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Hacker : Cold Michael Mann

La déception Public Enemies est encore dans toutes les mémoires alors que mine de rien cela fait près de cinq ans que Michael Mann avait disparu des radars. Tout juste lui doit-on d’être crédité en tant que producteur délégué au générique de la déjà oubliée série Luck qui fut arrêtée prématurément du fait de canassons décédés sur le tournage. Ou encore d’être derrière la production de Killing Fields, un polar poisseux mais vain signé Ami Canaan Mann qui signait là son premier long. Avec Hacker, le cinéaste revient enfin à son premier métier et talent. Avec Hacker, il semble reprendre malheureusement le travail de sape d’une filmographie qui n’en demandait pas tant.

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En cause d’abord une représentation du cœur même du récit pour le moins fantaisiste, pour ne pas dire ridicule. Ces longs plans censés illustrer l’introduction d’un virus informatique au sein du maelström Worl Wide Web redonnent en effet comme un coup de jeune aux SFX de Tron version originelle et font passer Johnny Mnemonic pour un chef-d’œuvre de mise en image. Ensuite, que dire de l’histoire sinon qu’elle suit un cheminement pour le moins plan plan avec un ou deux rebondissements qui s’intègrent parfaitement dans le cahier des charges de ce genre de production. Ou comment ringardiser instantanément le sous-genre du thriller numérique.

On se dit alors que si Michael Mann yoyotte du caisson ou qu’il n’a pas eu mieux à se mettre sous la pogne en cinq ans, il va se rattraper sur la mise en scène. Que nenni. Celle-ci est aussi ennuyeuse que la linéarité désolante du récit. La photo, que l’on sait pourtant le département d’excellence chez Mann, s’inscrit dans celle hideuse de Public Enemies qui lorgnait bien trop vers une captation numérique totalement désincarnée dont la palette chromatique faisait penser au visage d’une pute trop maquillée. Avec Hacker, l’impression digitale est moins accentuée mais il n’en demeure pas moins que les nombreux plans diurnes sonnent bien souvent peu « cinématographiques ». Pas de grains, une profondeur de champs factice, un étalonnage peu convaincant. Un peu comme si l’on visionnait le film sur un téléviseur 4K réglé par les bons soins d’un vendeur Fnac. On pleure les plans esthètes de Collateral pourtant déjà shootés en numérique à l’époque.

Le pire dans tout cela c’est que l’on a pas l’impression que Mann joue à l’apprenti sorcier. Qu’il tente des choses ou qu’il se mette en danger. Ce que l’on pouvait à la limite admettre sur Public Ennemies. Non, là tout est en roue libre jusqu’aux jeux des acteurs. On se disait par exemple que choisir l’acteur bovin Chris « Thor » Hemsworth était une belle gageure en soi. Même pas. Il n’interagit jamais avec ses congénères qui jouent quant à eux leur partition comme les joueurs d’une équipe de foot moyenne de Ligue 1. En solo. C’est alors peu de dire que l’on s’ennuie plus que poliment avec une propension parkinsonienne à regarder bien trop souvent sa montre.

Coïncidence ou non, Hacker sort en même temps que le Big Eyes de Tim Burton. Si l’on n’espère dorénavant plus grand chose du réalisateur d’Edward aux mains d’argent, la fin d’une ère glorieuse semble aussi de mise avec Mann. En tout cas, on a là des trajectoires similaires qui font mal à la rétine des amoureux de la première heure de leurs films. Rien que de l’écrire nous fend littéralement le cœur.

 

Hacker (Blackhat) de Michael Mann – 18 mars 2015 (Universal Pictures International France)

Hacker suit un détenu en permission et ses associés américains et chinois dans leurs efforts pour traquer et démanteler un puissant réseau de cybercriminalité internationale, les entraînant de Chicago et Los Angeles à Hong Kong et Jakarta.

Note : 1/5

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