It Follows

It Follows : Carrie après le bal

Pour ceux qui ne connaîtrait pas encore David Robert Mitchell, c’est normal. On ne lui devait en effet pour l’instant qu’un long uniquement disponible en nos contrées en DVD chez Metropolitan. The Myth of the American Sleepover racontait avec tact et une apparente légèreté ce moment indicible et vaporeux où l’on passe de l’adolescence à l’âge adulte. Il utilisait pour cela une mise en scène mélangeant Truffaut et Carpenter. Un grand écart apparent qu’il tenait de bout en bout tout en distillant sa propre grammaire visuelle. Une réussite bouleversante qu’It Follows pérennise tout en basculant vers quelque chose de plus gonflé et de non balisé.

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On y retrouve ces mêmes ados, peut-être un peu plus âgés, peut-être déjà sur la pente des premières désillusions. L’environnement reste le même. Une banlieue pavillonnaire iconique du cinéma américain d’où sourd dès les premières minutes un malaise tangible. Une jeune fille sort précipitamment. La caméra la suit en continu, elle semble déboussolée, paniquée. Elle regarde compulsivement derrière elle, comme si quelqu’un ou quelque chose la suivait. On tourne autour d’elle. Ses gestes deviennent de plus en plus frénétiques. Elle monte dans une voiture, prend le volant et démarre. On la retrouve au bord d’un plan d’eau. Elle lui tourne le dos. Sa voiture lui fait face, les phares allumées. C’est la nuit. Le lendemain matin elle est retrouvée morte.

Autant dire que la tension est montée d’entrée d’un cran. Et David Robert Mitchell de ne jamais lâcher prise. De resserrer l’étau sur sa jeune héroïne qui prend le relais et dont on se doute très rapidement du destin qu’il semble lui réserver (ou pas). Quant au spectateur, il manque d’air mais exulte en même temps à l’idée qu’il a peut-être dégotté là le cinéaste de demain. Celui qui fait déjà le lien entre un cinéma fantastique et onirique associé à une rigueur de mise en scène toute nordique rappelant Morse. Comme chez Tomas Alfredson, il y est en effet question de sexe, de sang (celui de la fin de la virginité) et de ce qui se passe après. De la transformation qui s’opère dans les corps et les têtes. On y tord aussi le cou à cette Amérique puritaine, même si la scène d’intro détaillée plus haut peut laisser penser que c’est Carrie qui s’enfuie, poursuivie par le fantôme de sa mère qui veut l’empêcher à nouveau de se rendre au bal de fin d’année.

Les références sont une nouvelle fois là mais elles ne sont plus digérées, elles font dorénavant parties d’un background évident que David Robert Mitchell transcende à sa façon. L’adolescente des années 2000 semble assumer sa métamorphose et sa nouvelle identité tout en admettant qu’il faut aussi se battre pour que cela ne soit pas qu’un feu de paille. It Follows, c’est un peu cela. Le challenge d’une nouvelle vie qu’il faut appréhender, domestiquer tout en annihilant les vieux démons qui ne veulent pas lâcher prises aussi facilement. Le côté fantastique n’étant alors plus qu’une signature même pas visuelle mais tactile et peut-être même sensuelle, dans le sens où le spectateur pourra se retourner durant le film juste par acquit de conscience.

C’est toute la force du cinéma inédit de David Robert Mitchell. Faire passer ses idées et ses thématiques par l’idée simple que sa mise en scène se doit d’être vécue et ressentie quitte à flipper tout du long. Une peur au demeurant viscérale, à contre-courant des « jump scare » qui ont cours ailleurs. Ici, la peur vient de derrière, lentement, inexorablement et à la vue du spectateur qui n’en peut plus de scruter les arrières-plans et profondeurs de champs de cadres aux lignes de fuite expressément fuyantes. Et quand la menace apparaît tout là-bas derrière une façade ou un couloir, les rétines souffrent aussi sûrement que celles d’Alex dans Orange Mécanique et le cœur s’emballe. Quant à David Robert Mitchell, il entre de plain pied mais sans surprise, dans la cour des grands.

It Follows de David Robert Mitchell – 4 février 2015 (Metropolitan FilmExport)

Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

Note : 4/5

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