Une Belle fin-Eddie Marsan

Une Belle fin : La Mort vous va si bien

Il y a comme cela de temps à autre dans le flot des sorties hebdomadaires des films qui ne payent pas de mine mais qui se révèlent être des petits bijoux dont il serait bien cruel de passer à côté. Une Belle fin fait partie de cette caste un peu fragile, un peu grise, un peu sous ex qui ne demande qu’à déployer ses images et son histoire pour entretenir la flamme d’un cinéma d’un autre temps mais on ne peut plus bienvenu.

Une Belle fin - Affiche françaiseLe nom d’Uberto Pasolini ne vous dit certainement rien sinon peut-être une résonance avec le célèbre cinéaste italien dont il n’a en fait avec lui aucun lien de parenté. Producteur avant d’être réalisateur, il a comme fait d’arme avec sa société Redware films, d’être à l’origine de The Full Monty qui reste encore aujourd’hui l’un des plus gros succès d’un film anglais au box office monde. En tant que réalisateur, Une Belle fin est son deuxième long. Il est à l’évidence le fruit d’une lente maturation doublée d’un exercice de style ultra maîtrisé. Un peu trop peut-être. Ce qui est au final le seul « reproche » que l’on puisse lui faire. La caméra est posée, les plans sont souvent fixes, l’émotion n’est pas dans le découpage mais dans l’interprétation. Un peu comme chez Ozu, Une Belle fin retient ses coups mais parvient bien au but recherché. Nous conter l’histoire d’une solitude urbaine assumée au service de ceux qui en meurent.

John May est un bureaucrate londonien dont le travail est de retrouver les proches de personnes décédées. Mais bien souvent il est seul aux funérailles dont il écrit lui-même les éloges funèbres. C’est un homme qui vit seul mais que la solitude ne pèse pas car il est passionné par son travail. Sa vie est finalement riche en rencontres dont il garde une trace via les photos des disparus qu’il « collectionne » dans son gros album. Quelque part, John May est celui par qui leur passage sur terre n’est pas encore totalement oublié. Pour autant, sa méticulosité et son sens du devoir n’est plus du goût de sa nouvelle hiérarchie qui comme bien souvent aujourd’hui cherche à rentabiliser les choses. Sa dernière « affaire » s’avère être son voisin. Ce qui va bouleverser ses convictions. John May c’est l’acteur britannique Eddie Marsan. On l’a vu chez Terrence Malick, Michael Mann ou Mike Leigh. Il a le physique de Monsieur Tout-le-monde et a engrangé les seconds rôles. On reconnaît sa tête sans pouvoir y mettre un nom. Avec Une Belle fin cela risque de changer.

C’est que le film repose en grande partie sur ses épaules. C’est par sa prestance, le reflet d’un visage en apparence monolithique et l’occupation qu’il veut bien faire du cadre qu’il fait bouger subtilement les lignes d’une mise en scène ténue et assumée comme telle. Il incarne cette histoire qui en filigrane raconte nos sociétés de plus en plus désincarnées et vides de sens. Son personnage se réveille d’abord de sa léthargie sans que pour autant il veuille adopter les règles sociales. Il veut bien y goûter, sans plus. C’est bien le tour de force d’Une Belle fin. Constater avec une pointe de mélancolie douce amère. L’idée n’est pas de poser un regard critique, mais déjà d’avoir un regard. Celui-ci est à hauteur d’homme comme pour compenser la déshumanisation ambiante. Il est paradoxalement chaleureux et empreint d’une amertume optimiste. La fin en atteste. Le tout est asséné par petites touches tel un tableau impressionniste qui décrirait le passage d’un livre de Zola. Une Belle fin ou la force d’un cinéma naturaliste en pointillé.

Une Belle fin (Still Life) – de Uberto Pasolini – 15 avril 2015 (Version Originale / Condor).

Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Note : 3,5/5

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