Un jour de pluie à New York - Image une critique

Un jour de pluie à New York – Éternel Woody

Le nouveau Woody Allen s’impose telle une évidence doublée d’une reconnaissance non feinte. C’est que Wonder Wheel, son précédent long, nous avait laissé pour le moins dubitatif confirmant la tendance récente chez le  cinéaste new-yorkais à soumettre sa filmo à une sorte de diktat s’apparentant au sac et ressac d’une inspiration qui se cherche de plus en plus. Au fond du seau dans Wonder Wheel, elle redevient pétillante pour ne pas dire aérienne dans Un jour de pluie à New York rappelant même par un délicieux effet miroir, le chef-d’œuvre absolu que reste son Manhattan.

Un jour de pluie à New York - Affiche

Il faut dire aussi que cela faisait des plombes que le bougre n’avait pas remis les pieds dans cette ville qui l’a vu artistiquement naître et s’épanouir à tel point d’ailleurs qu’aujourd’hui il en est devenu, au même titre qu’un Scorsese, son âme damné. Dix ans en fait. Depuis le très « seinfeldesque » Whatever Works l’homme et le cinéaste ont joué au touriste explorant depuis Match Point en 2005 quelques capitales européennes ou des villes étasuniennes sans s’obliger non plus à forcément ancrer ses films au 21ème siècle. De ce tour du monde qui s’apparente plus à une psychanalyse menée au pas de charge, on retiendra surtout que le meilleur moment des vacances c’est quand on rentre chez soi. Quand on retrouve ce ciel souvent gris prêt à vous emplir les poumons d’humidité et de mélancolie romanesque. Où il fait bon de déambuler dans ces musées où l’on tombe toujours sur les personnes que l’on ne veut justement pas voir. Où l’on emmène sa fiancée en un week-end amoureux qui va forcément tourner court non à cause de la flotte mais bien parce que Woody l’a décidé ainsi.

Le voici donc brinquebalant son double de cinéma (il faut voir comment Timothée Chalamet s’est approprié le phrasé et la démarche de Woody Allen) dans un NY éclairé par le fidèle Vittorio Storaro (couleurs saturées et chaudes même par temps de pluie) qui est peut-être le seul point à charge du film tant Woody Allen semble vouloir dorénavant fantasmer les lieux qu’il tourne plutôt que de les montrer pour ce qu’ils sont. On nous rétorquera que le sublime N&B de Gordon Willis dans Manhattan répondait finalement et en partie aux mêmes exigences. La photo participe de toute façon ici aux motivations des personnages et de leur histoire. Il y a là en effet tout un bestiaire au service d’un auteur réalisateur dont l’une des motivations est encore une fois de déclarer sa flamme envers une ville qu’il ne peut décrire autrement que comme une belle ingénue et une muse fidèle. À tel point d’ailleurs que sa légendaire misanthropie semble s’atténuer au contact de ces grands appartements bourgeois et autres suites forcément luxueuses. Ô quelques uns en prennent tout de même pour leur grade depuis le réalisateur qui rappelle le critique de cinéma que Woody Allen prenait malicieusement à partie dans Annie Hall à la journaliste groupie en herbe jouée par une Elle Fanning envers qui le cinéaste n’est pas vraiment tendre. Mais comme dans le même temps il arrive à nous convaincre des talents d’actrice de Selena Gomez…

Mais Un jour de pluie à New York n’est pas qu’une tranche de cinéma pétillante et acidulée. C’est aussi un propos que le cinéaste s’ingénie à rendre extrêmement drôle. C’est bien simple, on ne se souvient pas avoir rigolé autant devant un film de Woody Allen. Ou alors pas depuis Bananas ou Woody et les robots. Il y a là en effet comme une volonté de retrouver une veine burlesque faite de bons mots, de réparties savoureuses (jusqu’ici tout est normal) mais en y adjoignant des running gags ou de l’humour juif à la Radio Days plus du tout réservés à une certaine intelligentsia Upper East Side que le parolier / scénariste adore de toute façon brocarder. Woody est donc plus que jamais dans son élément et nous avec. Tandis qu’il y déploie tout son talent de magnifique conteur, nous voici nous y vautrant avec délectation pour finir par regretter que tout cela ne s’éternise pas un peu plus longtemps.

Un peu plus tôt dans l’année Clint Eastwood nous a offert La Mule. Si les deux cinéastes sont à des années lumière l’un de l’autre, il y a tout de même quelque chose de fondamentale qui les relie. Leur fidélité envers un cinéma totalement dévoué et dédié au public avec l’envie chevillée au corps d’être un bon faiseur et surtout un bon passeur. Une telle humilité et un tel don de soi ne peut que leur assurer la longévité et la reconnaissance que sont la leur. En matière de cinéma nous leur devons beaucoup, sinon l’essentiel.

Un jour de pluie à New York (A Rainy Day in New York – 2018) de Woody Allen – 1h32 (Warner Bros. France) – 18 septembre 2019

Résumé : Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.

Note : 4/5

 

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