Chien de garde - Image une critique

Chien de garde : Dressage familial québécois

Alors que cette semaine est chargée en blockbusters divers et en sorties de films cannois, une œuvre fragile venue du Québec est également à l’affiche. La province canadienne a le vent en poupe ces quinze dernières années avec un renouveau de son cinéma bien au-delà de ses œuvres les plus visibles signées Xavier Dolan, Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée. Côté fictions, d’autres cinéastes méritent amplement le détour, et en particulier Denis Côté, Sébastien Pilote, Karl Lemieux ou Chloé Robichaud. Sans compter ceux qui ne trouvent guère de distributeurs en France, qu’on peine à voir en dehors des festivals et qui comptent. Il semble donc d’autant plus nécessaire d’accueillir un premier film comme Chien de garde de Sophie Dupuis qui représentera le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars.

Chien de garde - Affiche

Si l’histoire est simple, et certains lui trouveront peut-être des airs de déjà vu, la réalisatrice la met intelligemment en scène et lui apporte une touche féminine qu’on n’avait guère aperçue auparavant dans ce type de film. Chien de garde montre deux frères dont le plus jeune est hyperactif et en manque d’adrénaline en permanence et le plus âgé dépassé, incapable d’agir. Tout juste bon à rattraper les bêtises de son cadet, le premier, en couple, voudrait avoir sa propre vie et fuir un milieu d’autant plus nauséabond qu’il doit également gérer leur mère, ancienne alcoolique et leur oncle, dealer important du quartier qui emploient les deux hommes dans ses basses besognes.

Dans ce portrait d’une famille dysfonctionnelle, ce qui change c’est probablement la place accordée aux femmes. La petite amie du héros a un vrai rôle, même secondaire, de même que la mère alors que ces types de personnages sont en général laissés de côté voire oubliés. Là, c’est à travers les yeux de la jeune femme qu’on découvre l’espace intérieur, intime de la famille. Si l’extérieur est physiquement violent ou tend à l’être, dans les chambres, la cuisine voire la salle de bain, où nul ne trouve le moyen de se retrouver sans interférence, un autre type de violence se matérialise, bien plus psychologique. Tout est fait pour emprisonner ou rejeter afin que la cellule familiale n’implose pas et que le plus âgé des frères reste plongé dans sa léthargie.

C’est là aussi que la réalisation se révèle intéressante. Sans trop en faire et sans déraper vers un formalisme trop important, la cinéaste utilise la faible profondeur de champ et un montage brutal, sans transition, pour cloisonner le héros, pris dans la folie du quotidien mais incapable de se révolter. Il est enfermé dans un monde auquel il ne parvient pas à se raccrocher d’autant plus que ses repères familiaux sont ceux qu’il a le plus besoin de fuir, à l’exception de sa compagne qui lui offre un minimum d’espoir et la possibilité d’une autre vie. Il est là, et ailleurs en même temps, incapable de faire face au réel. Face à un tel déluge de folie, n’importe qui aurait déjà sombré. Lui attend que tout passe, tiraillé entre les uns et les autres jusqu’à une forme de rédemption.

Signalons enfin la photographie impeccable et la performance des deux acteurs principaux, totalement inconnus en France jusque-là. Jean-Simon Leduc et Théodore Pellerin sont excellents chacun dans un registre opposé. Chien de garde ne bénéficiera que d’une petite sortie, et c’est pourtant l’un des films le plus intéressant du mois, sinon plus

Chien de garde (2018) de Sophie Dupuis – 1h27 (Fratel Films) – 14 novembre 2018

Résumé :  JP et son jeune frère Vincent, un être impulsif et instable, sont comme deux petits princes de la rue. Leur royaume ? Verdun, quartier de Montréal, qu’ils sillonnent en « collectant » pour leur oncle, un petit malfrat plus dangereux qu’il n’y paraît. Dans le même appartement bruyant s’entassent les deux frères, leur mère Joe, alcoolique aux périodes de sobriété fragiles, et Mel, la fiancée de JP, qui, comme lui, aspire à mieux. Mais peut-on jamais échapper à son milieu, à son sang ?

Note : 3,5/5

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