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Tale of Tales : Reality

Le grand public connaît (enfin, on l’espère) le nom de Matteo Garrone depuis Gomorra qui obtint le Grand prix au festival de Cannes en 2008. Depuis, Reality et ce Tale of Tales ont eux aussi les honneurs d’une sélection cannoise. Le premier enquillant sur à nouveau un Grand Prix, le second repartant broucouille. Une sorte de coup d’arrêt un peu illogique tant Tale of Tales est beaucoup plus ambitieux dans la forme comme dans le fond sans que pour autant on puisse parler d’un film qui emporte totalement l’adhésion.

Affiche France - Tale of Tales

Gomorra avait interpellé par sa réalisation sans empathie, âpre et minérale. Très éloigné des canons actuels de la production transalpine ronronnante. Mais Reality semblait prouver qu’il était difficile de pousser plus loin l’expérience. On était là dans quelque chose de plus commun avec une instrumentalisation d’un message un peu trop évident (la critique de la télé-réalité) traité avec une certaine morgue et une réalisation à l’avenant. Du coup, Tale of Tales s’apparente à une sorte de remise à zéro des compteurs avec une troisième voie empruntée où la mise en scène  est ici au service de ce conte des contes qui inaugure, on l’espère en tout cas, une forme de mythologie visuelle et un souffle épique qui manquaient tellement à la palette de Matteo Garrone.

Il y a aussi (et peut-être d’abord) une volonté de la part du cinéaste de mettre en avant le patrimoine culturel d’une Italie dont on ne soupçonnait pas qu’elle recelait en son sein un livre de contes populaires. Écrit en langue napolitaine au début du 17ème siècle par un certain Giambattista Basile (1570-1632 – comte, courtisan, académicien et soldat auprès de plusieurs princes italiens dont le Doge de Venise), Lo cunto de li cunti rassemble cinquante contes bien connus de Perrault ou encore des frères Grimm qui s’en sont largement inspirés. Matteo Garrone et ses scénaristes en ont extrait trois avec pour enjeux de les relier entre eux. À l’écran cela donne trois royaumes voisins et trois histoires de femmes. L’une est reine (Salma Hayek) et veut un enfant à tout prix, la deuxième est une vieille lavandière qui arrive à coucher avec son roi fornicateur et libertin (Vincent Cassel), la troisième est fille du roi et se retrouve mariée contre son gré à un ogre des montagnes.

Entre ces trois histoires s’entremêlent des obsessions et des thématiques pour le moins universelles et donc modernes. La volonté de ne pas vieillir, celle de devenir mère ou encore le douloureux passage à l’âge adulte. L’écrin visuel est foudroyant de beauté. Pas de faux-semblants ou de vision étriquée ici. On est incontestablement dans l’univers du conte. La photo outrancière où les couleurs sont on ne peut plus appuyées participent à cette sensation fabuleuse d’un monde merveilleux et magique, mais pour adulte. À tel point d’ailleurs que l’on a finalement l’impression que toute cette batterie formelle tend à vouloir un peu cacher une sorte de film à sketches forcément disparates.

C’est en effet un peu le problème de Tale of Tales. Cette propension à un peu naviguer à vue jusqu’au bout. On se surprend même à suivre certaines sous-intrigues (le roi – Toby Jones – qui se prend d’amour pour une puce / les deux jumeaux reliés par une source…) avec une attention fort peu soutenue laissant l’esprit vagabonder de paysages en paysages, de plans en plans dans un maelström chromatique à la limite de tableaux abstraits. Il y a d’un côté une histoire accouchée au forceps et de l’autre un formalisme à la fluidité magnifique. De cette dichotomie que l’on présume assumée on obtient ce Tale of Tales aux ambitions inassouvies mais dont il faut tout de même soutenir la démarche ne serait-ce que dans un souci de cinéma pluriel à la recherche de nouveaux horizons qui font cruellement défauts aujourd’hui.

Tale of tales – de Matteo Garrone – 1er juillet 2015 (Le Pacte)

Le film a été présenté en Compétition au Festival de Cannes 2015

Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

Note : 3/5

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