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Red Army : Glasnost

Lors du dernier festival de Cannes, deux documentaires ont fait parler d’eux. The Go-Go Boys, sur l’épopée de la Cannon qui nous avait enthousiasmé et ce Red Army à la notoriété jamais démentie depuis mai dernier. Gabe Polsky, son réalisateur, est inconnu du grand public car jusqu’à présent il a surtout occupé le poste de producteur. À ce titre, on lui doit d’ailleurs Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, remake du film d’Abel Ferrara réalisé par Werner Herzog. Ce même Herzog que l’on retrouve crédité ici avec Jerry Weintraub au rang de producteur exécutif. En fait les deux parrains de ce jeune et talentueux bonhomme d’origine russe.

Red Army-Affiche française

C’est d’ailleurs ces racines slaves qui sont à l’origine d’un film qui peut donc d’abord se voir comme une introspection doublée d’une recherche d’identité nécessaire et constructive d’une personnalité érudite et sensible. À l’image d’un doc qui raconte la formidable histoire de l’équipe nationale soviétique de hockey ayant dominé la planète pendant des décennies. Mais pas que. Ce film aborde aussi et peut-être surtout l’histoire d’un pays, de la guerre froide, d’un système, d’une culture sportive tournée vers toujours plus d’excellence pour devenir le symbole d’une nation ou voulue comme telle.

Red Army c’est tout cela agencé et présenté comme une enquête avec comme personnage principal Slavia Fetisov, le capitaine emblématique de cette équipe invincible aujourd’hui ministre des sports du gouvernement Poutine. Il est le fil rouge charismatique qui donne à l’ensemble encore plus d’aspérités. Il faut dire que son parcours épouse parfaitement les soubresauts que son pays a subi depuis les trois dernières décennies. Autant, il était le symbole  d’une Union Soviétique qui avait choisi le sport comme propagande  ultime de ses idéaux, autant il est aujourd’hui la marque d’une nation qui se cherche mais avec la même conviction patriotique chevillée au corps. Gabe Polsky l’a d’ailleurs très bien compris, lui qui laisse tourner sa caméra et nous le montre en train de consulter ses messages tout en pointant, mi agacé, mi amusé, un très beau doigt d’honneur à la caméra. Il a su capter toute la versatilité et la complexité d’un homme qui porte en lui et sur sa figure les stigmates  d’un peuple  qui n’a jamais eu son destin en main.

L’autre versant spectaculaire de Red Army est la découverte d’images d’archives extraordinaires pour la plupart jamais vues de ce côté-ci de l’Oural. Des images de hockey bien entendu mais aussi d’entraînements, d’enfants que l’on détecte depuis leur plus jeune âge,  d’Anatoli Tarassov, père-entraîneur à l’origine de tout et dont la philosophie d’entraînement était basée sur la passe et le jeu d’échecs donnant aux équipes qu’il a coachées cette impression de ballet sur la glace racé et efficace. Quelque chose qui rappelle le grand Barcelone en foot. À se demander d’ailleurs si en Espagne, ils n’ont pas été cherchés leurs références de ce côté-ci de l’histoire du sport.

Le film dresse aussi une question troublante. Comment un pays dont la fonction première était d’asservir un peuple à une certaine pensée unique pouvait engendrer un spectacle sportif d’une telle beauté visuelle et créative alors que dans le même temps au Canada et aux États-Unis, pays démocratiques et libres s’il en est, le hockey se jouait et se joue encore aujourd’hui selon une philosophie basée sur une agressivité aux confins de la brutalité bucheronne (remember Youngblood) ? Le paradoxe est total et bouscule nos croyances et nos certitudes. Red Army se permettant dès lors d’insuffler un peu de variations au sein d’une époque en apparence binaire et séparée par ce rideau de fer que d’aucuns voudraient à nouveau ériger entre des peuples qui ont pourtant plus que jamais tout à apprendre les uns des autres.

Red Army de Gabe Polsky – 25 février 2015 (ARP Sélection)

Porté par Werner Herzog et le producteur Jerry Weintraub primé aux Emmy Awards, le documentaire Red Army retrace le destin croisé de l’Union Soviétique et de l’équipe de hockey sur glace surnommée « l’Armée Rouge » : une dynastie unique dans l’histoire du sport. L’ancien capitaine de l’équipe Slava Fetisov revient sur son parcours hors du commun : d’abord adulé en héros national, il sera bientôt condamné comme ennemi politique. La « Red Army » est au cœur de l’histoire sociale, culturelle et politique de son pays : comme l’URSS, elle connaît la grandeur puis la décadence, avant d’être secouée par les bouleversements de la Russie contemporaine.
Red Army raconte l’histoire extraordinaire de la Guerre Froide menée sur la glace, et la vie d’un homme qui a tenu tête au système soviétique.

Note : 4/5

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