël (Amalric plus halluciné que jamais) est un réalisateur en plein doute. Son prochain film se monte dans le tumulte et le chaos d’une personnalité meurtrie que seule la présence de Sylvia (Charlotte Gainsbourg magnifique de vérité et oui de sensualité), rencontrée deux ans plus tôt, arrive à apaiser. Lors d’une escapade dans sa maison près de la mer où il tente de finaliser l’écriture de son film, réapparaît du fond des limbes de sa vie, Carlotta (Marion Cotillard dont on ne dira rien par pudeur critique), son amour et femme de jeunesse disparue depuis plus de vingt ans. C’est le point de départ de ces Fantômes d’Ismaël et on peut dire que cela partait bien. Même si on a toujours autant du mal avec la deux de tension Cotillard, il y a en face une Gainsbourg qui se bat pour faire exister son personnage et par delà un film qui semble dès le début évoluer à la marge. Comme si Desplechin regardait ailleurs. Déjà.

C’est que si Ismaël est le miroir à peine déformée de Desplechin, celui-ci nous emmène très vite dans un au-delà qui rappelle un épisode de La Quatrième dimension. Dans une autre histoire. La couleur en plus. Celle du film d’Ismaël justement qui relate un frère perdu de vue depuis trop longtemps fantasmé en une sorte de diplomate espion d’un autre temps. Les fantômes de la cinéphilie desplechiennes montent donc à nouveau au créneau et prennent ici les atours d’un Ivan Dedalus (oui Monsieur) joué par un Louis Garrel qui semble s’amuser comme un petit fou lors des deux seules scènes mises à sa disposition. Et puis sans crier vraiment gare, une troisième histoire vient se greffer. Celle de la relation entre Ismaël et le père de Carlotta, un éminent cinéaste dont le pedigree filmographique rappelle celui d’un Claude Lanzmann. Ismaël est devenu, depuis la disparition de sa fille, comme un fils de substitution partageant joies et tragédies du quotidien. Il est comme le miroir à peine déformée d’un Desplechin dans vingt ans.

On a donc là trois histoires (et plus en fait) que le réalisateur entremêle comme il l’entend jusqu’à les laisser toutes inachevées, sur le bas-côté d’une pellicule qui a de toute façon disparue. Les fantômes hantent dès lors véritablement le film laissant non pas un sentiment horrifié mais plus de frustration. Comme si l’homme et le cinéaste nous donnaient rendez-vous pour une prochaine session avec nos interrogations forcément futiles puisque à jamais sans réponses. Car ne nous leurrons pas, Desplechin n’a rien à nous offrir ici qu’errance, névrose et un peu de cinéma. En d’autres temps, on aurait certainement crié au génie (et certains le font. Pourquoi pas), mais là on se dit plutôt que le réalisateur de Trois souvenirs de ma jeunesse, son précédent et sublime film, ne peut se contenter de nous balancer aussi violemment à la gueule son mal être inhérent à son statut d’artiste indéniable. Il lui en faut forcément plus. Et nous aussi.

NB : A contrario des festivaliers, puisque le film de Desplechin a fait l’ouverture du 70ème festival de Cannes, et de l’ensemble des cinémas où il a été projeté, la version que nous avons pu voir au Cinéma du Panthéon à Paris est plus longue de près de 20 minutes. Pour rappel, ce cinéma est la propriété de Why Not Productions, la boîte de prod qui produit du film. On ne saurait dire exactement ce qu’il y a en plus par rapport à la version de 1h54 mais ce que l’on peut affirmer c’est que ni le Festival, ni les exploitants de salles n’ont demandé à Desplechin de procéder à des coupes pour rendre son film plus attractif comme on  a pu le lire à droite à gauche. En fait, les deux versions ont été soumises et c’est en toute liberté que le choix s’est portée sur la version « courte ». Après, on ne saura / pourra affirmer si des pressions se sont fait jours dans les arcanes de la prod pour que Desplechin propose une autre version que celle de 2h15. Le fait est que celle-ci ne manque en effet pas de longueurs qui se cristallisent en des séquences qui auraient facilement pu ne pas voir le jour au sein du montage final. Le fameux « dégagisme » si à la mode en ce moment. En quelque sorte.

Les Fantôme d’Ismaël – Version longue (2017) de Arnaud Desplechin – 2h15 (Le Pacte) – 17 mai 2017

Résumé : À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu…

Note : 2,5/5

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