Revenge - Image une critique

Revenge : Cherchez la femme

Répandez la bonne parole...

Un film de genre fait en France par une femme. Tel est le postulat marketing avancé par les distributeurs et producteurs pour attirer l’attention et accessoirement le chaland. Idéalement d’ailleurs, si ce (petit) battage pouvait toucher au-delà de ce cercle finalement assez consanguin, le pari serait gagné. Car de quoi parle-t-on ici ? D’un film qui s’appelle Revenge donc et qui comme son titre l’indique nous narre l’histoire d’une vengeance. Celle d’une femme abusée sexuellement qui de lolita va se transformer en Lara Croft en plein cagnard désertique d’un pays non identifié. Emballé c’est pesé.

Revenge - Affiche

Passons au traitement maintenant. Photo qui pousse le potard des contrastes et des couleurs au-delà de l’infini, mise en scène passe partout desservant une histoire qui laisse au vestiaire toute idée de crédibilité ou de vraisemblance. Quant à la direction d’acteurs, disons pudiquement qu’elle est en roue libre alors que niveau décors, passé la villa perdue au milieu de nulle part aux accents psychédéliques, on ne peut pas dire là non plus que le responsable du poste ait eu beaucoup à trimer. Pour autant, Revenge se veut une forme de relecture / hommage aux films badass (un adjectif souvent synonyme de série Z) des années 70 et 80 qui ont fait la fortune des vidéo-clubs. Un créneau défriché depuis des plombes par un certain Tarantino dont on peut ne pas aimer l’ensemble de son œuvre (c’est possible oui…) mais dont on ne peut minorer l’influence qu’il a donc eu sur toute une nouvelle génération de cinéastes, Coralie Fargeat en tête de queue de peloton.

L’histoire peut donc s’arrêter là tant la tentative n’a rien de singulière, innovante, et encore moins passionnante. Avec son esthétique pubarde tout droit issue des années 80, Revenge n’est rien d’autre qu’une relecture vaguement outrancière du rape and revenge qui n’a même pas pour lui un background politique signifiant. Ce que pouvaient au moins prétendre certains films d’exploitation auxquels Revenge se réfèrent aussi. Mais c’était donc sans compter un environnement wensteinien qui a définitivement pourri jusqu’à l’os les quelques soubresauts non opportunistes du film. Ce côté ingénue et sincère de la primo démarche au demeurant confirmée par la réalisatrice lors de notre rencontre avec elle.  Et Revenge de se draper dorénavant en porte-étendard du #BalanceTonPorc version #jemeraccrocheauwagoncommejepeuxpourfairedelathune.

Une volonté assumée et déclinée à l’envi par une réalisatrice finalement dans son rôle et par un distributeur qui semble par contre aux abois. Il suffit d’ailleurs d’aller jeter un œil aux entrées salles où rien que sur la première journée d’exploitation le film n’atteint que péniblement 3 223 entrées sur 70 copies quand, au hasard, Grave l’année dernière, en engrangeait déjà 7 000 de plus sur 79 copies pour finir à 154 209 tickets vendus. Grave réalisé par une femme faut-il le rappeler. On regrette franchement que Revenge se plante dans les grandes largeurs mais on regrette plus qu’il emporte avec lui le frémissement entrevu avec Grave car le talent existe en France pour faire vivre ce cinéma. Il n’y a en fait qu’à se baisser pour le faire émerger, pour le faire vivre et le faire connaître au plus grand nombre. Encore faut-il en avoir les couilles. Et pas besoin d’être une femme pour cela. Surtout quand par ailleurs et dans la même semaine Jusqu’à la garde de Xavier Legrand donne au beau sexe une caisse de résonance à la fois bien plus humble mais surtout bien plus prégnante. Le mélange des genres qui fait, entre autre, la force de son film n’a ainsi pas eu besoin de l’affirmation d’un sexe. Juste de talent.

Revenge (2017) de Coralie Fargeat – 1h48 (Rezo Films) – 7 février 2018

Résumé : Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme…

Note : 1/5

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