Meltem - Image Une critique

Meltem : Tragédie (forcément) grecque

C’est le nom d’un vent du Nord, frais et tempétueux, et c’est le prénom d’un joli brin de femme aux origines franco-grecques : Meltem interprétée par la diaphane Daphné Patakia. Jeune étudiante en restauration, elle débarque avec deux potes d’études et de banlieue sur la petite île de Lesbos afin d’y passer une villégiature d’été sous forme de retour aux sources, dans la jolie maison de feu sa mère hellène occupée par son beau père. Mais comme dans toute bonne tragédie grecque qui se respecte les augures sont mauvais et les bagages ont été perdus dès avant le début de cette odyssée, sous forme de retour à Ithaque…

Meltem - Affiche

Ce premier long métrage du réalisateur Basile Doganis possède un réel parfum de légèreté malgré la densité des thèmes abordés ; le deuil, l’amour impossible, le pardon et les migrants en Méditerranée. On n’y retrouve cependant pas les défauts flagrants inhérents aux premières œuvres comme celle de vouloir trop en dire ou de trop en faire. Il faut dire que les décors sont propices aux rêves et à l’évasion sans compter des dialogues pour le moins laconiques.

D’une part les deux acolytes qui accompagnent Meltem ne nous épargnent jamais la tchatche décalée et bienfaisante des banlieues face à un univers et des situations qui sont à mille lieues de leur quotidien – ici d’ailleurs nous devons attribuer une mention spéciale sur ce sujet au jeune Lamine Cissokho qui balance des comparaisons hilarantes à tout propos. D’autre part, la rencontre avec un jeune réfugié syrien sur le bord d’une plage qui sera d’abord abordée sur le plan de la rivalité amoureuse et de la relation poétique. Meltem joue alors le rôle de la Sirène attirant les hommes dans son sillage de souvenirs mortifères se traduisant de facto par un grand nombre de jolies séquences aquatiques et sous-marines dont celle d’ouverture.

Très intelligemment, le cinéaste ne se livre ainsi à aucune emphase didactique et moralisante mais se contente de nous mettre face aux paradoxes fondamentaux et contradictoires des peuples accueillants versus les États « bloquants ». Le jeune syrien Elyas (Karam Al Kafri aux yeux clairs et lumineux) devient alors le catalyseur de toutes les ombres noires qui hantent la mythique Méditerranée et les âmes des peuples qui l’entourent.

Arrivant, malgré la difficulté des thèmes développés, à maintenir la note du tragique avec de belles échappées poético-comiques ; c’est une jolie première œuvre qui souffle une fraîche brise marine sur nos écrans brûlants de terriens.

Meltem (2017) de Basile Doganis – 1h27 (Jour2fête) – 13 mars 2019

Résumé :  Un an après la mort de sa mère, Elena, jeune Française d’origine grecque, retourne dans sa maison de vacances sur l’île de Lesbos. Elle est accompagnée de ses amis Nassim et Sekou, deux jeunes banlieusards plus habitués aux bancs de la cité qu’aux plages paradisiaques. Mais les vacances sont perturbées par la rencontre avec Elyas, jeune Syrien réfugié depuis peu sur l’île, qui fait basculer le destin d’Elena et de ses amis.

Note : 3/5

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