Metropolis - Image une critique

Metropolis – Histoire d’une reconstruction

Difficile de s’attaquer à Metropolis de Fritz Lang. Après 92 ans d’existence et de multiples rebondissements, il est devenu un mythe cinématographique, une source d’inspiration pour nombre de réalisateurs, mais aussi un film référence pour architectes ou amateurs de science-fiction.

Metropolis - Affiche allemande

Au moins autant que celle de sa conception, l’histoire de ses restaurations mériterait à elle seule un ouvrage. Son budget fût pharaonique, plus de 5 millions de Deutsche Marks, et financièrement le film fût un gouffre : 85 000 Deutsche Marks rapportés lors de sa première sortie. Peu projeté dans sa version intégrale, Metropolis aura été amputé de nombreuses séquences à chaque diffusion internationale pour être finalement réorganisé, démembré, réduit à néant. Jusqu’à ce que quelques restaurateurs, comme Enno Patalas dès les années 1970, se chargent de le reconstituer et de le remettre sur pieds, allant traquer comme des détectives les moindres documents permettant de revenir au film d’origine. Du procès verbal de censure qui répertorie en allemand chaque carton, jusqu’à la partition d’origine qui donne l’ordre des scènes et leur durée initiale, en passant par les photographies de tournage qui indiquent une image d’une séquence disparue, tout était bon à prendre.

Mais c’est sans compter la décennie suivante qui voit plusieurs remontages, et autant de remises au goût du jour de Metropolis. À mesure qu’il regagne en intérêt il subit d’autres dommages et notamment du fait d’un Giorgio Moroder, compositeur électro-synthétique et auteur de BO comme celle de Flashdance ou de Midnight express. Il s’amuse avec le film et propose sa propre version. Plusieurs métrages ou documents audiovisuels commencent alors à puiser dans son esthétique, de Blade Runner à Express Yourself, le clip de David Fincher réalisé pour Madonna.

Heureusement, les années 1990 et 2000 concrétisent le projet initial des historiens du cinéma qui voulaient aboutir à une version la plus proche possible de celle d’origine, le numérique permettant d’accomplir les premières véritables restaurations de Metropolis, malgré certaines parties que les historiens imaginent à jamais disparues. Jusqu’au coup de théâtre de 2008 ! Cette année-là, la cinémathèque de Buenos Aires retrouve une version complète en 16mm du film. Bien cachées, léguées par un collectionneur 50 ans auparavant, les bobines sommeillaient et personne n’avait eu jusqu’ici la curiosité de jeter un œil au contenu de ces boites. En 2019, le film porte encore les stigmates de cette quête : rayures multiples, cadres imprécis… Mais l’ensemble du film existe. Ou presque puisqu’une séquence n’a pu être sauvée, la copie étant trop endommagée. Elle est donc remplacée par des cartons explicatifs.

Metropolis - Fritz Lang

À voir cette version, l’importance de Metropolis reste plus que jamais considérable pour le cinéma mais aussi comme un certain témoignage sur l’Allemagne des années 1920. En effet, le film dans toute sa splendeur ne fait que l’évoquer à travers ses désirs de grandeurs urbaines qu’on retrouve autrement dans des films comme Berlin Symphonie d’une grande ville de Walther Ruttmann ou Asphalt de Joe May. Son architecture futuriste, modelée sur les grattes-ciels américains, se conjuguent avec un renouveau artistique considérable venu d’Europe. Le film de Lang combine Art déco, Nouvelle objectivité et certaines caractéristiques du Bauhaus tout en devant beaucoup à l’expressionnisme comme le démontre la séquence du savant et des catacombes, là où se construit le futur de l’être humain. Ces séquences s’organisent comme le catalyseur des principales tensions narratives et font se recouper modernité et passé, course au progrès et renaissance du mythe du Golem à travers le robot – terme utilisé pour la première fois en 1921 dans une pièce de théâtre tchèque, R.U.R de Karel Capek, et dont c’est la première apparition au cinéma.

Metropolis est une œuvre novatrice, un film d’une beauté saisissante avec des expérimentations plastiques jusque dans ses intertitres, et il est impossible de prétendre le contraire. Mais c’est aussi un film d’une simplicité extrême, exposant sur le principe binaire et manichéen du bien/mal de nombreux concepts avec son monde du haut, lumineux et vivant dans l’opulence, et son monde du bas, ouvrier, pauvre, sale, où l’humain, réduit à l’état d’esclave, n’a finalement que peu de place. C’est du scénario que vient sa seule et relative faiblesse. Adaptation d’un roman de Thea von Harbou, épouse de Fritz Lang, Metropolis est moraliste dans sa pire acceptation de la chose et son final pourra paraître niais pour ne pas dire révoltant. Tout le monde est sauf, surtout les enfants, et tout va bien dans le meilleur des mondes possibles. L’amour gagne et sauve le monde, le grand patron et le contremaître se serrent la main (pas l’ouvrier de base car il ne faudrait pas non plus se salir), et seul le savant et sa machine sont vaincus, comme s’ils étaient les seuls méchants de l’histoire. L’ordre moral et social sont saufs. Ouf ! Que se passera t-il ensuite pour la classe ouvrière ? Le film ne se prononce pas.

Mieux vaut donc oublier cette partie pour se concentrer sur la forme. Fritz Lang a conçu Metropolis comme un laboratoire esthétique et, en effet, il comporte certaines des expérimentations les plus intéressantes du cinéma muet au niveau de la création des effets spéciaux et des incrustations, en particulier grâce à l’effet Schüfftan. Quid du côté prophétique du film souvent mentionné ? Libre à chacun de le voir, ou pas. Impossible toutefois de nier qu’aujourd’hui encore Metropolis reste en mémoire et sert de matrice pour nombre de films ou de jeux vidéo. L’UNESCO ne s’était donc pas trompé, le faisant inscrire au Registre de la mémoire du monde dès 2001.

Metropolis (1927) de Fritz Lang – 2h33 (MK2 Diffusion) – 19 octobre 2011 (Version restaurée)

Résumé :   La ville futuriste de Metropolis où règne Joh Fredersen est divisée en deux : en haut, le quartier des puissants, en bas celui des travailleurs. Un jour, le fils de Fredersen fait la connaissance de Maria. Il décide de la rejoindre dans la ville d’en bas sans savoir que son père a construit un robot qui tente de mener la ville entière à sa perte.

Note : 4/5

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