1917 - Image une critique

1917 – À l’Ouest, du nouveau

Cela fait 20 ans maintenant depuis American Beauty que Sam Mendes ne laisse personne indifférent. En fait on peut même affirmer que chacun de ses 8 films en incluant 1917 auront été des événements en soi. Deux James Bond (et pas des moindres), le premier Jarhead qui a fait des multiples petits depuis ou encore Les Noces rebelles qui reste sans aucun doute l’une des meilleures intros à la série Mad Men. Même Les Sentiers de la perdition et sa vision plutôt binaire du milieu de la prohibition n’est pas dénué d’intérêt. Et d’ailleurs, si ce n’est Away we Go (romance en mode film indé labellisé Sundance d’une rare justesse), toute la filmo de Mendes est placée sous le sceau du souffle épique, de l’Histoire et des rapports humains qu’il faut faire interagir au sein de tout ce bordel. Et 1917 ne déroge pas à cette règle tout en poussant le bouchon un peu plus loin.

1917 - Affiche

Mendes choisit en effet ici de moins chercher à proposer une histoire novatrice que de la traiter d’une manière relevant de la bravoure (visuelle) pour le coup quasi inédite. Au plus fort de la première guerre mondiale, deux soldats anglais ont pour mission de prévenir tout un régiment coupé du reste de l’armée britannique de se lancer dans une attaque dorénavant en solo et donc suicidaire. Pour cela ils doivent traverser les lignes ennemis quasiment à découvert. Et Mendes de se soumettre alors à l’exercice du plan-séquence qu’il avait déjà expérimenté lors de la scène d’ouverture de Spectre. Un vrai-faux plan-séquence en fait mais suffisamment omniscient et immersif pour que l’on y croit sans aucune retenue. C’est que la caméra suit nos deux protagonistes (dont l’un est doublement motivé par la présence de son frère au sein des 1 600 soldats prêts à donner l’assaut) au plus près de leurs moindres gestes. Un coup elle les précède, un coup elle les accompagne, un coup elle peine à les suivre accentuant ou non le côté anxiogène de leur progression.

C’est tout simplement remarquable et le plus souvent époustouflant. Et surtout c’est toujours au service de l’histoire. En effet, jamais Sam Mendes ne se laisse griser par le procédé qu’il maîtrise au demeurant à la perfection reléguant (au hasard) les morceaux de bravoure d’un film comme The Revenant, pourtant déjà ultra spectaculaires, aux oubliettes. C’est qu’au delà de servir la narration, le procédé se fond littéralement dans la moelle épinière d’un film qui se transforme dès lors sous nos yeux en une entité organique faite de chair et de sang. Une gageure que Mendes tiendra jusqu’au bout alors même que beaucoup de la charpente de 1917 repose sur des effets, des rendus et des transitions numériques. Un paradoxe savoureux qui donne au film une liberté de ton salutaire lui permettant de bifurquer des attendus du genre. Ceux que Spielberg avait patiemment remis aux goûts du jour avec son Ryan de soldat et ses deux mini-séries de guerre subséquentes.

Casser les codes d’un genre au cinéma est souvent apprécié par le critique qui y voit là une façon chez le réalisateur de faire appel à sa cinéphilie. Le spectateur lambda pourra quant à lui n’y voir que du feu ou se montrer hostile qu’on le sorte ainsi de sa zone de confort. Avec 1917, on est finalement dans l’entre-deux avec comme on l’a dit cette histoire classique radicalement mise en scène. Le seul bémol, mais il est de taille, c’est que Mendes oublie en route de caractériser plus que cela ses deux protagonistes. On peut comprendre que la chose soit peu aisée. Comment donner de l’épaisseur et un background à des personnages sans cesse dans l’action, le présent et l’immédiateté ? Mendes s’y risque d’ailleurs au détour d’un dialogue lors d’un moment plus calme. Mais que cela sonne faux et plat. De fait, si le procédé formel nous immerge totalement dans une sorte de twilight zone où le temps et l’espace ont trouvé une harmonie cinématographique pour le moins inédite, il a aussi comme revers de la médaille de nous laisser à la porte d’une quelconque implication émotionnelle dans le destin de ces deux hommes sinon que l’on est de tout cœur avec eux dans la réussite de leur mission impossible.

Ce paradoxe là est moins savoureux mais au final il ne dénature pas plus que cela les intentions de Sam Mendes qui est bien entendu très conscient des limites inhérentes à ce choix de mise en scène. À tel point d’ailleurs qu’il les transforme bien souvent en atouts donnant à son film une efficacité toute guerrière d’une rare pugnacité. Le but recherché est donc atteint et 1917 d’être cette leçon de cinéma assumée et couillue qui place encore et toujours Sam Mendes dans la catégorie de ces cinéastes hors normes, quelque peu iconoclastes et définitivement frondeurs. Une denrée de plus en plus rare aujourd’hui.

1917 (2019) de Sam Mendes – 1h59 (Universal Pictures International France) – 15 janvier 2020

Résumé : Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

Note : 3,5/5

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