Hostiles - Image une critique

Hostiles : La Balade sauvage

Hostiles n’est pas qu’un western. C’est que s’il en respecte tous les codes apparents, il va beaucoup plus loin en proposant d’abord la belle relecture qui va bien mais aussi et surtout une forme de dépassement de fonction qui l’emmène en des contrées autres. On y trouve en effet les ingrédients du road movie ou plutôt du « horse movie » doublés d’une critique magistrale des fondements mêmes de la société américaine. De cet environnement à la fois formel et réflexif Hostiles en acquiert une patine le propulsant instantanément au rayon des classiques du cinéma.

Hostiles - Affiche

Mais affirmer que le film signé Scott Cooper n’est pas qu’un western ne veut pas pour autant dire que le label est restrictif en soi. En effet, être un western accompli, entendre par là qui assume totalement son pedigree, est déjà une telle gageure que l’adouber dans le grand bain de l’histoire du medium est le minimum syndical. D’autant que depuis la fin de son âge d’or dit classique (on laissera de côté les variantes européennes subséquentes), il est encore plus difficile d’y faire émerger autre chose qu’une forme de nostalgie forcément un peu rance. Pour autant, de cette production pour le moins famélique, les pépites sont toujours bien là. Ainsi, et sans vouloir tendre à l’exhaustivité, pour une relecture complètement inutile des 7 Mercenaires ou des westerns carbonara façon 8 salopards ou Django Unchained qui ont vu le jour au cours de cette décennie, on a eu droit à l’incandescent Jane Got a Gun, au déviant et magnifiquement habité Brimstone, au remake supérieur à l’original True Grit, à la météorite Shérif Jackson, sans oublier le totalement branque et anxiogène Bone Tomahawk qui n’a d’ailleurs même pas eu droit de citer dans les salles obscures.

Si Hostiles se démarque et va d’emblée beaucoup plus loin, c’est qu’il est indéniablement porté par ce souffle épique et minéral qui font l’ossature des très grands westerns. Cela passe par le soin apporté au choix des décors dont la variété qui surprend sans cesse est un hommage inversé mais totalement assumé à la signature visuelle imprimée en son temps par un certain John Ford. Là où le cinéaste des cinéastes avait imposé et défriché tous les recoins possibles et inimaginables de Monument Valley, Scott Cooper parcourt ce qu’il reste de l’Amérique sauvage et de ses derniers espaces mensongèrement vierges. Ford tournait sciemment et véritablement en rond au sein d’un paysage devenu iconique quand Cooper le réinvente sur les cendres d’une linéarité retrouvée. Cela passe ensuite par le traitement des primo occupants. Les fameux amérindiens que là encore Ford avaient fini par reconnaître comme étant la source même de tous ses films à commencer par l’un de ses tous derniers. Le bien nommé Cheyenne Autumn en VO qui racontait comment un capitaine de l’armée américaine devait traquer des Cheyennes échappés de leur réserve moribonde pour les y ramener de force. Ford y filmait la noblesse d’un peuple voulant retrouver leur terre ancestrale. Cooper fait de même mais en s’appuyant sur une histoire totalement inventée quand Ford s’appliquait à rendre compte de faits avérés. Le résultat est le même. Formellement fulgurant. Fondamentalement essentiel.

Quand Ford remettait là en cause une partie de sa filmo tout en prolongeant sa réflexion entamée depuis La Prisonnière du désert, Cooper reprend un chemin un peu laissé de côté depuis Crazy Heart qui résonnait d’ailleurs comme le surnom d’un grand chef indien. Hostiles remet en effet l’amérindien au centre des débats. C’est que depuis La Flèche brisée de Delmer Daves, le « native american » n’est déjà plus ce sauvage à plumes braillant sa haine à crue sur un cheval qui s’écroulait au moindre coup de feu. Dans Hostiles on retrouve Wes Studi. Le féroce Magua du Dernier des Mohicans de Michael Mann est devenu ce vieux chef de guerre Cheyenne détenu à vie dans une des geôles de l’armée américaine. Atteint d’un cancer, on lui octroie la possibilité d’aller mourir sur les terres de ses ancêtres. Il est escorté pour cela par un capitaine de cavalerie (le hawksien Christian Bale), héros des guerres indiennes, dont ce sera la dernière mission avant de prendre son congé avec soldes. Il va sans dire que l’arc narratif et la caractérisation des personnages sont limpides. Ce qui n’empêche pas le récit de bifurquer et de s’épaissir dès l’intro qui assène un uppercut qui se nomme Rosamund Pike dont on ne se remettra pas. Sinon lors de la dernière image qui relâche un peu la vapeur sans que pour autant on veuille y être totalement en phase.

Et puis tout en haut il y a du Malick dans la mise en scène de Scott Cooper. Le Malick des Moissons du ciel, de La Ligne rouge mais surtout de La Balade sauvage. On y retrouve la caméra élégiaque mais pas liturgique étant entendu que la violence toujours sourde peut éclater au détour de tous les plans. On y ressent cet amour de la terre et des hommes. Ceux qui la souillent comme ceux qui l’honorent. On y perçoit cette société bâtie sur un mensonge grossier et sempiternellement violent. Celui de bâtir un nouveau monde sans importer les scories de l’ancien. Mais en y dévitalisant immédiatement toute idée du vivre ensemble et de l’acceptation de l’autre. Bien entendu les États-Unis n’ont ni l’apanage ni la primauté d’un tel constat. Par contre ils sont ceux qui l’ont appliqué le plus consciencieusement possible. À tel point qu’ils ont fini par imprimer dans la conscience collective cette fameuse légende d’un Ouest conquis de haute lutte au détriment d’une réalité où le génocide amérindien en est la pierre angulaire. À la différence de Danse avec les loups qui rendait compte d’un monde (la fameuse Frontière) aujourd’hui disparu, Hostiles en ravive douloureusement, méthodiquement, et implacablement ses âmes à jamais damnées.

Hostiles (2017) de Scott Cooper – 2h13 (Metropolitan FilmExport) – 14 mars 2018

Résumé : En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.

Note : 4,5/5

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