Star Wars: L'Ascension de Skywalker - Image une critique

Star Wars: L’Ascension (et la chute) de Skywalker

Il paraît que Georges Lucas n’a pas caché sa déception à la découverte de l’épisode VIII sobrement intitulé Star Wars: Les Derniers Jedi. Pis, il se serait senti trahit lui qui avait proposé plusieurs traitements et arcs narratifs mis à disposition dans la corbeille de la mariée lors du rachat de Lucasfilm pour qu’au final Disney s’en tamponne le coquillard dans les grandes largeurs. On nous rétorquera que c’était là peut-être la plus sage des décisions si l’on se réfère au révisionnisme hystérique qui régnait alors au sein de la maison Lucas doublé de cette impression de gâchis laissée en héritage par la deuxième trilogie. Pour autant J.J. Abrams qui revient aux manettes s’est apparemment empressé de consulter Maître Georges afin d’avoir son avis sur l’histoire qu’il a pondu avec Chris Terrio (Argo, Batman v Superman : L’Aube de la Justice…). On ne sait pas si Lucas a apprécié le geste, mais on avoue qu’à ce stade, on s’en contrefout royalement.

Star Wars: L'Ascension de Skywalker

On va nous dire que c’est pas beau de vieillir, que notre âme d’enfant s’est perdu en même temps que nos cheveux pour ne laisser la place qu’à un cynisme de bon aloi. Oui. Mais en fait non. On aurait plutôt tendance à penser que cette nouvelle trilogie a définitivement enterré tout espoir de retomber en enfance. Cet épisode IX finissant le boulot tel une production végan proposant de l’image 4K élevée en plein air nourrie au pixel dans le respect de l’environnement et du bien-être du spectateur. En gros, on s’emmerde mais au moins c’est bio et Star Wars: L’Ascension de Skywalker d’être une espèce de resucée fadasse et indigeste de plus de 40 ans d’une saga devenue un destin cinématographique hors norme. Un poids dont cet ultime épisode a bien du mal à se départir.

Il faut ainsi voir comment J.J. Abrams s’attache à débuter son film. Par une série de plans et de séquences montés à rythme d’enfer comme s’il fallait assommer d’entrée son public histoire de le rendre au maximum perméable à ce qui va suivre et de masquer la faiblesse abyssale des enjeux dramatiques. Vingt première minutes insipides au possible où tous les acteurs s’ébattent et se cognent aux extrémités de l’écran tels des insectes qui veulent fuir la lumière. La suite donne alors le temps à des dialogues d’une rare vacuité. À côté, les échanges au cœur de l’épisode II Star Wars: L’Attaque des clones entre Padmé et Anakin Skywalker dans un décor à La Petite maison dans la prairie, s’apparentent désormais à du Proust dans Un amour de Swann. Quant aux scènes d’action, elles sont illisibles, stroboscopiques pour ne pas dire tout simplement inutiles.

D’autant que cette ascension de Skywalker adopte comme plan d’ensemble une relecture (on ne voulait pas reprendre le terme de resucée mais le cœur y est) de la première trilogie avec un tableau final reprenant quasiment mot pour mot pour ne pas dire plan pour plan, la triangulaire de fin du Retour du Jedi (l’épisode VI pour les deux du fond). La petite Rey affrontant le big boss (on taira son identité mais les plus au fait sauront de qui on parle) pendant que ses potes tentent d’annihiler le « Nouvel Ordre » dans une bataille rangée sur deux niveaux totalement inégale. Ceci dans le seul but de la faire basculer vers le côté obscur de la Force. Vous savez ce truc qui vous entoure et qu’il faut apprendre à maîtriser si l’on veut devenir un chevalier Jedi. Comme le dit la princesse Leia / Carrie Fisher, cela va bien au-delà du sang et donc de ces fameux midi-chloriens introduis par Georges Lucas dans l’Épisode I. Cette volonté de retour aux sources ne s’accompagne au final d’aucune prise de risques pour un film catalogue aux hommages et aux clins d’œil incessants. C’est pour le moins totalement vain au point que l’on sent véritablement passer les 2h20.  Truc de dingue quand on y pense.

Pour tout dire, on n’est même pas déçu car cela fait longtemps que l’on n’y croit plus. Nous n’assistons pas à l’ascension mais bien à la chute sans rémission possible de la Maison Skywalker. J.J. Abrams arrivant même par un tour de force incroyable, à désincarner jusqu’à la dernière image une première trilogie qui n’en demandait pas tant. Avec ce viol inversé qui brouille et affadit notre mémoire collective tout en n’arrivant pas à recréer / renouveler des mythes auprès des plus jeunes, J.J. Abrams et Disney ont donc tout faux. Le seul espoir réside dorénavant dans la capacité chez l’Oncle Mikey à définitivement tourner la page de quelque chose qui, s’il ne leur a pas porté financièrement préjudice, était finalement bien trop lourd à porter et à assumer.

Une opération rédemption qui semble au demeurant avoir déjà (un peu) commencé. Du côté d’un certain chasseur de primes. The Mandalorian que cela s’appelle.

Star Wars: L’Ascension de Skywalker (Star Wars: The Rise of Skywalker – 2019) de J.J. Abrams – 2h22 (The Walt Disney Company France) – 18 décembre  2019

Résumé : La conclusion de la saga Skywalker. De nouvelles légendes vont naître dans cette bataille épique pour la liberté.

Note : 1/5

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