Go-Go-Boys

The Go-Go Boys : La fabuleuse histoire de la Cannon vue de l’intérieur

Présenté pour la première fois en 2014 au Festival de Cannes au sein de la sélection « Cannes Classics » où il fut acquis dans la foulée pour le territoire français, The Go-Go Boys n’aura donc pas tardé à trouver le chemin des salles françaises. C’est dire si Paradis Film, son distributeur, y croit. Et il a raison tant ce documentaire retraçant l’histoire de la Cannon est une merveille de storytelling.

GoGoBoys-AffichePour toute une génération biberonnée à la VHS, la Cannon fut le réceptacle de bien des phantasmes filmiques. C’est là que l’on a découvert JCVD, Chuck Norris ou encore Michael Dudikoff (Charles Bronson aussi. On était jeune. Un peu de mansuétude) ; Le Mini Uzi, des explosions qui polissaient bien les angles de l’écran de la télé aux coins pas encore carrés et de gonzesses à poil. C’était le temps béni (ou honni) de ces films d’exploitation fabriqués pour 500 000 dollars et qui en rapportaient 60 millions à travers le monde. C’était les années Reagan qui chérissaient avec ferveur ces golden boys issus du capitalisme devenu sauvage et effréné dont Menahem Golan et Yoram Globus, les deux producteurs cousins de la Cannon, en ont symbolisé un pan entier jusqu’à la caricature totale.

Ces Go-go boys ont été les derniers nababs d’un Hollywood qui les a vu débarquer par la petite porte en 1979 depuis leur Israël natal où déjà ils avaient fait fortune avec le rachat de la Cannon, une entreprise qui était sur le point de déposer le bilan. En quelques mois ils ont révolutionné un système arcbouté sur des principes de distribution datant des années 60. Tout en surfant sur le boom de la VHS et un opportunisme à la limite de la décence (Les mines du roi Salomon Vs Les aventuriers de l’Arche perdu / Portés disparus copiant allègrement Rambo II…), ils ont été les premiers à faire leur beurre en pensant d’abord à l’International, ce que les Majors n’ont commencé à vraiment développer qu’à la fin des années 80. Ils ont poussé la rentabilité de leurs films au maximum faisant fi la plupart du temps de leur qualité artistique. Et cela a marché.

À tel point qu’ils ont très vite pris la grosse tête en produisant des films à plus gros budget (Superman IV, Les Maîtres de l’univers…) qui au-delà de leur médiocrité crasse furent des fours abyssaux. Cela s’est aussi traduit par la volonté d’attirer des grands noms pour certainement se donner une certaine respectabilité. On trouve ainsi un Othello signé Franco Zeffirelli en 1986, un King Lear signé Jean-Luc Godard en 1987 ou encore un Barfly réalisé par Barbet Schroeder. Sans oublier l’excellent Runaway Train écrit entre autre par Kurosawa et réalisé par Andrei Konchalovsky en 1985. Tous des bides ou semi bides au box-office.

Le film écrit, produit et réalisé par Hilla Medalia dont on a encore en mémoire son formidable Dancing in Jaffa traite de tout cela et bien plus encore puisqu’une bonne partie revient aussi sur les deux décennies israéliennes qui ont précédé ce feux d’artifice hollywoodien. Beaucoup moins connues, elles n’en constituent pas moins le terreau expérimental de tout ce qui suivra. La facture est classique mais très efficace d’autant qu’elle donne avec beaucoup d’empathie et générosité la parole aux deux « moguls » se doutant certainement que pour Menahem Golan la fin était plus que proche. Hilla Medalia met bien entendu aussi l’accent sur les années fastes nous rappelant par exemple que pendant quelques années on avait coutume de rebaptiser le Festival de Cannes en  « Festival de la Cannon ».

On regrettera peut-être un passage trop rapidement expédié sur la partie VHS, business dont ils furent les rois. Là aussi ils sont à l’origine de tout, imprimant encore aujourd’hui certains de leurs préceptes avec par exemple le modèle économique des Direct To Video. Qu’à cela ne tienne, la BBC avait produit en 1986 un excellent documentaire sur la Cannon qui venait de racheter pour 125 millions de livres la firme anglaise Screen Entertainment. The Go-Go Boys en reprend d’ailleurs certaines images. Intitulé The Last Moguls, il est visible à cette adresse et peut se voir en préambule de ce qui n’est autre que l’un des meilleurs documentaires de l’année.

The Go-Go Boys – 22 octobre 2014 (Paradis Films)

RésuméL’histoire des studios Cannon vue de l’intérieur… The Go-Go Boys est un documentaire retraçant l’épopée de deux cousins israéliens, Menahem Golan et Yoram Globus, qui, dans leur poursuite du rêve américain, ont révolutionné Hollywood, financé plus de 300 films, et créé la société de production indépendante la plus puissante au monde. Ce film explore la relation complexe entre deux personnalités opposées, dont la combinaison a été à la fois le moteur de leur succès et la raison de leur chute.

Note : 3,5/5

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