Casse-tête chinois - Image une critique

Casse-tête chinois : Chacun cherche son chat

En un peu plus d’une décennie, Cédric Klapisch a pondu six films. Deux oeuvres décriées (Paris et Ma part du gâteau), un polar oublié car déjà daté – Ni pour, ni contre (Bien au contraire) – et la dorénavant trilogie initiée en 2002 avec L’Auberge espagnole. C’est grâce à celle-ci que le réalisateur du Péril jeune et de Chacun cherche son chat est donc arrivé à maintenir à flot une filmographie qui aurait pu prendre gravement l’eau. Une sorte de bouée de sauvetage en forme de phare symbolique qui l’a empêché de complètement dériver jusqu’ici. C’est au demeurant tout l’enjeu de son Casse-tête chinois. Klaspisch y puise-t-il l’inspiration de ses futures réalisations ou s’enferme-t-il définitivement dans un cinéma de la redite au plaisir certes immédiat mais dont l’intérêt et la force ne pourront aller qu’en s’amenuisant avec le temps ?

Casse-tête chinois - Affiche

C’est qu’à la revoyure, Les Poupées russes a déjà pris un petit coup dans l’aile. Quelques réflexions à l’emporte pièce ici (C’est quand on part loin avec une fille que l’on sait si on est proche), deux ou trois effets de manche visuels accompagnés d’une bande son par trop branchouille là, en font déjà un produit issu de son temps sauvé in extremis aujourd’hui par ses acteurs et son « phrasé » si Klapischien que l’on avait découvert avec le toujours remarquable Rien du tout.

On a donc eu un peu peur que Casse-tête chinois suive le même chemin à la différence toutefois que l’on est moins ici en présence d’un film purement choral mais d’une volonté de faire sens au sein d’un récit plus ramassé et plus dense. De revenir en quelque sorte à ce qui avait fait le succès de L’Auberge espagnole où unité de temps et de lieu avaient une véritable signification. Un matelas scénaristique qui permet à Xavier (indéfectible Romain Duris) d’y faire dorénavant son nid dans un New-York plus que jamais cosmopolite qui lui ressemble tant et au passage à mille lieux de celui de pacotille filmé par Géraldine Nakache, le si mal nommé Nous York.

On y retrouve quand même « ses » femmes entre Isabelle la lesbienne (Cécile de France incandescente), l’ex future Martine (Tautou sobre et désirable, une première) et Wendy l’ex tout court avec qui il a eu deux enfants (Kelly Reilly plus sexe que jamais), Xavier se débat à nouveau avec ses démons, son complexe d’Œdipe et sa volonté perpétuelle d’en découdre avec sa vie. S’il y a certes un côté « que sont-ils devenus » dans cette fable urbaine et bobo, Klapisch y insuffle surtout et à l’évidence une partie de soi qui était certes présent dans les deux premiers volets mais pas d’une manière aussi frontale. Le propos en devient moins doux-amer, moins nostalgique, moins « futile ».

Au contraire, on sent de la dureté. Comme si enfin le personnage de Xavier était sorti de son état d’adulescence et prenait conscience de sa trajectoire sans pour autant abandonner ce qui faisait son identité un peu à la marge. Klapisch en profite aussi pour délaisser certaines facilités numériques dans sa mise en scène tout en se rapprochant encore plus de ses personnages.

Il y a vers les trois-quarts du film toute une séquence entre Xavier et son père qui vient lui rendre visite. Nous-York devient alors le témoin réceptacle d’une filiation toujours en devenir mais qui ne demande qu’à enfin s’épanouir. Klapisch met alors en scène le spectacle de générations qui ne se comprennent pas toujours mais dont les liens inébranlables et profonds permettent d’envisager l’avenir d’une manière enfin plus sereine. Si Klapisch y croit réellement, alors nous avons déjà moins de doutes pour la suite de sa filmo.

Casse-tête chinois (2013) de Cédric Klapisch – 1h57 (StudioCanal) – 4 décembre 2013

Résumé : Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes. La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier u cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

Note : 3,5/5

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