Gone girl

Gone Girl : Fincher en apesanteur

En un peu plus de deux décennies et seulement dix films, David Fincher s’est imposé comme l’un des tout meilleurs cinéastes en activité. Certes, sa filmographie n’est pas exempte de quelques petites faiblesses (Panic Room et Millénium. Encore que ce dernier dispose d’un joli matelas de fans hardcores) mais demeure dans l’ensemble passionnante, d’une maîtrise formelle à nulle autre pareille et d’une cohérence absolue. Quant à Gone Girl, il vient y apporter une pierre essentielle en forme de maître-étalon.

Gone-Girl-Affiche

Gone Girl, c’est d’abord l’adaptation du best-seller Les Apparences de l’Américaine Gillian Flynn qui signe également le scénario du film (c’est écrit en gros sur l’affiche). On remarquera d’ailleurs que Fincher n’a jamais pondu un scénario original pour ne tourner que les scripts des autres et le plus souvent des adaptations de bouquins. Une démarche qui détonne aujourd’hui où beaucoup pensent pouvoir tenir les rennes de leur film en s’investissant dès le stade de l’écriture. Elle démontre aussi que l’homme assume pleinement sa mise en scène quitte à devoir sublimer un matériau de base aux qualités pas toujours évidentes. En fait Fincher aime cela et ne demande que ça. S’immiscer par l’image, le montage, les cadrages au cœur d’une histoire pour mieux la pervertir et en faire un film qui va tourner grosso modo autour des mêmes thèmes.

En effet, depuis Alien 3 David Fincher traite de l’apparence et de la superficialité des choses qui nécessitent que l’on s’y attardent le temps d’un film. En cela son univers se rapproche évidemment de celui de David Lynch et plus particulièrement de Blue Velvet dont Gone Girl est finalement une sorte de relecture. Fincher adore en effet montrer, déconstruire puis finalement démontrer. Montrer ici un couple qui ne s’aime plus et dont la femme disparaît le jour de leur cinquième anniversaire de mariage. Montrer un homme perdu et bientôt montré du doigt par la vox populi. Montrer une femme d’abord perdue qui ne se résout pas au divorce dont elle sent venir l’annonce et de s’en défendre de la manière la plus radicale possible. Déconstruire tout cela en distillant au fur et à mesure des infos façon thriller étouffant puis enfin de démontrer tout le contraire en un twist jamais racoleur et qui laisse un goût putride dans la bouche.

Ce qui ravit en fait est l’implacabilité de la démonstration servie par une mise en scène toujours plus épurée et fluide. Les cadres sont signifiants mais pas sur-signifiants donnant aux acteurs une liberté de jeu étonnante (oui, même Ben Affleck est bon) mais surtout au spectateur le loisir de se faire sa propre opinion même si celle-ci sera forcément erronée. C’est toute la force du travail de Fincher. Jouer encore et toujours avec la réalité véhiculée par l’image tordant ainsi le cou aux certitudes et autres convenances jusque sociales.

La caméra scalpel de Fincher rentre donc dans le lard mais avec précision. Le bonhomme sait où tailler et défigurer. Ici c’est la femme qui en prend pour son grade (Incroyable Rosamund Pike) quand ailleurs c’est le gourou de Facebook ou encore la société de consommation et les arcanes du pouvoir. Avec le temps, sa vision critique ne s’altère pas. Au contraire celle-ci devient de plus en plus lourde de sens et impitoyable. Fincher est un donneur de leçon qui se taille les veines à chaque nouveau film. On en sort aussi meurtri que lui mais on attend avec toujours plus d’impatience son prochain méfait telle une jouissance morbide dont il serait bien inconscient de lutter contre.

Gone Girl – 08 octobre 2014 (20th Century Fox France)

RésuméÀ l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Note : 4/5

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