Downsizing - Image une critique

Downsizing : L’Homme qui (a) rétréci(t)

Répandez la bonne parole...

Le cinéma d’Alexander Payne est bien souvent habité par des personnages arrivés au bout de leur logique avec pour seule visibilité une forme de no man’s land forcément déprimante. À l’image de l’enseignant envieux joué par Matthew Broderick dans L’Arriviste, le retraité bougon incarné par Jack Nicholson dans Monsieur Schmidt, l’amateur de vin quadragénaire en perte de repères campé par Paul Giamatti dans Sideways, le père (Clooney) de famille qui n’en a jamais vraiment été un dans The Descendants, ou encore le fils en N&B à la recherche du père dans Nebraska, tous sont bloqués sur une voie de garage et se débattent souvent maladroitement mais toujours avec une humanité incroyable pour donner un nouveau sens à leur vie. Il va sans dire que même réduit à 12 cm, son anti-héros de Matt Damon dans Downsizing ne déroge pas à l’exemplarité de cet arc narratif dorénavant éprouvé.

Downsizing - Affiche

Mais une fois dit cela, on n’est pas beaucoup plus avancé quant au reste. À commencer par le comment du pourquoi de la mise en scène d’un réal qui s’amuse à brouiller systématiquement les cartes. En foot on dirait qu’il y a la tactique (les 4-4-2 / 4-2-3-1 / ta mère en short elle sucre toujours autant les fraises…) et ce que l’on en fait. L’animation sur le terrain en quelque sorte qui se traduit par oui je te raconte la même chose mais comment je t’embrouille pour te faire gober le contraire. On appelle cela l’art de l’hypnose cinématographique. Et à ce petit jeu là, Alexander Payne est passé maître en son domaine.

Et ici cela passe d’abord et justement par un foisonnement apparent de ladite histoire bien aidée il faut l’avouer par une bande annonce qui ne dévoile que le premier tiers du film. Où comment dans un monde totalement saturé par la civilisation de l’Homme, sa pollution, son avidité toujours plus grande, ses guerres… qui laissent notre planète de plus en plus exsangue, on a peut-être trouvé la solution à tous nos maux en le miniaturisant. Non pas la Terre mais l’Homme. Faut suivre un peu. En voilà une idée qu’elle est bonne sur le papier (et au scénario aussi d’ailleurs) mais qui une fois passée les problématiques géopolitiques (quid du terrorisme ou des migrants ?), économiques (la part de l’impôt sur le revenu doit-il être proportionnel à la taille ? Si si, la question est bien abordée), sociétales (un homme de petite taille reste-t-il un homme ? Même question pour la femme il va sans dire. On préfère préciser par les temps weinsteiniens qui courent) et de SFX, on fait quoi ?

À moins de transformer tout cela en un documentaire uchronique ou une énième suite à Une vérité qui dérange, il fallait donc bien trouver un ailleurs, un nouveau souffle. Ce qui va donner deux autres parties dont on ne déflorera aucunement ici les « rebondissements » mais qui impulsent à Downsizing son côté totalement imprévisible pouvant en désarçonner plus d’un mais qui font plaisir à voir surtout pour une production de cette ampleur (65 millions de dollars – estimation basse – soit au passage le film le plus cher d’Alexander Payne). Ce pourquoi d’ailleurs il fallait une méga star de la stature d’un Matt Damon bedonnant pour que la pilule passe auprès d’un Studio comme la Paramount. C’est à ce moment là d’ailleurs qu’intervient le second couteau hollywoodien le plus génial du moment. Le bien nommé Christoph Waltz (et non Kristen Wiig, désolé mesdames bis) qui en fait comme de bien entendu des caisses pour dérider Matt et accessoirement le spectateur qui commençait à ronronner.

Le plus dingue c’est que jamais Downsizing ne se prend les pieds dans le tapis de ses multiples explorations et autres artifices scénaristiques. C’est plutôt même le contraire puisqu’ils raccrochent avec une certaine maestria les wagons d’une séquence à l’autre bien aidée il est vrai par une réalisation jamais la dernière pour la déconne qui emmène encore plus loin les personnages et leur destinée dans une forme d’absurdité résolument salvatrice. À ce stade, on ne peut que saluer la perf du contrebandier qui se permet donc ce petit grain de folie détonnant dans l’univers actuel si codifié du cinéma d’Outre-atlantique (indy et mainstream). Et rien que pour cela vous avez, une nouvelle fois et a minima, tout notre respect Monsieur Payne.

Downsizing (2017) de Alexander Payne – 2h16 (Paramount Pictures France) – 10 janvier 2018

Résumé : Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le « downsizing ». Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours.

Note : 3,5/5

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