Amanda - Image une critique

Amanda : Ce sentiment du deuil

Amanda ne semble s’inscrire dans aucun des courants du cinéma français actuel. Si tant est qu’il en existe d’ailleurs. Mais si l’on devait absolument « caser » le troisième long de Mikhaël Hers, disons qu’on pourrait lui trouver des accointances avec ce que fait de son côté Mia Hansen-Løve. Quelque chose qui s’apparenterait à un cinéma de l’humain plongé dans les affres de la vie et surtout de la mort. Oui car Mikhaël Hers semble être particulièrement attiré par le traitement du deuil ou comment gérer la mort quand celle-ci ne prend pas la peine de s’annoncer. Dans, Ce sentiment de l’été, son précédent long, elle rapprochait finalement des existences disparates. Dans Amanda, elle va unir un homme et une enfant tout le long d’un film bouleversant de pudeur rohmérienne.

Amanda - Affiche

On s’en était déjà un peu rendu compte avec Memory Lane qui avait brillamment ouvert le compteur de sa filmo et où régnait ce sentiment dorénavant tenace d’une forme de langueur épurée où flottent des affects et des impressions disparates mais toujours reliés entre eux par une réalisation immersive et jamais directive. Il y a là comme la volonté de prendre le spectateur par la main mais sans le brusquer, sans l’obliger mais sans que pour autant il ne sorte pas totalement convaincu et imprégné par ce qu’il a vu. Pour cela Mikhaël Hers s’aide aussi systématiquement d’un comparse a priori « externe ». Dans Memory Lane et Ce sentiment de l’été c’est le temps qui passe. Mais un temps bien délimité. Avec Amanda il change un tantinet de braquet pour inclure aussi Paris. La temporalité est moins importante que cette ville qui devient un personnage à part entière. Lieu du drame mais aussi de la reconstruction jusqu’à cette escapade à Londres qui décidera définitivement d’un nouveau départ.

Pour cela, Mikhaël Hers la filme tour à tour amicale ou anxiogène. Vivante et morte. Désincarnée et charnelle. Ses habitants sont des silhouettes facilement identifiables qui accentuent la profondeur de champ. Ainsi, le premier plan répond toujours aux seconds pour densifier une réalisation à fleur de peau. Ou plutôt à la légèreté assumée. Ceci afin de compenser un discours, une histoire et des comportements univoques forcément lourds de sens. Paris devient dès lors l’alter ego des acteurs tous formidables. Même Vincent Lacoste qui de par sa nonchalance étudiée caractérisant habituellement son jeu est totalement raccord avec cette mise en scène un peu surannée. On pense à Melvil Poupaud dans Conte d’été quand Rohmer s’étalonnait à la nouvelle génération de comédiens pour mieux les précipiter dans son univers au jeu si particulier. Vincent Lacoste semble prendre ici la même direction. D’abord sur ses gardes, il se laisse très vite aller au rythme d’un film fait pour lui tout en étant de plus en plus à l’écoute de sa jeune partenaire.

Une pure découverte que cette Amanda jouée par Isaure Multrier remarquée dans la rue par la directrice de casting du film. Une petite fille de 7 ans au visage encore poupon qui doit exprimer le deuil d’avoir perdu sa mère. C’est certainement là que réside tout le génie du travail de Mikhaël Hers. Dans cette propension à toujours maintenir cet équilibre ténu entre le jeu et un souffle de liberté à l’image. Jamais l’on ne sent les acteurs corsetés ou emprisonnés au sein de leurs émotions ou des caractéristiques de leurs personnages. Une façon de faire qui laissent donc aux deux protagonistes toute la place et tout le temps nécessaire pour s’apprivoiser avec en bonus un spectateur totalement immergé et impliqué.

Et puis mine de rien Amanda raconte beaucoup sur notre époque. Le film touche du doigt et raconte une forme de transformation somme toute violente. Celle qui indique que nous sommes dorénavant rentrés de plain pied dans un nouveau siècle où si les peuples se sont fait la guerre totale avec des pauses sécuritaires ou de paix relatives, il n’en sera dorénavant plus rien. La guerre entre les peuples se joue aujourd’hui en pointillée mais en continue. Les frontières s’en trouvent abolis brouillant littéralement les cartes de l’intime et de notre rapport à l’autre et à la société. Si reconstruction (des âmes, des cœurs et des corps) il y a, elle est aussi perpétuelle, continue et bien entendue douloureuse. Amanda c’est l’histoire d’un deuil oui, celui d’une conception de la vie à jamais révolue dont il faut déjà apprendre les bases et les nouvelles règles à nos enfants.

Amanda (2018) de Mikhaël Hers – 1h47 (Pyramide Distribution) – 21 novembre 2018

Résumé :  Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda.

Note : 4/5

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